Métallurgie

Le britannique Liberty Steel veut faire d'Ascoval et France Rail Industry des champions européens du ferroviaire

Par Pierrick Lieben, le 14 août 2020

Enfin le bout du tunnel pour Ascoval et France Rail Industry ? Le gouvernement a donné son feu vert à la reprise des deux entreprises de Saint-Saulve (Nord) et Hayange (Moselle) par le britannique Liberty Steel. L’aciérie et le fabricant de rails voient plus que jamais leur destin lié : leur nouveau propriétaire veut constituer autour d’eux une filière de production intégrée et moins polluante, pour partir à l’assaut des marchés européens.

Illustration. Des travaux sur des rails
Fabricant de rails pour la SNCF, France Rail Industry, basé en Moselle, se fournissait déjà en matière première auprès de l'aciérie nordiste Ascoval. Repris toutes les deux par Liberty Steel, les deux usines sont amenées à collaborer de plus en plus à l'avenir. — Photo : SNCF Réseau

La fin d’un long feuilleton et le début d’un nouveau chapitre pour les usines France Rail Industry d’Hayange (Moselle) et Ascoval de Saint-Saulve (Nord). Le ministère de l’Économie a donné son feu vert, le 14 août, à leur reprise par le britannique Liberty Steel Group (LSG). Le nouveau propriétaire s’engage à investir 65 millions d’euros pour mettre en place une stratégie industrielle qui associe étroitement les deux sites.

Sécuriser France Rail Industry

L’aciérie Ascoval (270 salariés) doit alimenter en matière première France Rail Industry (430 salariés), fabricant, comme son nom l’indique, de rails pour le ferroviaire (plus de 300 000 tonnes par an). Les deux entreprises, jusqu’ici propriétés de Bristish Steel, travaillaient déjà ensemble : fin 2019, la seconde a passé commande à la première pour obtenir 140 000 tonnes de pièces sur quatre ans, dans le cadre d’un contrat avec SNCF Réseau. La RATP figure également au rang des clients du site mosellan.

Mais Liberty Steel voit déjà plus loin que le marché français : « Avec l’aide du réseau de LSG, [France Rail Industry] cherchera à accroître ses ventes à travers l’Europe et sur d’autres marchés », promet le groupe dans un communiqué de presse. Et de rappeler que lui-même fournit déjà les chemins de fer australiens, avec une aciérie locale.

Le gouvernement trouve aussi son compte dans cette opération, en ligne avec sa nouvelle politique de souveraineté industrielle. Elle permettra en effet « de sécuriser les approvisionnements » de l’usine d’Hayange, « principal fournisseur de rails de la SNCF, qui dépendait jusqu’ici principalement d’un site situé hors de l’Union européenne », explique le ministère de l’Économie. France Rail Industry était, par ailleurs convoité, en début d’année, par le chinois Jingye, repreneur de British Steel.

Stabiliser Ascoval

Du côté d’Ascoval, la nouvelle est d’abord un soulagement pour la pérennité du site à court terme. Depuis plus de deux ans, l’entreprise nordiste vit sous la menace d’une fermeture, ballottée entre procédures collectives, projets de reprise et rebondissements improbables. Après les épisodes Altifort et British Steel, l’arrivée de LSG doit lui permettre de « trouver des débouchés stables » et « de retrouver un équilibre économique », espère Bercy.

Créer une filière moins polluante

En la matière, Ascoval devrait bénéficier de la stratégie déployée par Liberty Steel. Elle se fonde sur deux piliers. D’abord, une collaboration étroite avec France Rail Industry, afin de créer une « chaîne de valeur réellement intégrée ». Ensuite, l’adoption d’un modèle de production moins polluant, baptisé Greensteel (« acier vert »). Le site de Saint-Saulve sera ainsi amené à fabriquer de l’acier recyclé, « peu émetteur de CO2, dans une logique d’économie circulaire, les rails usagés de la SNCF étant refondus par Ascoval et mis en forme par France Rail Industry », détaille le ministère de l’Économie.

« Nous avons l’intention de développer Ascoval en tant que plate-forme de l’acier vert et d’amener Hayange sur de nouveaux marchés. »

Avec cette double logique en tête, le président de Liberty Steel, Sanjeev Gupta, ne cache pas ses ambitions. Il veut faire de ses deux usines françaises ni plus ni moins qu’un « leader européen dans l’infrastructure ferroviaire bas carbone » : « Nous avons l’intention de développer Ascoval en tant que plate-forme de l’acier vert et d’amener Hayange sur de nouveaux marchés, par le biais d’un engagement fort avec les opérateurs du rail européens qui veulent rendre leurs réseaux neutres en carbone. »

Intégrer les deux français à une grande « famille »

Et ce n’est pas tout. LSG est aussi l’une des trois composantes de GFG Alliance (36 000 salariés, CA supérieur à 17 Md€). Le conglomérat, également dirigé par Sanjeev Gupta, est présent dans l’aluminium et les énergies renouvelables. De quoi ouvrir encore davantage de perspectives à Ascoval et France Rail Industry.

« Nous allons les ressusciter tous les deux, en partenariat avec la famille élargie du GFG Alliance, s’engage l’homme d’affaires anglo-indien. Laquelle sera, je crois, capable de les connecter à de plus grandes opportunités sur le marché, de leur offrir des développements en aval et de fournir une demande supplémentaire à l’acier d’Ascoval. » Le tout sans oublier l’objectif environnemental que s’est fixé GFG Alliance : arriver à la neutralité carbone d’ici à 2030.

Illustration. Des travaux sur des rails
Fabricant de rails pour la SNCF, France Rail Industry, basé en Moselle, se fournissait déjà en matière première auprès de l'aciérie nordiste Ascoval. Repris toutes les deux par Liberty Steel, les deux usines sont amenées à collaborer de plus en plus à l'avenir. — Photo : SNCF Réseau

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