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Interview Imagination Machine : "Nous levons 10 millions d’euros pour lancer 10 start-up à impact positif"

Entretien avec Rob Spiro, fondateur et président du start-up studio Imagination Machine

Propos recueillis par Cyril Raineau - 18 octobre 2022

Le start-up studio nantais Imagination Machine vient de lever 10 millions d’euros auprès de 35 investisseurs. L’objectif est d’investir dans une dizaine de start-up à impact social et environnemental positif. Son président et fondateur Rob Spiro revient sur les enjeux liés à ces nouveaux financements.

Rob Spiro, fondateur d'Imagination Machine à Nantes : "Nous cocréons des entreprises novatrices qui vont avoir un impact positif sur le plan environnemental et social."
Rob Spiro, fondateur d'Imagination Machine à Nantes : "Nous cocréons des entreprises novatrices qui vont avoir un impact positif sur le plan environnemental et social." — Photo : Charlotte LE HENANFF

Vous venez de convaincre 35 investisseurs (1) d’investir 10 millions d’euros dans votre studio de co-création de start-up Imagination Machine. Pour quelles raisons cherchiez-vous un nouveau financement ?

Notre modèle est particulier. Nous essayons de cocréer des entreprises novatrices qui vont avoir un effet positif sur les plans environnemental et social. Nous recherchons un alignement entre une opportunité business et une opportunité d’impact. Imagination Machine investit dans des projets, une start-up que l’on trouve ou qui nous trouve, au démarrage de celle-ci, ou alors nous la co-lançons si nous avons l’idée. Dans le cas où elle existe déjà, nous rentrons à son capital. Si nous en sommes à l’origine, nous allons recruter des entrepreneurs pour la cocréer avec nous. Nous investissons de l’argent et intervenons aussi de manière opérationnelle, nous nous impliquons dans la stratégie.

Nous avons beaucoup appris ces dernières années sur comment cocréer des entreprises. Nous souhaitons utiliser cette expérience pour continuer à cofonder une dizaine de start-up d’ici trois ans, toujours à impact positif.

Les avez-vous trouvées ?

Nous avons des pistes. Nous recherchons des entrepreneurs avec des inspirations. Nous sommes ouverts à différents domaines, mais nous en avons identifié cinq qui nous intéressent plus particulièrement : le tourisme écologique (créer davantage de lieux touristiques naturels, écologiques, peut-être liés à l’agriculture) ; l’univers de la climatisation (inventer un produit moins énergivore que les solutions actuelles en utilisant des techniques anciennes) ; le domaine caritatif (aider les gens à donner plus et plus facilement) ; l’apprentissage (notamment pour les personnes de milieux défavorisés), et l’économie circulaire (inciter à consommer des biens de seconde main).

Ces entreprises devront-elles s’installer à Nantes ?

Non, nous recherchons des entrepreneurs situés en France comme en Europe. La première moitié de nos projets sera lancée fin 2022 ou début 2023, puis la deuxième vague sera initiée courant 2024. Nous recueillons les candidatures jusqu’au 25 novembre.

De quelle manière le start-up studio Imagination Machine va-t-il lancer ces dix entreprises ?

Ce sera sur le même principe que pour les huit premières que nous avons co-créées. Cette fois, d’une part, nous disposerons de davantage de ressources financières. D’autre part, notre méthode est éprouvée et nos apports opérationnels seront accrus. Nous passerons de sept collaborateurs à dix au sein d’Imagination Machine d’ici fin 2022-début 2023.

Votre modèle repose sur le fait que les start-up ont pour finalité un "impact socio-environnemental positif". Que renferment, pour vous, ces termes ?

C’est une notion qui pourrait être subjective mais que nous essayons d’objectiver. Nous nous basons, pour définir "l’impact positif", sur les 17 objectifs du développement durable que l’ensemble des États membres de l’Onu ont adopté en 2015. Pour nous, il est important que chaque entreprise ait une mission, un objectif inspirant, idéaliste.

Combien de start-up avez-vous cocréées ?

Entre 2018 et 2019, Imagination Machine a levé 5,5 millions d’euros pour lancer huit start-up, dont sept sont nantaises. Il s’agit de Beem Energy (kit solaire à installer soi-même), Smala (e-shop de vêtements de seconde main pour enfants), Les Mini Mondes (magazines éducatifs et jouets écoresponsables), Jho (protections périodiques écologiques), Vite mon marché (livraison à domicile de produits frais locaux), River Home (conseil de décoration naturelle en ligne pour particuliers et professionnels), UpTogether (réseau d’apprentissage entre managers) et Good Steps (plateforme digitale pour piloter la transition sociale et environnementale des PME et ETI). Ces huit start-up recensent 150 collaborateurs et ont levé au total 24 millions d’euros.

Vous êtes souvent décrit comme un serial entrepreneur. La levée de fonds de 10 millions d’euros qu’Imagination Machine vient de boucler en est la dernière illustration. Quel est votre parcours ?

J’ai commencé ma carrière en tant que designer dans la Silicon Valley, puis j’ai fondé une start-up à San Francisco avec quelques amis. Nous avions développé un moteur de recherche, revendu à Google que j’ai ensuite intégré. J’adore lancer de nouvelles entreprises, créer de l’innovation. J’ai donc quitté Google pour, en 2011 fonder une deuxième start-up, celle-ci à impact positif. Il s’agissait de Good eggs, un site de livraison à domicile à San Francisco de produits frais, provenant d’agriculteurs et producteurs locaux. J’ai développé cette société pendant 6 ans en tant que PDG, qui comprenait quelques centaines de salariés. L’entreprise regroupe aujourd’hui plus de 1 000 collaborateurs et j’en suis toujours actionnaire. J’ai finalement recruté quelqu’un pour me remplacer, car j’ai rencontré une Nantaise avec laquelle je me suis mariée. Je suis arrivée début 2016 à Nantes (je suis aujourd’hui âgé de 37 ans). Jeune papa, je me suis accordé dix-huit mois pour apprendre le français, récupérer un peu… Avant, fin 2017, accompagné par Émilie Abel, ex-directrice exécutive du Master X-HEC entrepreneurs, de fonder Imagination Machine.

(1)Parmi lesquels des institutionnels tels que le fonds French Tech Accélération 2, le Programme d’Investissements d’Avenir géré pour le compte de l’État par Bpifrance, la Caisse d’Épargne Bretagne Pays de la Loire, CIC Ouest et des investisseurs privés à impact comme Avelana, Enowe, Cameleon. Des industriels ont également pris part à l’opération tels que les groupes Cetih, Idea, Armor et Eram, ainsi que des entrepreneurs, comme Francis Nappez (BlaBlaCar, Hectar), Fred de Gombert (Akeneo) ou encore Alexandre Launay (Stampyt)

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