Bretagne

Piloter son entreprise

Témoignage « Lorsque vous sombrez à cause d'un burn-out, vous vous retrouvez seul »

Par Virginie Monvoisin, le 11 mars 2019

Stéphane Dardoize, 51 ans, a connu la vie de chef d'entreprise pendant quinze ans. Avant de mettre sa dernière société en liquidation. Aujourd'hui enseignant, responsable de l'antenne bretonne du réseau Second Souffle, il revient sur ce trou noir douloureux et donne quelques conseils pour ne pas sombrer.

Stéphane Dardoize, vice-président du réseau Second Souffle, responsable de l'antenne bretonne.
Stéphane Dardoize, responsable de l'antenne bretonne du réseau Second Souffle, estime qu'il faut arriver à se confier avant qu'il ne soit trop tard. — Photo : Stéphane Dardoize

C'est à Dinard, en Ille-et-Vilaine, que Stéphane Dardoize construit sa nouvelle vie. Ancien chef d'entreprise, il a mis plusieurs années à « remonter à la surface », après une dépression due à la liquidation de son entreprise. Une épreuve difficile pour ce passionné de plongée, pour qui arpenter les fonds marins est évidemment beaucoup plus reposant que d'être ravagé par un « tsunami professionnel ».

Les trois D du burn-out

« Quand on est chef d'entreprise, un burn-out met en œuvre la règle des 3 D : défaillance, divorce et dépression », analyse Stéphane Dardoize, 51 ans, aujourd'hui vice-président national du réseau Second Souffle (et responsable de l'antenne bretonne), qui vient en aide aux ex-patrons en difficulté. « Echouer en tant que chef d'entreprise, c'est être aspiré par le fond, irrémédiablement. On ne voit pas comment s'en sortir. »

Après avoir dirigé deux entreprises dont il était à l'origine, Stéphane Dardoize avait repris une société nantaise d'études de marchés en 2010, employant une dizaine de salariés. Mais le vendeur avait caché les résultats de sa dernière année d'exercice, en chute de 40 %... « Ni mon avocat, ni mon expert-comptable, ni mon banquier n'ont remarqué, déplore le dirigeant. Lorsque nous gagnions de nouveaux clients, cela servait à combler les trous. Et quand vous découvrez que deux amis, qui étaient venus dans l'aventure avec vous, montent en secret leur propre société en emportant vos seuls clients, ça vous achève ! »

« La clé pour éviter ou se sortir du burn-out, c'est d'arriver à parler de ses problèmes à autrui. »

Stéphane Dardoize demande, au bout d'un an, la mise en liquidation de l'entreprise. « C'est difficile à vivre, d'autant que l'on se sent responsable des salariés. Mais eux ont le droit à des indemnités chômage ensuite… que vous, vous n'avez pas. Car le chef d'entreprise veut toujours faire des économies, et ne prend, souvent, pas d'assurance pour cela ! De plus, vous vous êtes porté personnellement caution auprès de la banque ! Résultat, cela se répercute sur la famille. Fini les vacances au ski et le train de vie agréable. Cela s'est terminé pour moi par un divorce. Mais heureusement que j'avais mes enfants. Je me bats pour eux. Ce qui est dur, c'est que lorsque vous sombrez, vous vous retrouvez seul. Les amis, le réseau, c'est fini. Pourtant, il faut arriver à parler de ses problèmes. C'est la clé. J'ai la chance d'être "câblé" pour vivre, mais pour certains, on ne remonte jamais. »

Les deux conseils pour s'en sortir

Aujourd'hui, Stéphane Dardoize est enseignant en droit, management et économie en lycée. « Quand j'ai rencontré mon conseiller au Pôle Emploi, j'ai entendu : "Vous étiez chef d'entreprise ? Alors vous ne savez rien faire ! Ce n'est pas la peine de chercher." A ce moment-là, il faut trouver au fond de soi la petite chose qui vous fait encore vibrer. Les enfants, par exemple. »

L'autre conseil de Stéphane Dardoize : « Ne pas remettre de la trésorerie trop vite sans un réel motif. Et surtout se faire conseiller, oser parler de ses difficultés dès le début, à son conjoint, à des amis, à son expert-comptable, à une association par exemple. Car c'est comme cela que l'on trouve des solutions. » 

Stéphane Dardoize, vice-président du réseau Second Souffle, responsable de l'antenne bretonne.
Stéphane Dardoize, responsable de l'antenne bretonne du réseau Second Souffle, estime qu'il faut arriver à se confier avant qu'il ne soit trop tard. — Photo : Stéphane Dardoize