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Piloter son entreprise

Interview Nicolas Nolf (Atavik) : « La prise de hauteur chez le dirigeant est vitale pour son entreprise »

Entretien avec Nicolas Nolf, fondateur et dirigeant d'Atavik

Propos recueillis par Elodie Soury-Lavergne - 02 mai 2019

Il y a six ans, Nicolas Nolf créait la société Kicks et sa marque Atavik d'aliments pour chiens et chats. Basée à Sars-et-Rosières (Nord), la jeune entreprise réalise un CA de 3,3 M€, avec 12 salariés. Un beau démarrage qui a poussé d’autres entrepreneurs à s’intéresser à sa façon de diriger. Nicolas Nolf a donc lancé le blog Boss Autrement, où il publie du contenu sous forme de retour d’expériences pour inspirer d’autres dirigeants.

Nicolas Nolf, fondateur et dirigeant de la société Atavik, dans le Nord
Fondateur de la société Atavik, dans le Nord, Nicolas Nolf aide les chefs d'entreprise à prendre de la hauteur grâce à son blog Boss Autrement. — Photo : Atavik

Comment est né le blog Boss Autrement, sur lequel vous postez des retours d'expérience et des conseils aux dirigeants d'entreprise ?

Nicolas Nolf : Je me suis rendu compte qu’un certain nombre de personnes étaient moins intéressées par Atavik, la société que j’ai créée il y a six ans, que par la manière dont je la dirigeais. L’entreprise est rapidement passée du statut de TPE à celui PME, et cela interpelle. Beaucoup d’entrepreneurs me demandent, par exemple, comment j’ai réalisé et géré cette croissance.

Par ailleurs, j’ai pris la décision, durant l’été 2016, de partir vivre en Finlande, pays dont ma femme est originaire. J’y passe 80 % de l’année et je reviens une semaine sur cinq dans le Nord, pour Atavik. Avant mon départ, j’ai dû mettre la société en ordre de marche pour supporter cette absence. Je ne pouvais pas m’éloigner tout en restant dans le micro-management. J’ai donc travaillé pendant un an sur l’organisation d’Atavik afin qu’elle supporte cet éloignement. Et je me suis installé en Finlande durant l’été 2017.

« Certains entrepreneurs estiment que s’absenter seulement deux jours suffit à créer le bazar dans leur entreprise... »

Au début, j’ai fait beaucoup d’allers-retours, mais à présent, les choses tournent. Cette gestion à distance n’empêche en rien la croissance, puisqu’en 2018, nous avons réalisé un CA de 3,3 M€, contre 2,4 M€ en 2017 et 1,6 M€ en 2016. Là encore, cette façon de faire a interpellé d’autres entrepreneurs. Ils veulent savoir comment je manage à distance, car ils estiment qu’en s’absentant seulement deux jours, cela suffit à créer le bazar dans leur entreprise. Face à toutes ces questions, je me suis dit qu’un retour d’expérience pouvait vraiment intéresser.

Quel type de contenus publiez-vous sur votre blog ?

N. N. : Je publie de manière régulière du contenu gratuit, sous forme d’articles, de vidéos de dix minutes et de podcasts. J’y explique tout simplement comment j’ai fait, les solutions que j’ai mises en place dans ma propre entreprise. L’objectif est d’inspirer des dirigeants de TPE et PME ou des créateurs, de les aider à prendre du recul.

Quelles difficultés avez-vous vous-même rencontré dans votre parcours de dirigeant ?

N. N. : Je connais pas mal de patrons dans le Hainaut et ailleurs. Nous avons tous les mêmes rêves en créant une entreprise : avoir une indépendance financière, une activité épanouissante et une meilleure qualité de vie. Ce sont des motivations que l’on rencontre chez tous les entrepreneurs. Mais bien souvent, la réalité est différente : il est compliqué de se verser un salaire les deux ou trois premières années, on a un prévisionnel de commandes à trois mois et on bosse 90 heures par semaine… Le rêve peut vite devenir un cauchemar, bien loin des trois motivations d’origine. C’est pourquoi les dépressions, les divorces ou même les suicides, sont plus élevés chez les chefs d’entreprise.

« Cette activité de blogueur m’apporte beaucoup en tant que dirigeant. Boss Autrement est une sorte de journal de bord à ciel ouvert. »

Bien sûr, je ne prétends pas avoir réglé tous les problèmes. Ma façon de diriger Atavik est toujours en progrès. Mais je me dis que je fais déjà mieux que certains confrères, qui ne peuvent pas s’éloigner plus d’une semaine de leur société… Je continue à apprendre au quotidien un tas de choses sur la gestion d’une entreprise : pourquoi est-ce que je devrais garder tout ça pour moi ? Cela peut inspirer des créateurs ou même des dirigeants au bout du rouleau… Je n’ai pas la prétention de donner des réponses toutes faites. Je me contente de partager mon expérience.

Cette activité sur le blog n’est-elle pas trop chronophage ?

N. N. : Le temps consacré à Boss Autrement est variable. Cela va d’une demi-journée à deux jours par semaine. J’utilise des outils qui permettent de faire du partage de contenus entre les vidéos, les articles et les podcasts. C’est un gain de temps. Mais de toute façon, je n’ai pas un compartiment spécial pour Atavik et un autre pour Boss Autrement. Les deux s’alimentent mutuellement. Je ne souhaite pas cesser de diriger mon entreprise pour devenir consultant. D’ailleurs, quand je n’ai pas vécu moi-même une situation sur laquelle on m'interroge, je ne prends pas la parole.

C’est une activité qui m’apporte beaucoup en tant que dirigeant : cela me permet de réfléchir à ce que j’ai mis en place et donc de prendre de la hauteur. C’est une sorte de journal de bord à ciel ouvert. J’évoque, par exemple, des sujets comme les difficultés rencontrées quand on travaille en couple, l’équilibre vie pro/vie perso, les ravages du micro-management, les congés du dirigeant, etc.

Je pense que la prise de hauteur chez le dirigeant est vitale pour son entreprise, car c’est lui qui communique le souffle et la vision. S’il n’est pas capable de le faire, personne d’autre ne s’en chargera.

Quels retours avez-vous des dirigeants qui suivent vos contenus ?

N. N. : Quand j’ai lancé le blog, j’ai envoyé un courriel à tout mon réseau, pour savoir quels sujets étaient susceptibles de les intéresser. Ça a été un gros flop : je n’ai eu aucun retour… Il faut dire que dans l’image collective, le chef d’entreprise, c’est Superman : il n’est jamais fatigué, toujours battant, il a toujours le moral, ce qui n'est pas compatible avec le fait de poser des questions. J’ai donc démarré avec mes propres problématiques de dirigeant et, petit à petit, j’ai commencé à avoir des retours positifs. Puis des dirigeants ont commencé à m'envoyer des messages privés, pour me demander d'évoquer tel ou tel sujet.

« N’importe quel dirigeant a besoin qu’on l’aide, ne serait-ce que pour rompre sa solitude. Pourtant, plus l’entreprise se développe et moins il y a d’accompagnement. »

Cette initiative fonctionne, car n’importe quel dirigeant a besoin qu’on l’aide, ne serait-ce que pour rompre sa solitude. Il existe beaucoup de réseaux pour entourer le dirigeant à la création, mais plus le temps passe, plus l’entreprise se développe et moins il y a d’accompagnement. Or, deux ou trois mauvaises décisions suffisent pour planter une jeune entreprise, qui n’a jamais la trésorerie suffisante pour faire face à des erreurs…

Récemment j’ai publié un article sur LinkedIn au sujet de la rémunération du dirigeant et j’ai reçu beaucoup de messages privés à ce sujet. Et quand je constate que certaines vidéos ont été vues 5 000 fois, par 300 PDG des Hauts-de-France, je me dis que les sujets que j’aborde touchent et que les dirigeants commencent à se décomplexer. Je commence aussi à être sollicité pour des conseils plus poussés sur une situation donnée, et pour donner des conférences. Là, en revanche, je demande à être rémunéré, car cela prend du temps.

Nicolas Nolf, fondateur et dirigeant de la société Atavik, dans le Nord
Fondateur de la société Atavik, dans le Nord, Nicolas Nolf aide les chefs d'entreprise à prendre de la hauteur grâce à son blog Boss Autrement. — Photo : Atavik

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