Pas-de-Calais

Industrie

Interview M.P.H. Holding : « Malgré la crise, nous avons versé une prime de 1 000 euros à nos salariés »

Entretien avec Pierre Hayart, dirigeant de M.P.H. Holding

Propos recueillis par Elodie Soury-Lavergne - 10 juillet 2020

Malgré la crise du Covid-19, Pierre Hayart a choisi de verser une prime de 1 000 euros à ses 120 salariés. Aux côtés de son frère Maxence, il dirige trois entreprises de travaux d’électricité, regroupées dans M.P.H holding et situées dans le Pas-de-Calais : l’entreprise familiale GTI France, qu’il a reprise il y a dix ans, ainsi que Blot Électricité et Blot Littoral, fruits d’une acquisition réalisée en 2018. Il revient sur les tenants et aboutissants de cette "prime Macron".

De gauche à droite : Maxence et Pierre Hayart, codirigeants de M.P.H Holding, dans le Pas-de-Calais, qui regroupe les sociétés GTI France, Blot Electricité et Blot Littoral.
Les frères Maxence et Pierre Hayart codirigent M.P.H Holding, dans le Pas-de-Calais, qui regroupe les sociétés GTI France, Blot Electricité et Blot Littoral. — Photo : Elodie Soury-Lavergne / Le Journal des Entreprises

Le Journal des Entreprises : Dans cette période de crise, pourquoi avoir choisi de verser une prime de 1 000 euros à tous vos salariés, dire "prime Macron" ?

Pierre Hayart : J’ai envisagé le versement de cette prime avant la crise sanitaire. Mais les procédures ont été alourdies par rapport à 2019, avec par exemple la nécessité de conclure un accord d'intéressement, j’ai donc abandonné l’idée. Puis, dans le cadre du Covid-19, ces procédures ont de nouveau été simplifiées, ce qui a remis le sujet sur la table. Malgré tout, la décision n’a pas été facile à prendre dans ce contexte de crise. Notre groupe compte trois entreprises (GTI France, Blot Électricité et Blot Littoral, NDLR), qui réalisent des travaux d’électricité en milieu industriel ou tertiaire, au nord de Paris. En 2019, nous avons réalisé un chiffre d’affaires de 17 millions d’euros, avec 120 salariés.

À la mise en place du confinement, nous avons dû suspendre notre activité pendant presque deux semaines, le temps de nous organiser. Ce recul était nécessaire pour redémarrer l’activité en toute sécurité. Celle-ci a d’ailleurs repris au ralenti, car de nombreux chantiers étaient à l’arrêt ou décalés. Pour que l'on prenne notre décision au sujet de cette prime, notre responsable administratif et financier a analysé la situation de l’entreprise. Il a conclu que le carnet de commandes, couplé à nos réserves, permettait de la verser sans mettre en danger notre PME.

Quels ont été les effets de cette prime en interne ?

Pierre Hayart : Chacun de nos 120 salariés a reçu une prime de 1 000 euros, quel que soit son poste et son niveau de rémunération. Nous avons réussi à garder l’opération confidentielle jusqu’à son annonce, fin mai. La nouvelle a été accueillie par des applaudissements. Lors du versement de la prime, début juin, des salariés nous ont à nouveau remerciés. C’est une manière de reconnaître leur engagement, en particulier durant cette période. Et de les rassurer, car beaucoup montraient de l'inquiétude face au ralentissement de l’activité. Nous avons beaucoup de difficultés à recruter et en 2019, cela a clairement freiné notre croissance. Nous recherchons une dizaine de personnes, au total, pour nos trois sociétés.

Pour pallier le manque de main-d’œuvre, nous avons recours à de la sous-traitance, mais ce n’est pas une fin en soi. Nous mettons également en place des interactions entre les trois entreprises, pour répartir la charge de travail. Nous avons essayé de recruter des personnes qui interviennent chez nous en tant qu’intérimaires, mais elles ont préféré conserver ce statut. La crise va peut-être changer la donne… Nous devons aussi faire face aux salariés débauchés par les agences qu’ouvrent les grands groupes. Contrairement à eux, nous n’avons pas une marque employeur qui fait rêver, nous devons donc miser sur autre chose. Nous recrutons beaucoup au savoir-être, puis nous formons ces personnes à nos métiers.

Comment l’entreprise a-t-elle été touchée par la crise du Covid-19 et quelles sont ses perspectives ?

Pierre Hayart : Nous avons profité de la baisse d’activité, durant le confinement, pour former une vingtaine de salariés sur des compétences techniques, afin de préparer au mieux la reprise. À présent, tous les chantiers ont redémarré et tous nos salariés travaillent. Nous prévoyons de terminer l’année avec un chiffre d’affaires de 15 millions d’euros.

En juin, nous avons rentré de nouvelles affaires, mais les mois de juillet et août sont toujours plus calmes… En tant que PME, nous sommes proches de nos clients et leur fidélité nous assure une bonne visibilité jusqu’à la fin de l’année. C’est pour 2021 que nous sommes inquiets. Tout va dépendre des budgets décidés par nos clients : en fonction de la conjoncture, ils pourraient reporter certains chantiers. Nos concurrents, qui sont de grands groupes nationaux, ont repris plus tardivement et ils sont dans une démarche commerciale offensive, avec des prix bas que nous ne pouvons pas suivre.

Vous avez eu recours au prêt garanti par l’État (PGE), comment comptez-vous l’utiliser ?

Pierre Hayart : Si nous devions avoir une mauvaise surprise en termes d’activité, ce prêt viendra soutenir la trésorerie, mais ce n’est pas l’objectif principal. Il nous donne les moyens de réaliser une opération de croissance externe si une opportunité devait se présenter. Avec la crise, certaines sociétés vont se retrouver en difficulté. Nous pourrions en racheter une, ce qui viendrait gonfler nos effectifs. Nous avons déjà réalisé une opération de ce type, il y a deux ans, avec Blot. Ça a bien fonctionné puisque la première année, la société a enregistré une progression de 20 % de son chiffre d’affaires.

De gauche à droite : Maxence et Pierre Hayart, codirigeants de M.P.H Holding, dans le Pas-de-Calais, qui regroupe les sociétés GTI France, Blot Electricité et Blot Littoral.
Les frères Maxence et Pierre Hayart codirigent M.P.H Holding, dans le Pas-de-Calais, qui regroupe les sociétés GTI France, Blot Electricité et Blot Littoral. — Photo : Elodie Soury-Lavergne / Le Journal des Entreprises

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