Financement

Levée de fonds : pourquoi vous devez (ou pas) ouvrir votre capital

Par Stéphane Vandangeon, le 12 juillet 2018

Les levées de fonds font au quotidien la une de l'actualité économique, devenant la panacée pour toute entreprise qui souhaiterait se développer. Mais est-ce vraiment un passage obligé ? Des chefs d'entreprise exposent les "pour" et les "contre" d'une levée de fonds.

« Pour obtenir de l'argent, il faut toujours mouiller la chemise. Que cela soit avec un investisseur ou pas », résume Étienne Juliot, cofondateur de l’entreprise nantaise Obeo. — Photo : CC0

Ouvrir son capital n’est pas une fin en soi. A une période où il est facile de trouver du cash, il ne faut pas oublier que certains se développent très bien sans passer par la case « levée de fonds ». Y compris des start-up du numérique qui ne renient pas pour autant efforts de R&D, ni forte croissance.

C’est la stratégie suivie par Obeo, une entreprise du numérique qui a fait financer sa R&D et sa croissance en misant sur l’open innovation et la conquête de parts de marché. « L’avantage de ne pas avoir d'investisseur, c’est que vous ne passez pas de temps à le chercher, que vous pouvez vous concentrer sur vos clients et vos équipes », explique Étienne Juliot, l’un des fondateurs de l’entreprise nantaise qui compte près de 50 collaborateurs.

Neuf mois en moyenne pour lever des fonds

Entre les préparations et la finalisation de l’accord, une levée de fonds prend en moyenne neuf mois. L’entrepreneur devra par la suite se soucier de la sortie de ses actionnaires, qui espèrent que la société soit vendue ou que d’autres financiers entrent pour pouvoir réaliser une plus-value. Ce temps précieux, le dirigeant ne pourra pas évidemment le consacrer au management, à la R&D ou à la quête de nouveaux clients. Le plus grand risque : négliger le business, s’éloigner de son marché et, finalement, mettre en danger l’entreprise.

Car les investisseurs étant sélectifs, l’augmentation de capital peut échouer. Même les « leveurs de fonds », ces intermédiaires qui accompagnent les entreprises dans leur augmentation de capital, ne garantissent pas le succès d’une opération de haut de bilan. Autre frein à la levée de fonds : l’entrepreneur doit accepter l’idée de partager la gouvernance de son entreprise. Si certains investisseurs, dits « dormants », sont peu interventionnistes, d’autres exigeront de contrôler la stratégie de l’entreprise et sa mise en œuvre.

Enfin, pour ses détracteurs, l’un des désavantages de la levée de fonds, c’est que l’arrivée d’un investisseur diminue d’autant la part de capital du dirigeant. Et comme le résume, Richard Horbette, PDG de LocService, une TPE du Morbihan de cinq salariés, « si on croit au futur de son entreprise, il n’y a aucun intérêt à lever des fonds. L’entreprise, c’est le patrimoine du dirigeant ».

Accélération du business

Le patrimoine du dirigeant peut toutefois prendre de la valeur grâce à une levée de fonds. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de l’opération. Car une augmentation de capital offre aussi bien des avantages à l’entreprise. Certains projets ne peuvent ainsi pas voir le jour uniquement par de la dette bancaire. Difficile par exemple de financer ce qu’on appelle l’immatériel, comme la R&D, des recrutements ou encore une campagne publicitaire, avec une ligne de crédit. Et l’immatériel représente l’essentiel de la valeur de beaucoup d’entreprises, à commencer par celles du numérique. Difficile aussi de ne miser que sur sa banque pour reprendre une entreprise de taille importante ou pour aborder une phase de croissance gourmande en capitaux.

C’est pour cela que Cédric Williamson, PDG de Kiwatch, un éditeur de logiciel pour caméras de surveillance connectées, a levé en fin d’année 2017 3 millions d’euros. Pour le dirigeant, il s’agit « d’aller plus vite » en doublant en un an le chiffre d’affaires actuel (2,3 M€), puis atteindre les 25 millions d’euros en 2020.

Faire parler de l'entreprise

L’ouverture de capital permet aussi de sécuriser la trésorerie de l’entreprise, tout en réduisant son endettement. L’investisseur se rémunère en effet en revendant sa participation et non pas sous forme d’intérêt. Sauf si l’investissement est réalisé via des obligations. De surcroît, une ouverture de capital offre souvent un bon effet de levier, permettant notamment de bénéficier d’emprunts bancaires.

Alors, lever des fonds ou rester seul maître à bord ? Sur le plan financier, il n’y a en réalité pas de solution miracle. « Pour obtenir de l'argent, il faut toujours mouiller la chemise. Que cela soit avec un investisseur ou pas », résume Étienne Juliot. Mais ce qu’il faut voir, c’est que l’arrivée d’un investisseur peut aussi avoir des effets extra-financiers très positifs pour l’entreprise. Une levée de fonds est devenue une occasion de faire parler de soi et de « crédibiliser » l’entreprise auprès de ses partenaires.

Elle permet aussi bien souvent de faire intervenir dans les réflexions un nouvel interlocuteur qui apporte une autre vision, une expérience, des réseaux. À la condition de l'avoir choisi avec soin au préalable. Le choix du partenaire financier s'avère être décisif pour l'avenir de l'entreprise. Mais attention car il n'est pas toujours facile de s'y retrouver dans le maquis des sociétés d'investissement.

« Pour obtenir de l'argent, il faut toujours mouiller la chemise. Que cela soit avec un investisseur ou pas », résume Étienne Juliot, cofondateur de l’entreprise nantaise Obeo. — Photo : CC0

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