France

Conjoncture

Guerre en Ukraine, Covid en Chine... : l'économie française entravée par les crises internationales

Par Pierrick Lieben, le 13 avril 2022

Les obstacles s’accumulent pour l’économie française. La guerre en Ukraine devrait diviser par deux la croissance du premier trimestre, estime la Banque de France. Surtout, les perturbations liées à ce conflit pourraient s’installer dans la durée. En attendant, le Covid-19, de retour en Chine, pourrait venir compliquer encore un peu plus la donne pour les entreprises.

Le contexte international commence à peser lourd sur les chefs d’entreprise français, selon la dernière note de conjoncture de la Banque de France. Résultat, les problèmes d’approvisionnement atteignent des sommets.
Le contexte international commence à peser lourd sur les chefs d’entreprise français, selon la dernière note de conjoncture de la Banque de France. Résultat, les problèmes d’approvisionnement atteignent des sommets. — Photo : Haropa-Port de Rouen

L’économie tricolore est bel et bien entrée en zone de turbulences. La croissance devrait être deux fois moins élevée que prévu au premier trimestre, estime désormais la Banque de France, dans son dernier point de conjoncture mensuel. Elle n’attend plus qu’une progression du PIB de 0,25 %, au lieu du +0,5 % initialement espéré. La faute à "l’environnement international"… mais la guerre en Ukraine n’est plus la seule pointée du doigt.

Les difficultés d’approvisionnement étranglent les entreprises

Le récent retour du Covid-19 en Chine est venu ajouter son grain de sable dans des chaînes logistiques déjà sous intense pression. Le rebond de l’épidémie dans ce pays s’est en effet accompagné de stricts confinements, en particulier à Shanghai, la capitale économique.

Faut-il déjà y voir un effet ? Les difficultés d’approvisionnement ont en tout cas atteint des sommets, le mois dernier, au sein des 8 500 entreprises, interrogées entre le 29 mars et le 5 avril : elles sont au plus haut chez les industriels (60 % se disent concernés, +6 points en un mois) et rebondissent fortement chez les patrons du bâtiment (56 %, +10 points).

« L'économie française avance sur une route qui est devenue plus glissante. »

L’automobile est en première ligne (89 % des répondants touchés, +10 points), tandis que l’agroalimentaire (+14 points) subit de plein fouet la guerre en Ukraine : "très exposée" aux deux belligérants, elle souffre autant de problèmes d’accès aux matières premières que d’augmentations des prix.

Dans ces conditions instables, les chefs d’entreprise se montrent déboussolés, avec "de réelles difficultés à se projeter". À tel point que "les niveaux d’incertitude atteints [dans] l’industrie et le bâtiment sont comparables à ceux mesurés lors du deuxième confinement" de novembre 2020, assure la Banque de France.

Le choc économique de la guerre en Ukraine pourrait durer

Pourtant, après un mois de crise russo-ukrainienne, l’économie ne montre, en apparence, pas tant de signaux de faiblesse. Au contraire, dans l’industrie, le taux d’utilisation des capacités de production, à 78 %, s’est à peine contracté (-1 point), surtout plombé par les produits informatiques et électroniques (-3 points) et l’automobile (-2 points). Les services marchands (hébergement-restauration, location et travail temporaire surtout) ont, eux, poursuivi leur redressement et restent même confiants pour avril, à la faveur de la levée des contraintes sanitaires.

Mais, prévient le gouverneur de la Banque de France, si l’impact de la guerre en Ukraine s’avère "beaucoup moins brutal que le choc Covid d’il y a deux ans, il pourrait durer plus longtemps et affecter notre croissance et l’emploi […] L’économie française avance sur une route qui est devenue plus glissante", insiste François Villeroy de Galhau, dans une interview à L’Est républicain.

Preuve en est, l’horizon d’une inflation maîtrisée s’éloigne encore un peu. Elle devrait rester autour de 4-5 % "pour un certain nombre de mois, en fonction de l’évolution du prix du pétrole et du gaz, explique le gouverneur. Elle devrait ensuite diminuer en 2023 et revenir à 2 % d’ici 2024."

Autre trace d’inquiétude, du côté des chefs d’entreprise, cette fois : leur confiance sur la situation de leurs carnets de commandes, toujours élevée, commence à s’effriter dans l’industrie et, encore plus, dans le bâtiment. Signe des temps, ce "tassement" frappe notamment l’habillement-textile, victime d'"une baisse des nouvelles commandes en provenance de Russie et de Chine". Comme un avant-goût de ce qui pourrait attendre le reste de l’économie, si la double peine de la guerre en Ukraine et de la lutte anti-Covid venait à se confirmer.

Poursuivez votre lecture

Plus de Newsletters

Déjà abonné à une newsletter gratuite ? Inscrivez-vous ici à une autre édition