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Fusions-acquisitions : un marché qui reste actif avec des valorisations élevées

Par Valérie Froger, le 06 mai 2021

Économie au ralenti, volatilité des marchés, confinements à répétition : malgré le contexte, les fusions-acquisitions ont repris à bon train. L’occasion pour une entreprise de se positionner stratégiquement et d’aller chercher des points de croissance en externe.

"Les transactions liées à l’acquisition de compétences sont en augmentation", constate Pierre de Raismes, associé de Bain & Company.
"Les transactions liées à l’acquisition de compétences sont en augmentation", constate Pierre de Raismes, associé de Bain & Company. — Photo : DR

Lorsque le monde s’est figé au premier confinement, banquiers, repreneurs, cédants et fonds d’investissement ne se faisaient guère d’illusions : ils étaient convaincus que 2020 serait une "annus horribilis" en termes de transactions. Et pourtant, contre toute attente et en dépit d’une contraction de 4,3 % de l’économie mondiale, le bilan des fusions acquisitions sur l’année passée est plutôt honorable.

D’après une étude du cabinet Bain & Company, publiée en février 2021, plus de 1 800 transactions ont ainsi été finalisées en France en 2020, pour un montant global d’environ 107 milliards d’euros. "Il y a eu un fort rebond aux troisième et quatrième trimestres, avec un appétit renouvelé des acquéreurs sur la seconde période de 2020. En valeur, le marché a été tiré par plusieurs grosses opérations (Peugeot et FCA, LVMH et Tiffany, NDLR) qui ont finalement abouti", explique Pierre de Raismes, associé de Bain & Company. De leur côté, les PME ne sont pas restées inactives et nombre d’entre elles se sont remises en chasse de belles affaires. L’entreprise de BTP Vassileo (130 salariés, 25 M€ de CA), basée à Béziers, a par exemple mis la main sur Cobama (10 salariés, 1,5 M€ de CA), ajoutant à son pôle industriel une nouvelle expertise sur les résines de sol. En Bretagne, le spécialiste de la propreté Corser a, pour sa part, racheté deux sociétés du secteur - Espace Service Entretien à Quimper et Poher Propreté à Carhaix – pour étendre son maillage régional. "Sur la cible des small caps (les entreprises dont la valorisation est comprise entre 5 et 50 millions d’euros, NDLR), le marché n’a baissé l’an passé en volume que de 19 %. Il est finalement resté actif, se situant sur les mêmes niveaux que ceux de 2018", analyse Marc Sabaté, directeur général du cabinet In Extenso Finance et Transmission qui a publié son cinquième baromètre de la cession transmission en avril. Et d’après cette étude, 2021 devrait faire aussi bien, si ce n’est mieux.

Se positionner pour le monde d’après

Un signal positif envoyé aux entreprises dès lors que les opérations de croissance externe restent pour elles une occasion en or de se développer, de diversifier leurs activités et d’aller chercher des points de croissance hors des murs. "La période actuelle offre de multiples opportunités. Dans ces moments de rupture, il est souvent judicieux de se positionner", analyse Marc Sabaté.

Financièrement, les conditions sont effectivement intéressantes : les différents plans de relance et l’injection de liquidités à grande échelle dans l’économie facilitent, en partie, les opérations capitalistiques. Quant au taux d’intérêt, historiquement bas, ils simplifient l’accès à la dette des candidats aux fusions-acquisitions.

Stratégiquement, ce type d’opération peut aussi donner un coup d’avance sur le monde d’après. Le rachat d’une entreprise dans une région proche permettra par exemple d’optimiser la logistique ou la chaîne d’approvisionnement – facteurs devenus déterminants avec le ralentissement des échanges internationaux. Cela peut aussi être l’occasion de monter en compétences et d’enrichir son cœur de métier avec de nouveaux services. "Les scopes deals – transactions liées à l’acquisition de compétences - sont en augmentation. Ils permettent aux entreprises de faire évoluer leur business, par exemple dans le digital et la technologie, et de rester compétitives dans des marchés devenus très disruptifs", analyse Pierre de Raismes.

Acheter une entreprise en difficulté

En revanche, côté cible, la tendance est plutôt à l’attentisme. Paradoxalement, malgré la crise, les entreprises à vendre restent rares : "Le niveau de faillites des entreprises est en dessous des moyennes habituelles", souligne Marc Sabaté. Même si certaines PME en détresse cherchent des synergies – et des repreneurs - pour éviter la banqueroute.

Sans pour autant jouer les prédateurs, il peut donc être intéressant de surveiller ses concurrents en difficulté ou de se renseigner au tribunal de commerce pour consulter la liste des sociétés mises en liquidation judiciaire ou en redressement. Le conseil national des administrateurs et des mandataires judiciaires propose sur son site des annonces d’entreprises à vendre (ventes-actifs.cnajmj.fr). Cette solution est loin d’être inintéressante car, contrairement aux processus d’acquisition classiques, l’achat "à la barre" peut porter uniquement sur la partie des actifs les plus rentables. Une possibilité donc de dimensionner son projet d’acquisition, sans supporter les coûts de restructuration, y compris les coûts de licenciement des salariés non repris. Autre point positif : les délais. Les reprises à la barre ne durent que quatre mois en moyenne (de l’ouverture de la procédure collective à l’audience d’examen des offres au tribunal de commerce), soit trois à quatre fois moins de temps pour que pour un rachat classique. Attention toutefois, ce process rapide laisse peu de temps pour un audit en bonne et due forme. Afin d’éviter les erreurs de casting, il est donc essentiel de se faire accompagner par des professionnels dans ce type de rachat.

Les valorisations restent élevées

Opportunités, marché actif, promesse de développement, montée en compétences : ces signaux positifs ne doivent toutefois pas cacher la réalité périlleuse des opérations de croissance externe en ce moment. "Il y a toujours une part de risques. Aujourd’hui, plus que jamais, le dirigeant doit avoir une vision stratégique claire de son développement", prévient Marc Sabaté. Et aussi avoir les reins solides. Alors qu’on aurait pu s’attendre à une baisse des valorisations similaire à la crise financière de 2008 - qui avait vu les multiples chuter d’environ 30 % en deux ans – le contraire s’est produit en 2020. "À l’échelle mondiale, le multiple d’Ebitda est passé de fois 13 en 2019 à fois 14 en 2020", relève Pierre de Raismes de Bain & Company.

Face à des valorisations élevées (sauf dans le commerce et le tourisme où elles sont en baisse) et à un contexte économique encore incertain, la vigilance reste de mise. Parmi les points à surveiller de particulièrement près : la trésorerie de l’entreprise cible, son niveau d’activité en temps normal, la répartition de son chiffre d’affaires, la qualité des équipes encadrantes, la répartition du capital, la présence d’un fonds d’investissement… "Tous les aspects habituels d’audits doivent être vérifiés mais, selon les secteurs d’activité, il y a lieu de porter une attention particulière à de nouveaux éléments mis en lumière par l’actualité. Dans l’industrie par exemple, les coûts de certaines matières premières flambent (acier, aluminium, bois, NDLR) avec des hausses de parfois 30 %. Ils peuvent alourdir à court terme le poste achat et peser in fine sur la rentabilité de la cible", alerte Isabelle Mathis, directeur fusion et acquisitions au sein du cabinet conseil Acticam à Nantes. Une nouvelle donne hélas difficile à anticiper mais qui doit aujourd’hui rentrer en compte dans tous les diagnostics d’évaluation.

"Les transactions liées à l’acquisition de compétences sont en augmentation", constate Pierre de Raismes, associé de Bain & Company.
"Les transactions liées à l’acquisition de compétences sont en augmentation", constate Pierre de Raismes, associé de Bain & Company. — Photo : DR

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