Les entreprises de taille intermédiaire et les centres de formation aux métiers de l’artisanat sont en alerte pour l’apprentissage. Le gouvernement s’apprêterait à diminuer à nouveau les aides à l’embauche d’un apprenti en BTS, licence ou master. Un projet de décret prévoit des diminutions allant de 500 à 1 500 euros selon la taille de l’entreprise. En 2025, une baisse de 1 000 euros avait déjà été actée, après une forte hausse des aides à l’embauche en pleine crise sanitaire.
La dynamique de l’apprentissage "affectée" dans les ETI
Pour le mouvement des entreprises de taille intermédiaire (Meti), la nouvelle diminution "va accentuer la chute déjà inquiétante du nombre de recrutements d’apprentis au sein des ETI", ces entreprises employant entre 250 et 5 000 salariés. "Elle amplifie la baisse du soutien à l’apprentissage opérée en 2025 qui, dans un contexte plus large de hausse des prélèvements obligatoires sur les entreprises, avait déjà affecté sérieusement la dynamique de l’apprentissage", poursuit le Meti. Selon l’organisation, deux ETI sur trois avaient dû revoir à la baisse leur nombre d’apprentis.
Pour le Meti, "le rabot sur l’apprentissage va au contraire coûter à l’État", alors que celui-ci anticipe, grâce à cette nouvelle baisse des aides, une économie de 200 millions d’euros en 2026 et de 700 millions d’euros en 2027. Pour le Meti, "moins de jeunes en apprentissage, cela signifie immanquablement une hausse du chômage des jeunes, plus de dépenses sociales et moins de recettes fiscales et sociales".
812 000 contrats d'apprentissage signés sur un an, en baisse de près de 5 %
Du côté des autres organisations représentatives du patronat, le Medef, la CPME et l’U2P ont également alerté sur le sujet, par l’intermédiaire d’une tribune conjointe sur la formation professionnelle publiée ans Les Échos en décembre dernier. Pour les trois organisations, "réduire les niveaux de financement et les aides, c’est prendre le risque d’empêcher des milliers de contrats d’apprentissage pour les jeunes".
Selon les derniers chiffres de la direction des statistiques du ministère du Travail, les contrats d’apprentissage ont baissé de 4,7 % sur un an à fin novembre 2025. La diminution est plus marquée dans les formations de l’enseignement supérieur (-7,1 %) que dans celles de l’enseignement secondaire (-0,9 %). Au total, 812 000 contrats ont été signés à fin novembre 2025.
Les formations aux métiers de l’artisanat menacées
Les chambres des métiers de l’artisanat, qui forment 110 000 apprentis dans leurs CFA chaque année, ont récemment alerté sur leur capacité "gravement menacée" à former les "artisans de demain". "À la baisse des financements vient s’ajouter, pour la première fois depuis 2013, une baisse des effectifs de l’ordre de 6 %", selon CMA France
La révision à la baisse des niveaux de prise en charge des formations, prenant effet à partir de septembre 2025, a causé une baisse de 8 % en moyenne des moyens affectés au fonctionnement des formations. Ce qui représente "une perte de ressources de l’ordre de 30 millions d’euros pour l’année 2025", indique la Chambre de métiers et de l'artisanat en France (CMA France).
"Il faut préparer dès maintenant la rentrée 2026"
Des gels ou fermetures de sections ont donc eu lieu depuis 2024. Dans les Pays de la Loire, la CMA régionale envisage de fermer le BTS Gestion des TPE et PME de Saint-Nazaire. Dans la même ville, la formation de barman n’a pas ouvert en 2025 et les effectifs ont été regroupés à Nantes. Même constat sur la formation complémentaire de cuisinier dans le dessert de restaurant qui doit être fermée en Vendée.
"Il est possible d’orienter les jeunes vers un autre lieu mais c’est beaucoup plus difficile pour eux en termes de mobilité, car il faut un double hébergement et cela signifie aussi de s’éloigner du lieu d’entreprise", commente Joël Fourny, président de CMA France. "Il faut préparer dès maintenant la rentrée 2026 en se mettant autour de la table pour inverser la tendance", alerte-t-il.
"Revaloriser la prise en charge des formations"
CMA France appelle à revaloriser la prise en charge des formations de niveau 3 et 4 (CAP, Bac). "Le ministre du travail s’est engagé à redéfinir les prises en charge avant juin 2026 et nous insistions pour que les niveaux 3 et 4 soient pris en considération car ils permettent aussi d’aller ensuite sur des niveaux de formation supérieurs", précise Joël Fourny.
Pour la Fondation innovations pour les apprentissages (Fipa), qui rassemble 32 grandes entreprises (Thales, Veolia, Carrefour...) et a accompagné 3 500 jeunes depuis sa création en 2016, l’accent doit être porté sur un autre sujet que celui du soutien financier. "Ces subventions ont été mises en place en plein covid, pour continuer à soutenir le développement de l’apprentissage puis elles ont été petit à petit diminuées", rappelle Yann Bouvier, chargé de mission pour la Fondation.
Revoir l'orientation des jeunes
Selon lui, il est aujourd’hui nécessaire de soutenir "les métiers qui recrutent, là où il y a des besoins". Si de nombreuses formations de niveau 6 et 7 (licence et master) existent en apprentissage, "elles ne permettent pas toujours de s’insérer convenablement", ajoute-t-il. Pour la Fipa, "l’alerte impérieuse c’est l’orientation". "Nous ne pouvons pas tolérer que des jeunes choisissent ou subissent des orientations pour ensuite ne pas trouver d’emploi alors que paradoxalement, nous avons besoin de main-d’œuvre", poursuit Yann Bouvier.
Pour accompagner les jeunes vers des métiers qui recrutent, la Fipa est à l’origine de plusieurs programmes comme "10 stages en 1 seconde", qui permet aux élèves de seconde de découvrir des entreprises différentes, et des métiers qui recrutent, chaque jour pendant leur stage obligatoire. La Fondation lance aussi un nouveau parcours intitulé "Semé d’embauche" pour proposer un rebond par l’apprentissage aux 150 000 jeunes qui ont décroché à l'université ou après une mauvaise expérience avec Parcours Sup.