"Envisager des économies sur l’apprentissage est impensable"
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Joël Fourny président de la Chambre des métiers et de l’Artisanat en France "Envisager des économies sur l’apprentissage est impensable"

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Dans un climat politique qui vise à restreindre les finances publiques, Joël Fourny, président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat (CMA) des Pays de la Loire et de la structure au niveau national, ne peut imaginer que l’apprentissage serve de variable d’ajustement pour l’État. Face aux incertitudes, plusieurs entreprises artisanales attendent des décisions gouvernementales avant de recruter un potentiel apprenti.

Joël Fourny, président CMA France, n’envisage pas de réduire les aides dédiées à l’embauche d’apprentis — Photo : CMA FRance

Depuis 2018 et le plan gouvernemental sur l’apprentissage, une aide de 6 000 euros est adressée aux employeurs pour l’embauche d’apprentis. Dans un climat budgétaire et politique tendu, ces aides à l’apprentissage pourraient être revues à la baisse. En attendant la formation d’un futur gouvernement pour statuer, que pensez-vous de cette remise en cause ?

Faire des économies sur l’apprentissage, je n’y pense même pas. D’ailleurs, cet argent est souvent présenté comme une aide, mais je dirais plutôt qu’il s’agit d’un investissement sur l’avenir. Un professionnel s’engage, et donne la possibilité à un jeune de faire un métier. Cela lui coûte du temps. Il est normal de le dédommager. Si ces aides venaient à diminuer, on remettrait en cause une filière qui a fait ses preuves. Il faut savoir que 85 % des jeunes ont un emploi dans les six mois suite à une formation en apprentissage, et en général plutôt en CDI.

L’effet serait-il tout de même bénéfique sur les dépenses publiques ?

Même pas, puisqu’à long terme, l’effet sera sûrement l’inverse de celui recherché sur les dépenses publiques. Car il ne faut pas oublier le rôle social de l’apprentissage. Certains jeunes sont en difficulté, voire en échec scolaire, et l’apprentissage leur offre une perspective et un cadre qui permettent de les accompagner jusqu’à l’emploi. Ils sont insérés et rendent ainsi service à la société. Cela serait encore plus coûteux sur le temps long de laisser ces jeunes de côté.

Et sur le temps plus court, réduction du déficit et soutien à l’apprentissage sont-ils réconciliables ?

Nous sommes conscients que des économies d’échelle seront à prévoir. Nous avons d’ailleurs formulé des propositions à l’État. Parmi celles-ci, nous pensons qu’il faut regarder la taille des entreprises. Ce soutien à l’apprentissage n’a pas les mêmes effets dans une entreprise de trois ou de 500 personnes. Nous souhaitons maintenir une somme identique pour les structures de moins de 250 personnes, et la réviser si besoin pour les plus importantes.

Y a-t-il d’autres programmes remis en cause ?

Il existe depuis 2018 un dispositif, la prépa-apprentissage, qui permet d’aider des jeunes à mieux définir leur projet d’apprentissage en amont. Entre 2018 et 2024, cette prépa-apprentissage a permis à 24 000 jeunes de trouver leur voie. Or, ce programme vient d’être stoppé lors de cette rentrée. J’espère que le futur gouvernement comprendra le sens d’un tel dispositif, et qu’il reviendra sur la décision prise.

Quel sentiment domine au sein des entreprises artisanales ?

Aujourd’hui, elles font le dos rond. Pour nombre d’entre elles, s’engager à investir dans un apprenti sans avoir de garantie sur les aides à la formation est compliqué. Il faudra que le futur gouvernement précise ses engagements au plus vite, avec des mesures d’accompagnement pour retrouver la confiance des entreprises. Avant le début de l’été, nous avions mené une étude au niveau régional : 68 % des artisans des Pays de la Loire ressentent de l’inquiétude au regard de la situation économique actuelle. Après ces trois derniers mois d’instabilité politique, nul doute que ce chiffre doit encore être plus élevé aujourd’hui.

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