Comment l’artisanat se porte-t-il en Pays de la Loire ?
Les chiffres de la région semblent à première vue stables, avec 92 000 établissements artisanaux dans la région, soit une hausse de 1 % par rapport à l’année précédente. Mais les chiffres sont à prendre avec des pincettes : il y a une hausse du nombre de microentreprises (environ 35 000, NDLR), et une baisse du nombre d’entreprises classiques.
"Il y a un manque de cap politique en matière de politique économique"
De plus, on ressent un fort niveau de lassitude et d’inquiétude chez les artisans. Or, il ne faut pas oublier que l’artisanat est la première entreprise de France. Les grands patrons ont récemment tapé du poing sur la table contre le manque de vision. Il y a un manque de cap politique en matière de politique économique. Les artisans le disent moins forts, mais partagent le même problème du manque de perspectives.
Cette inquiétude se traduit-elle aujourd’hui par des arrêts d’activités ?
Dans les chiffres, on ne constate pour l’instant pas plus de défaillances. Mais on sent plus de pression sur les trésoreries, avec par exemple un prix des matières premières ou de l’énergie pour les boulangers qui augmentent. De plus, la consommation est globalement en baisse. Il y a six mois, le premier problème pointé par les dirigeants et artisans était le manque de main-d’œuvre. Aujourd’hui, il s’agit de veiller à leur rentabilité, et à l’équilibre de leur trésorerie.
Y a-t-il une uniformité entre les différents secteurs de l’artisanat ?
Non, et les disparités sont assez grandes. Par exemple, le domaine de la coiffure est dans le rouge, après beaucoup de créations de salons ces dernières années. Beaucoup ferment. Le syndicat des coiffeurs conclut également que le secteur doit s’épurer. À l’inverse, le secteur mobilité, et notamment l’automobile, présente une belle dynamique en Pays de la Loire. Beaucoup de personnes veulent garder leur moteur thermique avant de passer à des modèles électriques, et vont donc au garage pour l’entretenir. Dans le bâtiment, qui est en crise, les entreprises de rénovation s’en sortent mieux que dans le neuf. Enfin, le secteur de la sous-traitance industrielle s’en sort bien, notamment en Loire-Atlantique, où il est porté par la dynamique de l’aéronautique.
Comment évolue l’apprentissage dans la région ?
Nous enregistrons cette année une petite baisse du nombre d’apprentis, d’environ 150 jeunes, sur les 9 000 formés par an dans la région. Cette baisse est notamment liée à la démographie : il y a moins de jeunes. Mais il y a aussi des entreprises qui sont de plus en plus hésitantes sur l’apprentissage. L’année dernière, de potentielles baisses des aides à l’apprentissage avaient été évoquées. Celles-ci ont finalement été limitées : les aides pour le recrutement d’un apprenti sont passées de 6 000 à 5 000 euros pour les entreprises de moins de 250 personnes, et de 6 000 à 2 000 euros pour les structures de plus de 250 personnes.
Dans le projet de loi de finances du dernier gouvernement, il n’était pas envisagé de réduire les aides pour les petites structures. Mais dans le contexte actuel, il est difficile de se projeter.
Quels sont les défis à venir pour les entreprises artisanales ?
Pour beaucoup, la question de la reprise et de la transmission se pose. Et c’est un sujet qui peut être préoccupant : les repreneurs sont toujours là, mais les banques sont plus frileuses et leur demandent plus de garanties et de fonds propres. Cela peut freiner un projet de reprise. Pour faire face, on remarque que les reprises en association sont plus courantes. Il faut aussi que les entreprises artisanales misent sur le temps long. Dans les métiers où il y a de forts besoins en main-d’œuvre, les jeunes sont parfois poussés vers un emploi dès la sortie du CAP. Or, s’ils poursuivent leurs études, cela donne des profils plus qualifiés, qui peuvent alors devenir les repreneurs de demain.