France

Énergie

Comment l'État compte faire baisser la facture d'électricité des entreprises en 2022

Par Pierrick Lieben, le 14 janvier 2022

C’est une promesse qui finit par coûter cher. Décidé à limiter la hausse des prix de l’électricité à 4 % cette année, le gouvernement va devoir aller plus loin qu’il ne l’avait prévu à l’origine. Deux leviers seront mobilisés, pour un coût estimé à 16 milliards d’euros et des résultats incertains.

Pour limiter la hausse des factures d’électricité, EDF va devoir vendre à prix cassés, à ses concurrents, une part plus importante que prévu de sa production nucléaire.
Pour limiter la hausse des factures d’électricité, EDF va devoir vendre à prix cassés, à ses concurrents, une part plus importante que prévu de sa production nucléaire. — Photo : Ioanna Schimizzi

La promesse était connue depuis le 30 septembre. Restait à savoir comment la réaliser. Pour contenir la hausse des tarifs réglementés de l’électricité en France sous les 4 % en 2022, le ministère de l’Économie a décidé d’utiliser les grands moyens, y compris ceux qu’il excluait encore il y a trois mois.

Plus d’énergie nucléaire à prix cassés

Il en est ainsi du quota d’électricité nucléaire qu’EDF est obligé de vendre à bas coût à ses concurrents. Baptisé Arenh, ce dispositif est limité à 100 térawattheures par an. Mais, pour la première fois depuis sa création en 2010, il va être exceptionnellement rallongé de 20 TWh, sur la période d’avril à décembre. Les fournisseurs répercuteront automatiquement sur leurs clients l’économie correspondant à ce surplus d’électricité bon marché.

En contrepartie, le tarif, appliqué depuis 2012, est revu, lui aussi, à la hausse, de 42 à 46,20 euros le mégawattheure. Grand perdant de l’opération : EDF. Cette vente forcée à prix réduits aura un impact d’environ 8 milliards d’euros sur ses comptes, a calculé l’entreprise. Un effort pour la Nation que la Bourse ne lui a pas pardonné : son titre a perdu près de 15 % de sa valeur le 14 janvier, au lendemain de ces annonces.

Le surplus d’Arenh, une bonne nouvelle pour l’industrie

À l’inverse, le déplafonnement de l’Arenh réjouit les industriels les plus énergivores, réunis sous la bannière de l’Uniden. L’organisation y voit une décision "vitale", car cet instrument est considéré comme "le principal vecteur de visibilité pour [leur] approvisionnement électrique". De fait, elle réclamait cet assouplissement depuis septembre. Mais Bercy avait privilégié d’autres pistes et opposé une fin de non-recevoir à cette revendication, se réfugiant derrière un supposé refus de l’Union européenne. Quelques semaines plus tard, la Commission française de régulation de l’énergie avait elle-même déploré le statu quo "dans ces circonstances exceptionnelles" de flambée des cours. Les demandes d’Arenh, déposées auprès d’elle par les fournisseurs pour 2022, avaient d’ailleurs largement dépassé le plafond légal (plus de 160 TWh).

Moins de taxation sur l’électricité en 2022

Finalement, le gouvernement n’a pas eu le choix de jouer sur ce levier de l’Arenh. Et pour cause : il pensait, à l’origine, pouvoir se contenter de baisser la principale taxe sur l’électricité, pour limiter la hausse des prix à 4 %, mais cette mesure s’est révélée insuffisante. La TICFE sera toutefois bel et bien réduite au minimum autorisé. Perte estimée pour l’Était : 8 milliards d’euros.

Davantage d’entreprises protégées, vraiment ?

Pour les entreprises, le ministère de l’Économie prend un dernier engagement. Le "bouclier tarifaire" promis aux ménages s’appliquera aux tarifs réglementés des "petits consommateurs professionnels" en métropole (dits "tarifs bleus professionnels"), et de tous, quelle que soit leur taille, en Corse et en Outre-mer. Autrement dit, leur facture ne s’envolera pas au-delà de 4 % au 1er février 2022.

Et après ? C’est là que le bât blesse et le flou demeure. Pour EDF, le reste de l’augmentation, qui aurait dû s’appliquer cet hiver, sera reporté sur douze mois, à partir de février 2023. Mais, dans Le Parisien, Bruno Le Maire affirme, au contraire, qu'"il n’y [aurait] pas de rattrapage conduisant à une nouvelle hausse l’an prochain. Ce sont l’État et EDF qui supporteront le coût" du dispositif.

En attendant, cette protection toute relative devrait s’appliquer à "1,5 million de très petites entreprises, artisans, coiffeurs, boulangers, indépendants, qui sont au tarif réglementé ou sur une offre indexée" dessus. Et les autres alors ? Le ministre de l’Économie l’assure : "Toutes les entreprises, sans exception, bénéficieront bien d’une baisse du tarif de leur électricité par rapport à la logique du marché, grâce à la fiscalité et au nucléaire. Au final, nous garantissons à tous les particuliers et à toutes les entreprises une électricité à prix abordable."

Mais pour combien de temps encore ? Les cours ne montrent toujours pas de signe de faiblesse et, comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, le parc nucléaire français tourne au ralenti. À tel point qu’EDF vient de réviser à la baisse sa prévision de production pour cette année. La faute au "prolongement de la durée d’arrêt de cinq réacteurs", où a été détectée une corrosion problématique. Et ce n’est peut-être pas fini : des vérifications sont en cours dans l’ensemble des sites nucléaires du pays, afin de s’assurer qu’aucun autre n’est touché par le même mal.

Pour limiter la hausse des factures d’électricité, EDF va devoir vendre à prix cassés, à ses concurrents, une part plus importante que prévu de sa production nucléaire.
Pour limiter la hausse des factures d’électricité, EDF va devoir vendre à prix cassés, à ses concurrents, une part plus importante que prévu de sa production nucléaire. — Photo : Ioanna Schimizzi

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Inscrivez-vous pour recevoir la version gratuite de nos newsletters dans votre boîte mail