Aéronautique

Airbus sous pression pour réduire son plan de restructuration

Par Paul Falzon (avec Amandine Dubiez), le 01 juillet 2020

Après l'annonce du plus vaste plan de restructuration de son histoire, qui prévoit le départ de 15 000 salariés sur les 135 000 du groupe, Airbus est sous pression du monde politique et syndical pour diminuer le nombre de destructions de postes. Avec la crainte d'une multiplication des plans sociaux dans la sous-traitance.

Assemblage d'un avion sur un site d'Airbus à Toulouse
La direction d'Airbus indique vouloir mener à bien son projet de restructuration de 15 000 postes, dont 5 000 en France, d'ici l'été 2021. — Photo : Airbus SAS / P. Masclet

Vingt-quatre heures après l’annonce par Airbus d’un plan prévoyant le départ de 15 000 salariés, l’onde de choc continue de se propager dans les sphères politiques, syndicales et économiques. En supprimant plus de 11 % de ses effectifs, l’avionneur européen (135 000 salariés, CA 2019 : 70 milliards d'euros) a surpris tous ceux qui tablaient sur une restructuration plus modeste, inférieure aux 10 000 réductions de postes annoncées début juin dans la presse, notamment après l’injection par le gouvernement français de 15 milliards d’euros pour soutenir la filière aéronautique.

60 % des départs chez les « cols blancs »

L’essentiel des départs prévus se concentre en France (4 952 postes dont 614 au sein de la filiale Stelia Aerospace) et en Allemagne (6 040 postes avec l’intégration des 950 suppressions déjà prévues dans la filière Premium Aerotec). Ces premiers chiffres communiqués aux représentants du personnel au niveau européen seront précisés ce jeudi 2 juillet lors du Comité social et économique France, et le lendemain établissement par établissement. On sait déjà qu’au moins 3 000 départs sont programmés chez les « cols blancs », et un peu plus de 1 800 chez les « cols bleus ». Le calendrier prévu par la direction prévoit d’engager les négociations à la rentrée et de réaliser l’ensemble des départs avant l’été 2021, et non pas d’étaler le programme sur deux à trois ans pour s’appuyer sur les départs en retraite naturels (5 000 à 6 000 par an).

Première mobilisation de la CGT le 9 juillet

Les syndicats ont naturellement été les premiers à se mobiliser. Le délégué syndical central Force Ouvrière Jean-François Knepper a rappelé la ligne rouge de son organisation – les départs contraints – et regretté l’ampleur de la restructuration. « Cette crise, si elle est profonde, est d’abord conjoncturelle : Airbus va rebondir », a estimé le dirigeant syndical, rappelant les difficultés du principal concurrent de l’avionneur, Boeing, qui tarde à reprendre la production de son 737 Max.

« Airbus conserve un carnet de commandes solide, avec plus de 7 600 appareils à construire, souligne pour sa part Patrice Thébault, délégué syndical central CGT à Airbus Opérations. C’est la logique financière qui va prévaloir, au détriment des salariés et de l’avenir industriel des territoires. » La CGT Occitanie a prévu une première mobilisation le 9 juillet avec des salariés d’Airbus et d’autres entreprises de la filière, pour engager le rapport de force avec la direction de l’avionneur et réclamer l’organisation d’assises régionales de l’aéronautique.

Bercy dénonce un plan « excessif »

Le monde politique n’est pas en reste avec plusieurs prises de position très critiques. Le ministère de l’Économie a été le premier à faire pression en jugeant « excessif » le nombre de départs envisagés. « Nous attendons d’Airbus qu’il utilise pleinement les instruments mis en place par le gouvernement pour réduire le nombre de suppressions d’emplois », a précisé Bercy. Pour la présidente du conseil régional des Pays de la Loire Christelle Morançais, « un plan social de cette ampleur n’est pas acceptable alors qu’Airbus bénéficie du plan de soutien de l’État à l’aéronautique. » Elle demande au ministre de l'Économie Bruno Le Maire d’engager au plus vite, en lien avec les élus des territoires concernés, des négociations avec les dirigeants d’Airbus en vue de sauvegarder le maximum d’emplois. Georges Méric, le président du conseil départemental de Haute-Garonne où se trouve le siège et les principaux sites français d'Airbus à Blagnac, a dit « regretter » un plan « qui va mettre en cause fortement la dynamique du territoire, mais également la puissance d’une filière d’excellence stratégique pour notre souveraineté nationale et européenne ».

Un appel à confirmer la nouvelle ligne d’assemblage A321

La tonalité est plus modérée chez la présidente de la Région Occitanie Carole Delga, qui dit porter sa vigilance « sur l’accompagnement social dont bénéficieront les salariés touchés par les suppressions de postes au sein du groupe mais aussi le respect du dialogue social ». L’exécutif occitan annoncera le 3 juillet les contours de son plan de relance régional d’un montant de près de 100 M€, qui s’ajoutent aux 200 M€ engagés depuis 2018 dans le cadre du Plan Ader 4. Le président du Conseil économique, social et environnemental régional d’Occitanie Jean-Louis Chauzy a appelé Airbus à renoncer au contrat signé avec le sous-traitant américain UTC sur la fabrication des nacelles d’entrée d’air pour préserver plusieurs centaines d’emplois en France. Une position qui se double, chez plusieurs responsables politiques et syndicaux, d’une demande de garanties sur la création de la future chaîne d’assemblage de l’A321 à Toulouse.

Sous-traitance : vers un effet « boule de neige » ?

La crainte se porte désormais sur un effet « boule de neige » au sein de la sous-traitance. « En supprimant des postes, la direction d’Airbus met en difficulté le tissu industriel local et les nombreux sous-traitants », s’insurge Miguel Salles, représentant CGT au sein d’Airbus Nantes. Le syndicaliste fait écho aux plus de 500 postes qui seraient directement menacés en Loire-Atlantique chez les sous-traitants Halgand, Mecachrome et Daher. Ces suppressions de postes sont directement liées à la baisse de production d’Airbus ou au rapatriement de charges au sein du groupe aéronautique qui étaient jusqu’ici sous-traitées.

À Toulouse, la plupart des plans sociaux déjà engagés se portent sur la sous-traitance interne, avec chez Derichebourg Aeronautics Services, la conclusion d’un accord de performance collective censé prévenir les suppressions de postes, ou sur les prestataires de services. La société d’ingénierie Sogeclair (245 postes) comme le cabinet de conseil CMT + (140 postes) ont été les premiers à annoncer des plans sociaux. Mais de source syndicale, de nombreux projets de restructuration sont en préparation, par exemple chez le toulousain Liebherr Aerospace, qui a annoncé aux organisations représentatives une première réunion la semaine prochaine.

Assemblage d'un avion sur un site d'Airbus à Toulouse
La direction d'Airbus indique vouloir mener à bien son projet de restructuration de 15 000 postes, dont 5 000 en France, d'ici l'été 2021. — Photo : Airbus SAS / P. Masclet

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