Bretagne

Agroalimentaire

Malgré les écueils, Sill Entreprises a toujours bon appétit

Par Isabelle Jaffré, le 14 juin 2021

En septembre, la nouvelle usine de Sill Entreprises, à Landivisiau, sera pleinement opérationnelle. De quoi lancer, pour de bon, son plan stratégique 2025, retardé par un incendie et le Covid-19. Le groupe agroalimentaire breton spécialisé dans l'industrie laitière ne cesse d'investir et vise 700 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici quatre à cinq ans.

Sébastien Floc’h, directeur général de Sill Entreprises et Yannick Fallourd, directeur du site de Landivisiau devant la nouvelle usine de poudre de lait.
Sébastien Floc’h, directeur général de Sill Entreprises et Yannick Fallourd, directeur du site de Landivisiau devant la nouvelle usine de poudre de lait. — Photo : Isabelle Jaffré

Il en aura fallu des années pour voir enfin s’ériger la nouvelle usine de poudre de lait de Sill Entreprises (1 500 salariés, 400 producteurs de lait, 483 M€ de CA en 2020). Lancé en février 2014, le projet d’usine du groupe agroalimentaire spécialisé dans l'industrie laitière a connu bien des rebondissements : initialement prévue à Plouvien, puis Guipavas, la tour de séchage a finalement trouvé sa place à Landivisiau. Si la production a démarré avec des clients industriels, le nouveau site sera complètement opérationnel en septembre et emploiera à terme 80 personnes.

94 millions d’euros d’investissement à Landivisiau

Pour commercialiser sa poudre de lait, le groupe agroalimentaire breton a créé sa propre marque : Vitalaé. "Nous partions de zéro sur ce produit", rappelle le président, Gilles Falc’hun. Le site de 20 000 m² a une capacité de production de 18 000 tonnes de poudre de lait par an et vise le marché très spécifique des laits infantiles spécialisés comme le lait anti-régurgitation. "Nous avons un outil qui répond aux normes mondiales les plus hautes", rappelle Yannick Fallourd, directeur du site de Landivisiau. Marche en avant, sécurité alimentaire, traçabilité, rien n’est laissé au hasard grâce à un logiciel dédié, fait maison, un MES (manufacturing executive system), qui permet de planifier et vérifier chaque tâche. "Rien ne se fait sans lui", ajoute Yannick Fallourd. Ce logiciel permet la conduite entière de l’usine. "Ce système est quasiment une première dans l’agroalimentaire", souligne Gilles Falc’hun.

Au total, l’investissement est de 94 millions d’euros pour la nouvelle société Sill Dairy International. Le groupe breton a choisi un nom anglais car la production de l’usine est destinée à l’export vers le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est et éventuellement la Chine. "Nous avons deux plateformes à Dubaï et Singapour", détaille Sébastien Floc’h, le directeur général. Sill mise sur un chiffre d’affaires de 100 millions d’euros pour l’usine d’ici 2025. Un chiffre qui ferait doubler son chiffre d’affaires à l’export, qui représente aujourd’hui 25 % de l’activité du groupe.

Un plan stratégique à cinq ans

"Notre plan stratégique est d’atteindre 650 à 700 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici 5 ans", indique Sébastien Floc’h, arrivé dans le groupe pour épauler son président emblématique en septembre 2019. À l’époque, Sill Entreprises réalisait 500 millions de chiffre d’affaires et a levé 180 millions d’euros pour exécuter son plan. Celui-ci a malheureusement connu quelques contretemps. "Nous avons eu deux années difficiles", souffle le directeur général. En juillet 2019, en effet, un incendie a détruit la tour de séchage pour la poudre de lait de Plouvien, le site historique de Sill. Un coup dur alors que la nouvelle tour était encore en chantier. "Des confrères nous ont aidés pour continuer à produire, mais cela a été compliqué."

S’est ajoutée à cela la crise du Covid à partir de mars 2020. "Nous avons été touchés comme tout le monde", note le dirigeant. Parmi les conséquences : le marché de la restauration hors domicile (25 % du CA de Sill Entreprises) s’est arrêté, des retards sur les travaux de l’usine de Landivisiau. "Nous avons demandé un PGE (prêt garanti par l’État, NDLR) de 48 millions d’euros que nous avons décidé de rembourser plus tard", explique Sébastien Floc’h.

Ambitions sur tous les fronts

Mais Sill Entreprises commence à voir les nuages s’éloigner, avec la mise en production de son usine de Landivisiau, mais pas seulement. "Nous avons fait le choix fort d’investir 120 millions d’euros pour nos deux tours de séchage du lait, à Landivisiau et pour la reconstruction de celle de Plouvien en faisant un saut technologique, poursuit le DG. Il y a encore 3 ans, nous avions un équipement vieillissant ; la tour de Plouvien avait été construite en 1973. Nous avons aujourd’hui deux tours au top de la technologie mondiale dans le domaine."

Et les ambitions du groupe ne s’arrêtent pas là. Créé en 1962 par les familles Falc’hun et Léon dans le Finistère nord, Sill Entreprises est désormais un groupe agroalimentaire qui s’étend sur tout l’Ouest de la France en étant présent sur quatre métiers. Fin 2020, l’activité nutrition (poudre de lait notamment) représentait 26 %, derrière l’activité lait frais à 41 % (yaourts, fromages, beurre, etc.) et devant les surgelés à 20 % (Primel Gastronomie notamment) et enfin le "végétal" à 13 % (soupes, jus de fruits). Sur cinq ans, le plan d’investissement prévoit en moyenne 15 millions d’euros par an dans les différents sites. Gilles Falc’hun a, par exemple, évoqué la possibilité d’acquérir un terrain attenant à celui de l’usine de Landivisiau de 10 hectares afin de regrouper les entrepôts du groupe, aujourd’hui disséminés. Des investissements qui s’accompagnent de recrutements. Le groupe a besoin sans cesse de main-d’œuvre : environ 50 personnes sont recherchées actuellement.

Investissements à Saint-Malo

La laiterie Malo, à Saint-Malo, sera l’une des bénéficiaires du plan. Rachetée en 2008 par Sill, la PME de 195 salariés connaît une croissance naturelle de 5 % par an. Pour accompagner son développement, le groupe va injecter 3,5 millions d’euros sur le site dans les 18 à 24 mois à venir et va également acheter des machines pour environ 1,5 million d’euros. "Nous allons aussi développer son activité de cartons. Peu de gens le savent, mais les pots de yaourts iconiques de la marque sont fabriqués sur place", révèle Sébastien Floc’h. Autres fleurons de Sill Entreprises, la laiterie Le Gall à Quimper, rachetée en 1998 et qui a été modernisée au fil des ans et Le Petit Basque (207 salariés) à Bordeaux racheté en 2014, qui fabrique des fromages de brebis. En tout, Sill Entreprises fait travailler 400 producteurs de lait de vache (dont 20 % en bio) et 150 producteurs de lait de brebis. Une partie du lait sert aussi à fabriquer des produits (beurre, poudre de lait, crème, etc.) pour des industriels comme des chocolatiers, par exemple.

En 1995, le groupe de Plouvien s’est diversifié dans les surgelés en rachetant Primel Gastronomie qui possède désormais deux sites à Plabennec et Plougasnou dans le Finistère. "En 2014, nous avons racheté en joint-venture Saveurs Cristal en Ille-et-Vilaine, précise le dirigeant. Depuis septembre 2020, nous avons repris tout le capital." Rebaptisé Primel Traiteur, la PME vise de nouveaux marchés, comme l’export.

Offre différenciée

Les autres activités de Sill Entreprises sont regroupées sous l’appellation "végétal" qui réalise environ 70 millions d’euros de chiffre d’affaires. Il s’agit de la fabrication de soupes sous la marque La Potagère et de jus de fruits avec la marque Plein Fruit. Le directeur général souhaite redynamiser les deux marques. Dans le rayon soupes, La Potagère est loin des leaders du marché comme Liebig et Knorr avec moins de 10 % de parts de marché. "Mais je pense que nous avons une carte à jouer en nous différenciant avec des légumes français et bio. Il y a aussi quelque chose à faire avec l’identité bretonne de notre entreprise", analyse-t-il. Même stratégie, ou presque, pour les jus de fruits. "La Bretagne se comprend mieux sur le jus de pommes que sur le jus d’oranges, reconnaît en souriant Sébastien Floc’h. Nous voulons insister sur une offre simple mais très qualitative. Je crois beaucoup à une offre différenciée."

Que ce soit avec du bio ou de la poudre de lait, Sill Entreprises a décidé d’aller chercher la meilleure valorisation possible pour ses produits. "Ces dernières années ont prouvé la résilience de Sill Entreprises. Nous avons su encaisser les coups et rebondir avec de nouvelles ambitions", assure le directeur général.

Sébastien Floc’h, directeur général de Sill Entreprises et Yannick Fallourd, directeur du site de Landivisiau devant la nouvelle usine de poudre de lait.
Sébastien Floc’h, directeur général de Sill Entreprises et Yannick Fallourd, directeur du site de Landivisiau devant la nouvelle usine de poudre de lait. — Photo : Isabelle Jaffré

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