Finistère

Énergie

L’investissement de 10 millions d’euros de Sermeta à Morlaix remis en cause

Par Isabelle Jaffré, le 04 décembre 2020

Le patron de Sermeta, Jo Le Mer, tire la sonnette d’alarme sur la réglementation énergétique 2020. La nouvelle réglementation pour la construction neuve prévoit l’interdiction des chaudières à gaz dans ces derniers en 2021. Une catastrophe pour le fabricant morlaisien d’échangeurs thermiques de chaudières.

Jo Le Mer, président de Sermeta,
Jo Le Mer, président de Sermeta, — Photo : © Isabelle Jaffré

Jo Le Mer, président de Sermeta, est remonté. Fin novembre, le gouvernement annonçait dans la réglementation énergétique (RE2020), la nouvelle réglementation pour les logements neufs, la fin des chaudières à gaz dans les constructions neuves en 2021. Une catastrophe pour le patron de l’entreprise morlaisienne, fabricante d’échangeurs thermiques pour les chaudières à gaz. Sermeta s’apprêtait à investir 10 millions d’euros pour agrandir de 11 000 m² son usine de Morlaix. « Je suis obligé de suspendre cet investissement y compris l’achat du terrain à Morlaix Communauté », regrette Jo Le Mer. Car si l’entreprise réalise 98 % de son activité à l’export, le marché français pour des chaudières destiné aux logements neufs représente 50 000 chaudières par an.

Distribution d’énergie avec deux réseaux

Pour Jo Le Mer, la décision gouvernementale est « surprenante, pour le moins ». En effet, la RE2020, si elle n’est pas modifiée, fait la part belle aux pompes à chaleur « alimentée grâce à l’électricité, fait remarquer le patron. Or, le réseau électrique a déjà du mal à fournir ce qu’il faut par grand froid. En Bretagne, la centrale thermique à cycle combiné gaz lancé il y a 10 ans n’est toujours pas opérationnelle. » Le dirigeant s’interroge également sur le chauffage d’appoint favorisé : les chaudières à granulés de bois. « Le ministère de la Transition écologique dit qu’il y a un cercle vertueux car le CO2 rejeté par le bois était bénéfique pour les arbres. Je ne savais pas que les arbres pouvaient faire la différence entre du CO2 venant du bois ou pas ! Sans oublier les particules fines que ce moyen de chauffage dégage. Autre problème : si les routes sont bloquées par la neige, comment faire venir les granulés », s’agace-t-il.

« En France, on marche sur deux pieds en termes de distribution d’énergie, le réseau électrique et le réseau gazier. Pourquoi en favoriser un autant ? », demande encore le patron. D’autant que la filière ne reste pas les bras croisés sur le sujet environnemental. Les entreprises – et pas que – travaillent sur les biogaz et l’hydrogène pour faire baisser l’impact environnemental des chaudières. « Chez Sermeta, nous avons largement investi pour concevoir des échangeurs pouvant intégrer de l’hydrogène », rappelle Jo Le Mer.

Isoler et moderniser

« En France, il y a 7,6 millions de chaudières anciennes génération, qui sont souvent dans des logements mal isolés. En les remplaçants par des chaudières à gaz nouvelle génération, qui émettent 30 % de moins, et en isolant, ce qui permet de gagner encore 20 %, on peut déjà réaliser 10 millions de tonnes de CO2 par an en moins ! », a calculé le dirigeant.

En coulisse, le patron breton se démène donc pour faire entendre sa voix mais aussi celle de ses clients, constructeurs de chaudières. « L’un d’eux m’a demandé de faire passer une lettre au président de la République. Nous allons essayer », indique-t-il. Des réunions avec les élus locaux et le préfet sont aussi à son programme. « Si on ne raccorde pas les nouvelles constructions au gaz, on ne pourra pas revenir en arrière. Cette décision est très importante », souligne Jo Le Mer.

Jo Le Mer, président de Sermeta,
Jo Le Mer, président de Sermeta, — Photo : © Isabelle Jaffré

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