Christine Le Tennier : L'avocate de l'algue bretonne

Par Armelle Gegaden, le 01 mai 2009

Elle a un sacré bagout, la dirigeante de Globe Export à Rosporden. Il y a 23 ans, cette Franco-Canadienne originaire de Gourin, a décidé de convertir toute la Bretagne à sa passion de l'algue alimentaire. Une forte tête qui a de la suite dans les idées.
Le Journal des Entreprises — Photo : Le Journal des Entreprises

Passez deux heures avec Christine Le Tennier, vous aurez du mal à l'arrêter. Elle parle, sans à peine reprendre son souffle. Il y a vingt-trois ans déjà, elle est partie en guerre pour convertir toute la Bretagne à sa passion des végétaux marins. Car quand elle croit à quelque chose, elle n'est pas vraiment du genre à renoncer. Pour faire connaître son produit fétiche, elle vient de faire publier un livre de recettes de cuisine aux algues avec des grands chefs bretons.




L'avocate des algues

Rien ne prédisposait cette Franco-Canadienne, petite-fille d'agriculteur du Centre Bretagne, à devenir une militante de l'algue alimentaire. De cette «mine d'or pour la Bretagne» qui a tant de mal à s'imposer dans les assiettes françaises, elle s'est fait l'avocate. Avec le soutien de son amie Christine Bodeau présidente de la chambre syndicale des algues et patronne de Sciences et Mer, cette quinquagénaire plaide inlassablement pour la naissance d'une filière d'algoculture (voir ci-contre). Née en 1959 dans l'Ontario, à Sudbury, d'un père originaire de Gourin (Morbihan) et d'une mère pied-noir, Christine Le Tennier a toujours eu le goût de l'international. Son histoire est marquée par la diaspora gourinoise en Amérique du Nord. Au Canada, où s'étaient exilés ses parents, Christine Le Tennier vécut les trois premières années de sa vie.




Un caractère de dirigeant

L'envie d'entreprendre est arrivée tôt. Une mère hôtelière-restauratrice, un père chauffagiste, des aïeux paysans bretons, pour qui le travail est une valeur morale, ça forge un caractère de dirigeant. «Je ne sais pas ce que j'aurais pu faire d'autre que chef d'entreprise!» À 19 ans, un IUT commercial en poche, ce pigeon voyageur élevé à Gourin au couvent de Saint-Joseph-de-Cluny, s'envole à Montréal pour finir ses études. Elle y restera sept ans. Et c'est dans la restauration que cet électron libre fait ses premières armes, en montant un restaurant français à Montréal, avec un chef mexicain dans un motel tenu par des Siciliens. «Une incroyable expérience multiculturelle».




Du Hilton à Globe Export

Les différences de mentalités entre l'Amérique et l'Europe la surprennent encore. Son jugement sur l'accueil touristique breton est resté sévère. «On n'est pas assez professionnels!» En travaillant au début des années 80 au Hilton comme barmaid puis au service commercial, Christine Le Tennier a mis la barre haute. «J'avais en charge la clientèle d'affaires pour des congrès et séminaires de cinq propriétés hôtelières dans l'Ontario, au Québec et l'État de New York. Un super job de cadre à 22 ans seulement.» En 1985, Christine Le Tennier rentre en France. Le Hilton lui propose la Côte d'Ivoire, elle décline pour vivre en Bretagne où elle vient de rencontrer son futur mari. Ses «deux petites princesses», Charlotte et Chloé, naissent quelques années plus tard.




Une forte tête

La découverte des algues, ce fut un hasard, lors d'une visite d'usine à Pleubian. «Je connaissais les sushis au Nori de New York. J'ai immédiatement compris qu'il y avait un potentiel en Bretagne.» La suite ce sera une formation en commerce international à Lorient puis la création de Globe Export à Rosporden en 1986. Cette société d'import-export (dix salariés aujourd'hui) est spécialisée dans la fabrication et le négoce de produits transformés à base d'algues. Passionnée de commerce international, Christine Le Tennier s'est aussi investie dans le monde de l'enseignement. Ancienne présidente de l'école Isuga à Quimper, cette élue de la CCI a démissionné de la commission internationale et formation en 2008, quand il fut envisagé de ne plus recruter les élèves en Asie. Le bagout et le côté provoc' «forgés par des convictions acquises au cours de la vie», font de Christine Le Tennier une forte tête capable de faire son «show» pour défendre son point de vue. Une femme impulsive et entière donc.

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