Gironde

Santé

Bahia : un hôpital unique en France va voir le jour à Bordeaux

Par Anne Cesbron, le 05 juin 2018

Premier groupement de coopération sanitaire de moyens entre une structure privée et une unité militaire, Bahia ambitionne de constituer l’un des pôles principaux de la santé de la métropole bordelaise. En 2022, avec ses 450 lits et ses 350 places d’hospitalisation à domicile, l’hôpital civilo-militaire comptera alors 1 400 salariés sur le site de la Maison de santé protestante de Bordeaux-Bagatelle à Talence.

Le projet Bahia est aujourd’hui une réalité : 75 % de l’activité est assurée par le groupement de coopération sanitaire Bagatelle-Robert Piqué.
Le projet Bahia est aujourd’hui une réalité : 75 % de l’activité est assurée par le groupement de coopération sanitaire Bagatelle-Robert Picqué. — Photo : © Arnaud Tchia / Bagatelle

C’est l’histoire d’un mariage aux longues fiançailles. L’union conclue en 2012 entre la Maison de santé protestante de Bordeaux-Bagatelle et son voisin, l'hôpital d'instruction des armées Robert Picqué prévoyait la création d’un ensemble hospitalier civil et militaire. Ce regroupement fut joliment dénommé Bahia, pour Bagatelle-Hôpital d’Instruction des Armées. Le système français de santé assistait alors à la naissance du premier groupement de coopération sanitaire de moyens entre une structure privée et une unité militaire. Les mariés partageaient de fortes prédispositions : l’un et l’autre participaient au service public de secteur 1, sans dépassement d’honoraires.

« Il a fallu questionner notre volume d’activité »

Aux dires de la famille civile, les velléités d’alliance datent de 2010. La Maison de santé protestante Bagatelle (MSPB) est alors à un tournant de sa vénérable existence. Fondée en 1863 pour « recevoir gratuitement les malades des deux sexes appartenant aux diverses églises protestantes ainsi qu’aux marins étrangers des navires en rade », la MSPB, à l’aube de ses 150 ans, devait « réinventer son modèle ». « On s’est réveillés », reconnaît Blandine Filet, directrice générale. « Il a fallu questionner notre volume d’activité pour maintenir un hôpital au sein de la Fondation ». Et le docteur Filet de se souvenir d’équipements devenus vétustes : bâtiments et plateau technique risquaient l’obsolescence. La recherche de regroupement est menée au pas de charge en France, Bagatelle y pressent son salut.

En 2022, Bahia ambitionne de constituer l’un des pôles principaux de la santé de la métropole bordelaise avec ses 450 lits 

La suite semble gouvernée par un alignement de planètes. La réforme du Service de santé des Armées (SSA 2020) est dans les tuyaux : à Brest, Metz, Lyon et Bordeaux, les hôpitaux militaires doivent fusionner avec le civil. Rejoignant l’institut bordelais Bergonié, l’hôpital d’instruction des armées Robert Picqué devient alors prétendant à la noce. Et remporte la corbeille.

Pour la petite histoire : entre 1914 et 1918, la Maison protestante fit office d’hôpital militaire. Autre signe d’une inclination possible entre Bagatelle et l’HIA : le terrain légué en 1914 à la Maison protestante « partageait une limite de propriété avec celles de Robert Picqué », rappelle Gabriel Marly, président du conseil d’administration. Bref, les voisins scellèrent leur destin. Et en septembre 2017, le comité interministériel de la performance et de la modernisation de l’offre de soins hospitaliers rendait son avis favorable, pour un premier coup de pioche attendu le 1er octobre prochain à Talence.

90 M€ d'investissement

Pour les administrateurs de Bagatelle, ce calendrier a été rendu possible par une santé économique consolidée : un chiffre d’affaires qui s’améliore, « et des chiffres d’exploitation doublés depuis dix ans, ainsi que le nombre de patients ». « C’est le vrai challenge depuis dix ans », reconnaît Blandine Fillet. « C’est cet équilibre des comptes qui a permis Bahia », et non Bahia qui vient au chevet de Bagatelle, martèle-t-on aussi.

Une subvention du ministère de la Santé (5 M€), la vente d'un terrain de la MSPB à la société Cogedim - pour la réalisation de 250 logements -, d'un autre à la fondation John-Bost (18 M€) et un emprunt de 67 M€ (sur plus de 25 ans) constituent les trois sources de financement, pour un investissement estimé à 90 M€.

Sous ce ciel dégagé, des voix ont pu s’élever pour questionner à leur tour ce modèle unique en son genre. Côté Bagatelle : quid de la prise en charge de tous les patients, y compris des plus humbles ? Coté Robert Picqué : quid du statut des militaires officiant désormais en terrain civil ?

Les réponses sont arrivées de la MSPB, la Grande muette observant sa discrétion de rigueur. « Nos médecins sont tous salariés, et le resteront », « nous sommes une Fondation à but non lucratif, les biens et les ressources vont obligatoirement à la continuation de l’œuvre », « aucune rétribution, ni dividendes ne vont à des actionnaires », « le dispensaire ne fermera pas ». Une question de fidélité aux valeurs historiques de la Maison en somme.

Le chantier est donc bel et bien lancé. En 2022, Bahia ambitionne de constituer l’un des pôles principaux de la santé de la métropole bordelaise avec ses 450 lits et ses 350 places d’hospitalisation à domicile (HAD). L’hôpital comptera 1 400 salariés dont 250 personnels de la défense et 180 médecins. L’établissement sera alors en mesure de réaliser 44 000 hospitalisations, 40 000 passages aux urgences, 240 000 consultations externes (contre 170 000 aujourd’hui), 15 000 interventions chirurgicales (contre 12 500) et 3 000 accouchements. En attendant, l’hôpital endosse le rôle de « laboratoire pour modéliser une nouvelle organisation hospitalière », indique le docteur Filet.

Le projet Bahia est aujourd’hui une réalité : 75 % de l’activité est assurée par le groupement de coopération sanitaire Bagatelle-Robert Piqué.
Le projet Bahia est aujourd’hui une réalité : 75 % de l’activité est assurée par le groupement de coopération sanitaire Bagatelle-Robert Picqué. — Photo : © Arnaud Tchia / Bagatelle

Poursuivez votre lecture

-30% sur l’offre premium

Abonnez-vous Recevez le magazine imprimé
tous les mois

Voir les offres d'abonnement

Newsletter

Recevez chaque vendredi le Débrief, l'essentiel de l'actualité économique de votre région.