Virginie Calmels (CroissancePlus) : "L’entreprise est trop souvent traitée comme une variable d’ajustement"
Interview # Politique économique

Virginie Calmels présidente de CroissancePlus "L’entreprise est trop souvent traitée comme une variable d’ajustement"

Élue en juillet dernier à la tête de l’association de chefs d’entreprise CroissancePlus, Virginie Calmels dresse, six mois après sa prise de fonction, un premier bilan et présente les combats portés par l’association. Regrettant la remise en cause de l’économie de marché, elle appelle les pouvoirs publics à soutenir le développement des entreprises plutôt qu’à alourdir leur fiscalité.

Fondatrice de CV Education, une entreprise francilienne d'enseignement supérieur, Virginie Calmels a pris la présidence de l'association CroissancePlus à l'été 2025 — Photo : DR

Vous évoquez une forte stigmatisation des entreprises en France ?

La période n’est effectivement pas très "business friendly". Depuis la rentrée, le débat public a glissé. Au lieu de s’attaquer à la maîtrise des dépenses publiques, un haro s’est développé sur les entreprises et sur les riches. Des chiffres ont été relayés — notamment le rapport du Sénat évoquant "210 milliards d’aides aux entreprises" — mélangeant aides publiques, exonérations de charges et autres dispositifs. Résultat : l’entreprise est trop souvent traitée comme une variable d’ajustement. Or, nous ne sommes pas des profiteurs du système mais bien les principaux contributeurs nets au financement du modèle social.

En mars dernier, les entreprises ont justement servi de variable d’ajustement ?

En mars 2025, 15 milliards ont été effectivement portés sur les entreprises pour boucler le budget. Ce type de mécanique, qui consiste à ponctionner le travail et les entreprises plutôt que de maîtriser la dépense publique, instille l’idée que les entreprises servent de variable d’ajustement. C’est contre-productif : cela pèse sur l’investissement, le recrutement et la confiance.

Quel est votre regard sur le débat actuel autour de la fiscalité des très hauts revenus et du patrimoine ?

Le débat sur la taxe dite Zucman nous a causé un tort incroyable. Cela a infusé auprès de la totalité de l’échiquier politique. Prétendre qu’il suffirait de s’attaquer à quelques riches pour régler les comptes publics est une caricature à la fois dangereuse et inefficace. La fiscalité sur le stock est pernicieuse : elle oblige parfois à vendre des actifs peu liquides et nuit à l’investissement. Une taxe ponctuelle sur les très hauts revenus peut produire un flux, mais ce n’est pas une solution de long terme pour financer durablement le modèle social.

Quelle réforme fiscale défendez-vous pour préserver le pouvoir d’achat sans pénaliser l’emploi ?

Nous sommes au maximum de ce qui est tolérable en termes de fiscalité. Chaque nouvelle augmentation risquerait de ralentir l’activité et de décourager un certain nombre d’acteurs. Au-delà du risque de délocalisations, nos jeunes pourraient ne pas vouloir s’installer en France. Il faut élargir les modes de financement de la protection sociale et ne pas faire reposer l’ensemble du modèle social uniquement sur le travail. Cela passe notamment par une baisse des charges, afin d’augmenter mécaniquement les salaires nets sans grever les entreprises, une simplification de la fiscalité, ainsi que par une fiscalité de l’épargne et des plus-values qui ne soit pas dissuasive.

L’une des mesures que prône CroissancePlus est la suppression des aides ?

Nous sommes favorables à la suppression d’un grand nombre d’aides — il en existe plus de 2 000 — car elles creusent les inégalités entre grandes entreprises et PME, ces dernières en bénéficiant moins. Cette suppression doit toutefois s’accompagner d’une baisse générale des charges, comme l’impôt sur le revenu, les charges patronales ou salariales. L’objectif étant de réduire l’écart entre le brut et le net. En outre, certaines mesures doivent être exclues de ce champ, comme le crédit d’impôt recherche ou les dispositifs liés à la souveraineté industrielle, qui permettent aux entreprises de rester compétitives.

Quelles mesures pourraient faciliter la transmission des entreprises en France tout en impliquant les salariés dans le capital ?

Chez CroissancePlus, nous sommes particulièrement attachés au partage de la valeur. Pour faciliter la transmission des entreprises en France et promouvoir l’actionnariat salarié dans toutes les entreprises, il faut maintenir et élargir le Pacte Dutreil à la transmission aux salariés ; simplifier les dispositifs fiscaux afin que les salariés puissent réinvestir sans être immédiatement imposés sur la plus-value et élargir les possibilités d’entrée au capital, notamment en relevant certains seuils d’actionnariat salarié. L’objectif est de maintenir les entreprises en France et de favoriser un partage de la valeur réel et durable.

Que dit le baromètre que vous venez de réaliser auprès de vos adhérents ?

Les signaux sont préoccupants : stagnation des carnets de commandes, fort recul des intentions de recrutement (-8 points) et baisse des demandes de financement (-12 points entre T3 et T4). Même pour les entreprises en croissance que nous représentons, nous observons un "pied sur le frein" en matière d’embauche et d’investissement, par crainte de l’avenir politique et fiscal. À la lecture des retours des entrepreneurs sur le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, le constat est quasi unanime : 96 % d’entre eux se déclarent insatisfaits. Une défiance très marquée s’exprime à l’égard des responsables politiques.

Quel message adressez-vous aux pouvoirs publics ?

Il faut arrêter de mettre des coups de butoir dans la souveraineté économique et la cohésion sociale et cesser de montrer les entreprises du doigt. Nous devons choyer les entreprises, qui ont besoin de stabilité, d’une baisse des charges et de règles plus simples. Il faut aussi protéger la création et la transmission. Si l’on veut que la jeunesse s’engage, il faut montrer qu’il est possible en France d’innover, d’investir et de créer des emplois sur le long terme. CroissancePlus formulera des propositions concrètes afin d’influencer l’ensemble des forces politiques.

Que restera-t-il selon vous de ces dix années de macronisme ?

Le bilan restera mitigé, aucune réforme structurelle n’ayant été réellement engagée. Si le début du quinquennat a permis d’obtenir certains résultats - Flat tax, loi El Khomri sur le droit du travail, inversion de la courbe du chômage, mesures en faveur de l’apprentissage, regain d’attractivité pour le pays -, les atermoiements et les allers-retours sur plusieurs dossiers, notamment la réforme des retraites, ont conduit à un démantèlement partiel de nombreuses mesures. Et à une démonétisation de la parole politique.

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