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Vincent Bellette, ce patron de PME qui s'est offert un break sportif de neuf mois
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Vincent Bellette, ce patron de PME qui s'est offert un break sportif de neuf mois

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Le nouveau directeur général délégué de la PME girondine de compléments alimentaires Activ’Inside s’est accordé ce que beaucoup lui envient : plusieurs mois de césure. En 2023, alors PDG d’une PME normande, Vincent Bellette a choisi de faire ce qu’il voulait pour ne rien regretter. Apprendre le surf, jouer au golf, faire du ski de randonnée, de la voile… Avant de reprendre un poste d’envergure.

En 2023, Vincent Bellette, alors PDG d’une PME en Normandie, est en quête d’un autre projet. "Pour être bien, j’avais besoin de faire tout ce dont j’avais envie." Comme partir au nord du cercle polaire finlandais — Photo : DR

Rare sont les dirigeants qui s’accordent du temps pour eux, a fortiori neuf mois. "Une grossesse !" plaisante Vincent Bellette. Installé dans son nouveau bureau de directeur général délégué de la PME girondine Activ’Inside (77 salariés, plus de 10 M€ de CA), il s’étonne que l’on s’intéresse à cette parenthèse dans son parcours qu’il a appelée "pause professionnelle santé et bien-être" sur son profil LinkedIn. Il en partage l’expérience d’autant plus volontiers qu’il s’est rendu compte, avec étonnement, que nombre de ses homologues l’enviaient. "Moi je n’ai pas le courage", ont-ils réagi à l’époque.

De juin 2023 à février 2024, Vincent Bellette a, entre autres, découvert la voile embarquée aux Glénans, emprunté le sentier de randonnée GR10 dans les Pyrénées, passé un mois en camping-car en Norvège avec sa famille, fait de la planche à voile, du surf à Lanzarote dans les Canaries avec l’association sportive UCPA, du ski de randonnée et du chien de traîneau au nord du cercle polaire en Finlande et avec un groupe d’aguerris à Chamonix. Il a aussi visité la Corse et passé 15 jours en Andalousie.

"Je me disais : je vais mourir sans avoir fait ça, et quand j’aurais le temps je n’en serai plus capable"

"Régulièrement je me couchais le soir en me disant 'je vais mourir sans avoir réussi à faire ça - surtout le surf et le ski de randonnée à haut niveau - et quand j’aurais le temps je n’en serai plus capable', confie-t-il. Cela faisait 20 ans que je voyais les années passer, la forme physique un peu décliner. Je me disais que chaque année qui passe allait rendre ce projet de plus en plus difficile, puis borderline, puis impossible."

Randonnée dans les Pyrénées, découverte de la Corse… "À chaque fois que je finissais une aventure, j’en avais deux autres de programmées", raconte Vincent Bellette — Photo : Vincent Bellette activ'inside

Vincent Bellette, 52 ans, a une carrière brillante. Diplômé des Ponts et Chaussées, titulaire d’un MBA du Collège des ingénieurs, il a débuté chez Danone avant de rejoindre Saint-Gobain en 1997 aux États-Unis puis en Espagne et en France où il pilote différentes constructions d’usines. Il s’est ensuite établi en Italie chez Umbra Rimorchi (accessoires automobiles) dont il a été DG pendant cinq ans. Il s’est orienté vers le secteur de la santé en 2008 en devenant PDG de Nuova Pharmac, un poids lourd dans le domaine de l’antisepsie. Vice-président Europe du Sud puis directeur Europe Moyen-Orient Afrique du géant américain de la désinfection Ecolab jusqu’en 2021, il est revenu en France en tant que PDG du normand Sodel (130 salariés, 20 M€ de CA), fabricant de produits d’hygiène pour les milieux professionnels. Il a quitté son poste pour sa césure.

"J’ai senti que c’était le bon moment de me poser, m’épanouir. Depuis mes 12 ans je n’ai jamais rien lâché, tout réussi. J’étais à la fin d’un cycle, j’avais envie de changer de projet, le sentiment d’avoir fait le tour du monde de la désinfection hospitalière, sachant que j’avais déjà changé de secteur plusieurs fois, explique le chef d’entreprise. J’ai prévenu les actionnaires - un fonds d’investissement - de mon départ, de manière très sereine. Je suis resté le temps qu’il fallait pour accueillir mon successeur, je n’avais pas de deadline." Sans préciser alors ses projets. "C’était personnel."

Aventures et recherche d’emploi menées de front, avec méthode

Hyper organisé, le dirigeant a établi un plan de remise en forme physique : natation, vélo, golf, "de manière intense". "Ensuite, avec méthode, tous les mois je suis allé faire tout ce dont j’avais toujours rêvé ou pour lequel je n’avais pas de temps. À chaque fois que je finissais une aventure, j’en avais au moins deux autres de programmées."

Refaire une autre césure ? "Cela n’aurait pas de sens", répond le dirigeant — Photo : DR

Vincent Bellette a toujours été dans le contrôle. Cette césure était un projet, mûrement réfléchi, et le retour à un poste de dirigeant l’a été tout autant. "J’avais un plan, c’était clair dans ma tête. J’ai toujours été en contact avec le business, il ne s’agissait pas de devenir obsolète. J’ai quitté mon poste en juin 2023 ; dès septembre j’ai commencé à rechercher du travail d’une manière très organisée, avec une méthodologie", précise-t-il. Il travaille notamment avec des chasseurs de têtes, qui lui conseillent de s’arrêter au moins six mois "pour que la démarche soit suffisamment ressourçante"

"Quand j’ai vu que deux projets mûrissaient, dont Activ’Inside, j’ai arrêté de programmer mes aventures. Et quand je suis arrivé à neuf mois, j’avais envie de retrouver l’intensité de ma vie active telle que je l’ai toujours connue."

"À mon âge je sais ce que je vaux"

Marié et père de deux garçons de 16 et 21 ans, Vincent Bellette n’a jamais été inquiet de l’après césure. Financièrement, tout était calculé. Dans son réseau il n’a rencontré que des envieux, auquel il répond aujourd’hui que "ce n’est pas compliqué, il faut juste avoir confiance en soi et se dire qu’on va retrouver quelque chose. À mon âge je sais ce que je vaux, que du travail il y en a. À ce niveau [de poste] c’est aussi bien perçu de faire des choix et d’être capable de les raconter", estime-t-il.

Le dirigeant a suivi des skieurs de randonnée chevronnés à Chamonix. "Dans chaque groupe j’avais au moins 20 ans de plus que les participants", précise ce dernier — Photo : DR

Ce lève-tôt - "rarement après 4 heures du matin"-, désormais bien installé dans le département et dans ses nouvelles fonctions, a déjà reprogrammé du sport dans son emploi du temps. Mais pas d’autre césure à l’horizon. "Cela n’aurait pas de sens, j’ai fait tout ce que je souhaitais." Seuls 15 jours de wing foil au Cap Vert sont passés à la trappe. Ils attendront les prochaines vacances.

D’ici là, le directeur est à pied d’œuvre pour conduire les développements clés d’Activ’Inside. Cet automne, le fabricant d’extraits végétaux destinés aux compléments alimentaires débute la commercialisation de produits finis. Une activité qui, à terme, doit peser pour moitié dans le chiffre d’affaires et qui a justifié la construction de la nouvelle usine que Vincent Bellette pilote.

Dans ses nouvelles fonctions, Vincent Bellette pilote l’usine flambant neuve d’Activ’Inside qui produit des compléments alimentaires et des extraits végétaux — Photo : Activ'Inside

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