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Les grands fournisseurs d’énergie arrivent sur le marché de la méthanisation
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Les grands fournisseurs d’énergie arrivent sur le marché de la méthanisation

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La nouvelle feuille de route énergie climat de la France fixe l’objectif de multiplier par quatre la production de gaz vert. La récente législation sur les Certificats de production de biogaz (CPB) va accroître l’implication des grands fournisseurs sur le marché de la production, analyse Christophe Bellet, directeur adjoint de GRDF Centre Ouest.

La centrale biogaz des Coëvrons (Mayenne), inaugurée en juin 2022, a été portée par Engie Bioz. Les fournisseurs s’impliquent dans la production — Photo : Rémi Hagel

En France et dans les Pays de la Loire, "le contexte est favorable à la méthanisation", constate Christophe Bellet, directeur adjoint de GRDF Centre Ouest. Et de nouvelles mesures accentuent cette tendance. En juillet 2024, le décret portant sur les Certificats de production de biogaz est paru. "Il oblige les fournisseurs de gaz à proposer un volume de gaz vert dans leur portefeuille". Engie, TotalEnergies, EDF, etc. devront acquérir l’équivalent de 10 TWh de biogaz. C’est une goutte d’eau par rapport aux 400 TWh de gaz consommés en France chaque année, mais c’est presque l’équivalent des 12 TWh produits aujourd’hui.

Le dispositif unique appliqué jusqu’à présent était l’incitation par le tarif d’achat. "C’était bien pour lancer la filière, mais insoutenable pour le budget de l’État". Désormais, il reste limité aux projets de moins de 25 GWh/an.

Les fournisseurs deviennent producteurs

À l’échelle de la filière, "c’est une bonne nouvelle", commente Christophe Bellet. "Cette obligation va générer de nouveaux projets en impliquant plus les fournisseurs, explique-t-il. La structure du marché va évoluer. Les porteurs de projets ne seront plus uniquement agriculteurs". Les fournisseurs se sont préparés à arriver sur le marché de la méthanisation. Ils se sont déjà positionnés, en rachetant des développeurs : Vol-V a été acquis par Engie, Fonroche Biogaz par TotalEnergies, Nature Energy par Shell, etc. À la clé, le territoire va voir apparaître des projets de plus grande envergure. Avec un corollaire : d’éventuels problèmes d’acceptation des riverains.

La captation du CO2, un argument de plus

Un nouvel argument technique pourra séduire de futurs porteurs de projet. La valorisation du CO2 issu de la méthanisation se développe. Jusqu’alors, il est rejeté dans l’air, mais de plus en plus d’acteurs se montrent intéressés pour le récupérer, afin de l’utiliser pour des boissons gazeuses, du froid industriel, des serres agricoles, etc. Ce CO2 est considéré comme renouvelable car issu de la biomasse et non rejeté dans l’atmosphère. Des entreprises, telles Carborok à Nantes (spin-off de la société d’ingénierie Voltigital), travaillent à stocker le carbone dans du ciment.

"Globalement, le contexte français pour la méthanisation est favorable", constate Christophe Bellet, directeur adjoint de GRDF Centre Ouest — Photo : GRDF

Les Pays de la Loire en tête de peloton

Ces nouveautés vont concourir au développement de la filière. Présentée le 4 novembre par la ministre Agnès Pannier-Runacher, la feuille de route énergétique et climatique de la France fixe pour objectif d’atteindre une production de biogaz de 50 TWh d’ici 2030, contre 12 TWh aujourd’hui, soit une multiplication par quatre.

La région Pays de la Loire a passé la barre symbolique de 1 TWh et projette donc d’atteindre 4 TWh en 2030. La production de gaz vert y est proportionnellement plus importante que dans le reste de la France. C’est pourquoi les acteurs de la filière régionale visent l’objectif d’injecter 25 % de gaz vert dans le réseau en 2030, contre 15 % pour la France. "Avec tous les projets en portefeuille, nous devrions atteindre les 2 TWh d’ici deux à trois ans", expose Christophe Bellet.

"La culture du collectif agricole est plus forte [en Pays de la Loire] qu’ailleurs", note Christophe Bellet — Photo : Grégory Brandel - GRDF

Une forte culture du collectif agricole dans la région

Raison majeure de cette avance régionale : l’agriculture est très présente dans les Pays de la Loire, offrant un potentiel de gisement important. Par ailleurs, "la culture du collectif agricole y est plus forte qu’ailleurs", note Christophe Bellet qui souligne "une capacité d’initiative forte, une dynamique de projet". Quelque 62 méthaniseurs sont en service aujourd’hui dans la région. GRDF construit une centaine de kilomètres supplémentaires de réseau par an pour raccorder les nouvelles unités de méthanisation.

Évènement susceptible de participer à cette dynamique, les 6 et 7 novembre 2024 se tient à Angers la convention d’affaires de la méthanisation et des gaz verts organisée par Biogaz Vallée. C’est une première pour l’Ouest, cette biennale se déroulant habituellement à Troyes (Aube) ou Saint-Etienne (Loire). "Les acteurs de la filière s’y rencontrent sur rendez-vous, sous forme de speed dating. Cela permet d’accélérer le business". Plein gaz.

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