Faire son entrée en bourse, c'est plutôt rare pour une PME. Quand on pense à des entreprises vendéennes cotées, on cite plus généralement Beneteau ou Fleury Michon…
Patrick Morineau : « Oui, c'est vrai. Clio Blue ne compte que 40 salariés, pour un chiffre d'affaires de 3,3 millions d'euros. A vrai dire, en tant que patron de PME, je ne pensais pas vraiment pouvoir entrer en bourse. Ça me paraissait inaccessible. Je ne connais d'ailleurs pas de petites ou moyennes entreprises cotées.
Pourtant, j’ai baigné toute ma vie dans le milieu des chefs d’entreprises. Au total, j’ai dirigé, racheté et restructuré près d’une centaine de sociétés. Parallèlement, je suis juge au tribunal de commerce de La Roche-sur-Yon, j’ai été élu à la CCI, je connais la plupart des dirigeants vendéens jusqu’à la direction de Beneteau avec Bruno Cathelinais et Annette Roux... (NDLR : respectivement l’ex-dirigeant et l'actuelle présidente du directoire)
Pour rappel, quel est le positionnement de Clio Blue, que vous avez reprise en 2011 ? Jusqu'où s'étend son réseau ?
Il s'agit de bijoux en argent et pierres semi-précieuses, du haut de gamme donc. Clio Blue fait partie de ce qu’on appelle la petite joaillerie. Car cela reste plus accessible que la grande joaillerie, avec ses diamants et pierres précieuses.
Clio Blue réalise trois collections par an, sur de nouveaux thèmes : des bagues, bracelets, colliers, boucles d’oreilles…Avec fréquemment notre emblème, le poisson, un symbole porte-bonheur, notamment en Asie.
95% des bijoux s’adressent à un public féminin, mais on dispose aussi d’une gamme destinée aux hommes. Le prix moyen d’un produit tourne autour de 90 euros et peut monter et jusqu’à 1.500 euros pour certaines pièces. Notre créneau se rapproche de celui d'un Swarovski ou d'un Pandora.
Notre réseau s'étend sur 250 points de vente en France et autant à l’étranger. Dans l’Hexagone, nos plus gros clients se nomment Printemps et les Galeries Lafayette. Dans l’ensemble livre une quarantaine de corners dans des grands magasins, plus 200 boutiquiers en métropole et dans les DOM-TOM , et enfin les portails e-commerce.
Sans oublier nos deux boutiques en propre à Paris, notamment dans le marais au numéro 55 de la rue de Bretagne. Un quartier créatif... Au 57 , vous avez Christian Lacroix.
L’export pèse 25% de notre chiffre d’affaires, notamment grâce à notre présence en Europe, mais aussi en Asie : au Japon, en Corée du Sud, à Taïwan etc.
Comment se répartissent les effectifs ?
La holding Maison Clio Blue a été créée en Vendée, où travaillent quelques personnes. On y dessine les collections et toute la comptabilité y est assurée. A Paris, dans le quartier du Marais, on retrouve d'autres services comme notre bureau d’études, les expéditions, un peu d'assemblage comme l'enfilage des perles, une boutique de gros et un showroom.
Quant à la production, elle se fait surtout via un sous-traitant travaillant exclusivement pour nous en Toscane à Arezzo (Italie), une ville où pas moins de 2.000 entreprises exercent dans le domaine des bijoux ! Là-bas, ce dernier réalise l’assemblage de nos modèles, mais aussi nos pré-séries et nos prototypes.
Vous gérez d'autres entreprises ?
Oui, la holding Morineau, qui siège à Aubigny chapeaute environ 150 salariés répartis dans de nombreuses entreprises. Par exemple les Transports Morineau, (50 salariés, 7,5 M€ de CA), spécialiste du transport de voitures, Hible (30 salariés), une société de déménagement pour les particuliers sous enseigne Demeco , ou encore Project Services, également expert en déménagement mais pour les marchés publics. A titre d'exemple, l'une de mes entreprises prépare le déménagement de l’hôpital de La Roche-sur-Yon.
Enfin, je dirige de nombreuses entreprises dans le domaine immobilier.
Comment vous est venue l’idée d'entrer en bourse ?
Un peu par hasard. Mon expert-comptable a participé à une conférence sur le sujet, animée par un banquier qui est devenu mon conseil. Quand il est revenu, il m'a dit : parmi mes clients, je ne connais que toi qui peut entrer en bourse !
Combien comptez-vous lever ?
Entre 1,5 et 2 millions d’euros, en plusieurs fois au cours des prochains mois, mais pas seulement via la vente d’actions sur le marché. Cela inclura l’arrivée d’autres fonds dans l'entreprise. Mon but étant de conserver la majorité du capital.
Combien devrait coûter l'action au démarrage?
On part sur deux euros l'action.
Pourquoi avez-vous fait ce choix? Votre banquier partenaire, à qui vous avez délégué l’opération, parle de notoriété notamment à l’international… En soulignant le poids symbolique d'avoir "un courrier dont l’en-tête porte la mention Eurnoext, Paris, Amsterdam, Bruxelles…. "
Ce nouveau statut doit nous conférer plus de crédibilité. Un exemple : Trouver un distributeur chinois c’est hyper compliqué aujourd'hui. Pour investir dans une marque, ce dernier a besoin de connaître son client, d’avoir des gages de sécurité pour la pérennité de ses affaires.
Or les Chinois n’ont pas la connaissance des marques dans nos métiers, ils ont des difficultés à faire la différence entre les marques à la mode et le vrai luxe, par exemple. Ils ont besoin de repères, comme le fait que nos bijoux soient vendus aux Galeries La Fayette sur le boulevard Haussmann à Paris, qui est un peu un passage obligé pour une marque de bijoux. Entrer en bourse renforcera cette confiance.
Au-delà, j’espère bientôt attirer des distributeurs d’un niveau un cran au-dessus. En Chine, mon distributeur devrait m’ouvrir six à dix nouveaux points de vente en 2016. Avec ma nouvelle étiquette, j’aurais pu en trouver un qui m’ouvre 100 points de vente la première année, avec des moyens financiers et de communication beaucoup plus importants !
Les capitaux récoltés en bourse vous aideront aussi à l'international?
Bien sûr, notamment pour créer des boutiques Clio Blue en Asie, où l'on souhaite s'étendre. En 2015, Clio Blue a d'ailleurs signé un contrat de licence pour livrer de la maroquinerie en Chine et au Japon. Puis un second portant sur des montres destinées aux pays arabes, où nous ne sommes pas encore présents.
Parallèlement, Clio Blue avance sur des projet de croissance externe. Deux sont actuellement en négociation dont un déjà quasiment déjà ficelé, puisque l'on en est à la lettre d’intention. Le second pourrait aboutir début 2016. Après quoi, je resterai en veille en vue d'autres opérations.
Quels types d'entreprises vous apprêtez-vous à racheter?
Deux distributeurs de marques étrangères, sur des produits complémentaires aux nôtres, pour les vendre en France.
Quel est le ticket d’entrée en Bourse?
Pour nous environ 100.000 euros, c’est c peu près ce qu’il faut débourser pour arriver à un dossier validé. Ce qui peut être vu comme un frein pour des entreprises qui ont besoin de capitaux. Ensuite, les frais s’élèvent à 4.000 euros par an.
Ça été compliqué ?
Il a fallu surtout se poser beaucoup de questions. Puis bien étudier les différentes étapes à franchir : passer par un banquier , un prestataires de services d'investissement ou PSI, se transformer en société anonyme (SA)..
Au passage, on en a profité pour rebaptiser la holding en Maison Clio blue, puis pour rencontrer une agence de communication. Car, là aussi, il y a du changement.
Notre communication s'axe davantage sur l’entreprise, et non plus uniquement sur le produit comme on en avait l’habitude. Je pense qu’on publiera des chiffres sur la santé économique de l'entreprise régulièrement, même si on en a pas l’obligation. Cette approche aussi sera nouvelle, jusqu'ici on n'osait pas, pour ne pas informer la concurrence.
Quels objectifs de développement visez-vous aujourd'hui?
Atteindre les 4 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016 et 7,5 millions en 2020, en espérant arriver alors à plus d’un million d’euros de résultat.
Cette progression pourrait générer plusieurs dizaines d’emplois. D'ici là, l'export devrait peser la moitié de notre chiffre d'affaires, comme en 2002, avant que je reprenne Clio Blue. L'entreprise avait alors réalisé 10 millions d'euros de chiffre d'affaires.