Ils représentent 70 à80% du chiffre d'affaires des entreprises contre seulement 50% dans les années 80. Force est de constater que les achats sont devenus véritablement stratégiques en entreprise. La prise de conscience de l'intérêt de la fonction a pourtant été tardive. «Pour beaucoup, elle représente encore un simple centre de coût. Or il s'agit d'un centre de profit capable de créer de la valeur et de l'innovation. Depuis dix ans, les entreprises l'ont internalisée au fur et à mesure qu'elles comprenaient son importance stratégique», analyse Valérie Fernandes enseignant chercheur à l'ESC Bretagne Brest.
Entre réduction des prix et maintien des fournisseurs
En période de crise, plus qu'à l'accoutumée, tout l'art du métier réside dans la capacité à concilier la gestion de court terme avec le moyen et le long terme. Limiter ses coûts tout en fidélisant ses fournisseurs et, ainsi, développer des avantages concurrentiels. «Certaines entreprises font de leurs fournisseurs de véritables partenaires sur l'innovation. Ils travaillent ensemble à l'élaboration de produits. Confidentialité, expertise, rapidité: il y a de nombreux avantages à cela», poursuit Valérie Fernandes, pour qui innovation et maîtrise du temps sont devenues deux enjeux majeurs de la fonction.
Travailler son portefeuille de fournisseurs
Un vrai jeu d'équilibriste. Ne pas avoir trop de fournisseurs pour obtenir une puissance d'achat intéressante. Ni trop peu pour éviter de se retrouver coincé en cas de défaillance de l'un d'eux. À ce sujet, Sylvie Daniel, créatrice de la société Achats Conseils à Morlaix constate l'effet pervers de certains choix d'entreprises. «Elles ont réduit au maximum leur portefeuille et se retrouvent avec un fournisseur unique. En période de crise, cela devient risqué.»
La veille: le b.a.-ba de tout acheteur
Consolider sa relation avec les fournisseurs, pour la plupart défaillants actuellement, est loin de n'être qu'une préoccupation d'ordre morale. «Si vous perdez un fournisseur, vous pouvez perdre toute une filière. Surtout sur certains métiers comme la métallurgie, par exemple, où les achats sont très spécifiques.» En vue de la sortie de crise, la réduction des coûts à tous crins se révèle un jeu délicat. «Il y a des affaires à faire mais soyons vigilants!», conseille Sylvie Daniel. Pour éviter les mauvaises surprises, il y a toujours le b.a.-ba de tout acheteur: «savoir qui sont ses fournisseurs, à qui ils appartiennent, leur santé financière,etc.», note Valérie Fernandes. En période de crise, le management des risques revêt en effet un intérêt prépondérant. «L'acheteur doit améliorer son analyse, structurer et élargir sa veille aux autres secteurs d'activités que le sien, susceptibles d'avoir un impact sur son fournisseur», préconise Philippe de Couesbouc, directeur des achats chez STX à Saint-Nazaire et président de la compagnie des dirigeants et acheteurs de France du grand Ouest (lire ci-contre). Attention également aux variations des indices économiques et à l'évolution du coût des matières premières. Des fondamentaux pour bien acheter!
L'ESC Bretagne Brest organise, le 19mars, la deuxième édition de l'Université de l'Entreprise. Une journée qui réunit dirigeants, étudiants et enseignants chercheurs pour échanger sur le monde économique et les pratiques professionnelles. Parmi les ateliers proposés cette année: «La fonction achats, quelle stratégie en période crise?» Un thème qui n'est pas abordé par hasard. Les sociétés ont pris, peu à peu, conscience de l'importance de ce service.
Armelle Gegaden et Isabelle Jaffré