«C'est vrai que sur le plan financier, le handicap est une charge supplémentaire. Mais, c'est aussi le rôle de l'entreprise que de ne pas mettre de côté certaines populations. C'est depuis longtemps le cas des personnes handicapées, c'est malheureusement aujourd'hui au tour des jeunes. L'entreprise doit donc faire des effortsd'intégration», estime la DRH d'une PME locale. De son côté, entre mise en avant de la responsabilité sociale de l'entreprise et la coercition fiscale, le législateur a tranché. Pour inciter les entreprises à favoriser l'emploi des personnes handicapées, il a décidé de taper là où cela fait mal., au niveau du portefeuille. La dernière loi date de 2005, mais son effet le plus visible se fera sentir l'an prochain. Les entreprises de plus de 19 salariés qui n'auront pas à cette date employé directement ou indirectement (sous-traitance, intérim) des personnels handicapés au cours des trois dernières années verront en effet leur contribution Agefiph tripler en 2010. Ce, après que cette taxe a déjà augmenté entre2005 et2006 entre 25 et 35%, en fonction de la taille de l'entreprise.
Image encore discriminante
La moitié des entreprises françaises d'au moins vingt salariés sont potentiellement concernées par la nouvelle taxation. Car, selon l'Agefiph, une entreprise sur deux n'a mené aucune action en faveur du handicap en 2008. Reste à espérer pour elles qu'elles se soient activées sur ce plan en 2007 ou cette année. Sinon, la facture va être salée. La sévérité du législateur trouve ses fondements dans un simple constat: les entreprises ont une fâcheuse tendance à laisser sur le carreau les personnes handicapées. Leur taux de chômage est depuis longtemps deux fois supérieur à la moyenne nationale. La loi a beau imposer pour les entreprises d'au moins 20 salariés un quota de 6% de travailleurs handicapés (ou assimilés: sous-traitance, intérim, stage); dans les faits, ces entreprises n'en emploient que 2,7%. Et pour cause: une enquête d'Adia montrait en 2005, qu'à compétences égales, un demandeur d'emploi handicapé avait quinze fois moins de chances d'être recruté qu'un candidat «valide». Physiquement ou mentalement limitée, cette population souffre donc d'un deuxième handicap: une image discriminante. «Il reste beaucoup de chemin à parcourir en matière de sensibilisation pour faire sauter les préjugés que peuvent avoir les chefs d'entreprise et les DRH sur le handicap», confirme Anita Bourgoin, responsable de la Mission handicap de Synergie. Il semblerait toutefois que, sous le double effet des campagnes de communication et de la fiscalité, les lignes tendent doucement à évoluer. «En2007 et2008, on a constaté une première baisse du chômage des personnes handicapées», indique Catherine Logeais, déléguée régionale de l'Agefiph pour les Pays de la Loire.
«L'entreprise a tout à gagner sur le plan financier»
Autre signe qui ne trompe pas: si l'arrivée de la crise a fait repartir à la hausse les courbes du chômage, la dégradation de l'emploi des personnes handicapées est aujourd'hui moins forte que la moyenne nationale. Il faut dire qu'entre l'augmentation de la fiscalité et la multiplication des aides financières en faveur de l'entreprise employant des personnes handicapées, certains employeurs commencent à y trouver leur compte. De quoi même pousser Michel Berthomé, responsable de la mission handicap au Medef de Loire-Atlantique à clamer qu'«à compétences égales, l'entreprise a tout à gagner sur le plan financier à recruter une personne handicapée». Un message qui fait son bout de chemin dans les entreprises. À tel point que celles-ci semblent aujourd'hui éprouver les pires difficultés à recruter des personnes handicapées du fait d'une mauvaise adéquation entre l'offre et la demande d'emploi.
Vous êtes vous un jour penché sur l'intégration de personnes handicapées au sein de votre entreprise? Non? Et bien, il serait temps car à partir du 1erjanvier 2010, la loi sera sans pitié pour vous. Toute entreprise d'au moins vingt salariés n'ayant réalisé aucune action en faveur de l'emploi handicapé au cours des trois dernières années devra en effet s'acquitter d'une contribution Agefiph environ trois fois supérieure à ce qu'elle payait jusqu'à présent. Dans ces conditions, le handicap, autant s'en préoccuper!
Dossier réalisé par Stéphane Vandangeon