Tourisme d'affaires : La guerre entre hôtels et résidences hôtelières
# Investissement

Tourisme d'affaires : La guerre entre hôtels et résidences hôtelières

Les résidences hôtelières se multiplient dans l'agglomération grenobloise et empiètent sur le marché du tourisme d'affaires des hôtels traditionnels. Les deux professions se regardent en chiens de faïence.

«Il n'y a pas de dialogue entre les hôteliers traditionnels et les nouvelles résidences hôtelières. Mais ça va se faire, pour éviter la concurrence déloyale et un écroulement du marché.» Isabelle Girod-Alteirac, présidente du Club hôtelier de Grenoble et directrice du quatre étoiles Mercure Président, se dit ouverte à la discussion. Mais l'agglomération grenobloise connaît une certaine tension sur le marché du tourisme d'affaires. «Il représente 85% à 90% de nos affaires, le taux d'occupation se faisant du mardi au jeudi. Le problème, c'est que le gâteau n'a pas augmenté mais que nous sommes plus nombreux à nous le partager...»




Positionnement litigieux

Ainsi, pour Grenoble et son agglomération, Pascal Barthélemy, président de la branche hôtelière du syndicat UMIH 38 et dirigeant du Splendid à Grenoble, dénombre «une cinquantaine d'hôtels classés, avec pratiquement 6.000 lits. Ces chiffres ont plutôt baissé lors de ces cinq dernières années». Les établissements sont détenus à 82% par des indépendants. À l'inverse, il remarque que les résidences ont augmenté de façon importante: «De cinq résidences (1.500 lits) en 2005, nous sommes à une quinzaine maintenant, avec presque 3.000 lits.» Il dénonce leur fonctionnement. «Ces établissements sont implantés pour raison fiscale par les investisseurs, contrairement aux hôtels traditionnels qui ne s'implantent que si les comptes prévisionnels tiennent la route. Et au lieu de faire du long séjour, ils se mettent sur le marché d'affaires d'une nuit. À preuve, leur positionnement sur le web et dans les guides où ils se mettent en situation avec des produits hôteliers.» Lydie Barbelion, directrice adjointe d'Adagio City aparthôtels, explique que dans sa résidence «les tarifs à la nuit sont identiques à ceux des hôtels. En tant que membres du groupe Accor, nous le faisons en lien avec les hôtels de la marque.» De son côté, Isabelle Paris, responsable de Résidhome, une résidence quatre étoiles, assume «une concurrence directe aux hôtels. Nos tarifs sont dégressifs avec l'allongement de la durée du séjour. Mais les clients font la différence et savent bien qu'une nuit à 118€ ne peut pas être dans un hôtel quatre étoiles!» Isabelle Girod-Alteirac y voit au contraire «une confusion» pour le client et parle de «mauvaise cohabitation: les hôtels perdent des parts de marchés, certains sont en danger. Il n'y a plus de place pour de nouveaux établissements en l'état actuel».




Étude révélatrice

«Voilà plusieurs années que nous mettons l'accent sur cette réalité. L'étude qui vient d'être réalisée la fait apparaître», déclare Pascal Barthélemy. L'étude en question, qui sera rendue public en janvier prochain, a été menée par le cabinet Deloitte à la demande d'un collectif constitué de la Chambre de commerce et d'industrie de Grenoble, la Ville, la Métro, le Conseil général, l'office de tourisme, la Région, en concertation avec les professionnels du secteur. Établie sur 243 communes de l'agglomération grenobloise, hors massifs, elle dresse un tableau de l'existant en matière d'hébergements, avec un comparatif des performances commerciales avec d'autres villes françaises d'envergure similaire. Pascal Barthélemy tient à ce que les résultats soient connus: «Les élus souhaitent des investissements et du dynamisme sur leur agglomération et ne voyaient pas ces résidences comme un mauvais augure. Maintenant, ils en prennent conscience... Quant aux investisseurs, il faut qu'ils aient la bonne information sur la réalité d'exploitation et la rentabilité. Nous sommes loin de faire des bonds à deux chiffres sur la demande alors que de nombreux projets voient le jour.» On peut citer la rénovation de l'hôtel Bastille repris par la chaîne All seasons, le Plazza qui s'agrandit, un quatre étoiles qui sera prochainement construit dans le quartier de Bonne par une chaîne internationale, le Grand hôtel en rénovation, les deux établissements à venir sur Bouchayer-Viallet,etc. Mais Marc Fischer, directeur général BNP Paribas Immobilier résidentiel Résidences services, dont la résidence Hipark a ouvert au printemps à Grenoble, estime que «le pôle scientifique de Grenoble assure un dynamisme au marché corporate». Pour autant, Pascal Barthélemy prédit: «Nous rentrons dans une période de concurrence forte, la guerre des prix est déjà engagée. Elle entraînera à terme une baisse des marges et des capacités de réinvestissement. C'est la mort à petit feu assurée.»

# Investissement