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Tiamat signe un partenariat stratégique et financier d’ampleur avec l’américain Endeavour
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Tiamat signe un partenariat stratégique et financier d’ampleur avec l’américain Endeavour

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Le fabricant de batteries Tiamat, basé à Amiens (Somme), se rapproche encore un peu plus de son projet de gigafactory. L’entreprise a signé en juin un double partenariat avec Endeavour, un constructeur américain de datacenters. Après avoir annoncé un partenariat stratégique, visant à développer un nouveau marché pour les batteries de Tiamat, Endeavour annonce être entré au capital de la start-up, lui permettant ainsi de boucler son troisième tour de table.

Grâce à la formulation innovante de ses batteries sodium-ion, Tiamat se libère de la dépendance aux terres rares comme le lithium — Photo : Cyril Fresillon

Tiamat et ses batteries sodium-ion, capables de supporter un nombre important de cycles de charges en un temps record, ont plus que séduit Endeavour, une société new-yorkaise, constructeur et exploitant de datacenters. Cette dernière semble en effet convaincue par le potentiel des batteries "propres" de la start-up, ne requérant pas de lithium, de cobalt ou de nickel, et dont la capacité de charge ultra-rapide est associée à une forte puissance délivrée.

De nouvelles applications, liées à l’IA

Début juin, Endeavour a annoncé avoir noué un partenariat stratégique avec Tiamat (29 salariés, CA: NC), visant à l’amener sur un nouveau marché. Les spécificités de ses batteries les rendent en effet tout indiquées pour assurer la "gestion sûre et efficace des charges informatiques volatiles de l’IA". En clair, les batteries de Tiamat vont être utilisées au sein des infrastructures qu’Endeavour développe à destination des datacenters pour lisser leur consommation en électricité. Très fluctuants, les besoins en électricité liés à l’utilisation de l’IA posent problème, et peuvent déstabiliser l’ensemble d’un réseau.

Rationaliser la connexion au réseau

"Les systèmes d’onduleur actuels ont du mal à gérer les profils de charge électrique de l’IA, et nécessitent des batteries et des supercondensateurs encombrants […]. Notre technologie de routeur d’énergie maximise les performances de puissance et cyclage de Tiamat et nous permet de gérer les charges de travail exigeantes de l’IA avec une solution ultra compacte", décrit Mickael Mauger, directeur de l’ingénierie à la tête de la division des routeurs d’énergie GridBlock d’Endeavour, dans un communiqué. "Notre routeur d’énergie utilise les batteries Tiamat pour neutraliser les fluctuations de puissance, réduisant ainsi la pression sur les équipements en amont et sur le réseau. Cela permet d’éliminer les surdimensionnements, de réduire les coûts d’investissement et d’exploitation, et de rationaliser la connexion au réseau".

Corriger les instabilités transitoires de réseau électriques

Testées en 2024 "sur des profils de puissance d’IA réelles et pour corriger les instabilités transitoires de réseau électriques, le tout représentant des centaines de milliers de cycles avec des pics de charge et de décharge à très forte puissance", les batteries de Tiamat ont donné pleine satisfaction, selon Jakob Carnemark, le PDG d’Endeavour.

"Cet accord conclut un très long travail", se félicite pour sa part Hervé Beuffe, PDG de Tiamat. "Nous développons un produit aux performances très spécifiques, il fallait trouver les marchés qui le nécessitent. Et non seulement Endeavour nous ouvre un marché qui correspond parfaitement à notre produit, mais nos batteries sont les seules qui peuvent répondre à leur besoin. Nous avions bien sûr identifié que la rapidité de charge/décharge de nos batteries les rendait tout indiquées pour le "peak shaving", soit l’écrêtage des pics de consommation électrique. Leur application spécifique aux datacenters liés à l’intelligence artificielle, comme le propose Endeavour, est en revanche une idée nouvelle. C’est une chance unique, d’autant plus que le potentiel de développement lié à l’IA est très important, même si nous voulons rester prudents pour le moment."

Prête à "déployer la solution à l’échelle mondiale", Endeavour s’est en tout cas engagé sur des volumes minimums garantis très encourageants pour la start-up. De quoi donner des ailes à Tiamat, qui a du même coup trouvé un nouvel investisseur.

Troisième levée de fonds bouclée

Mi-juin, Tiamat et Endeavour ont en effet annoncé que la société américaine était entrée au capital de la start-up, pour un montant qui n’est pas communiqué officiellement. Elle rejoint Stellantis Ventures, Arkema et MBDA, qui s’étaient positionnés en 2024 sur ce troisième tour de table, pour un montant total de 30 millions d’euros… Et sans rentrer dans les détails, Hervé Beuffe confirme que la partie "equity" de cette levée de fonds, d’un montant qui avoisine les 50 millions d’euros, est sécurisée. Reste à trouver le complément, pour atteindre les "150 à 200 millions d’euros" nécessaires pour lancer les travaux de la première tranche de l’usine de Tiamat.

"Nous bénéficions de subventions, mais nous devons encore aller chercher de la dette, pour environ 50 millions d’euros. Et c’est un gros travail ; malgré le soutien de nos partenaires et des premiers résultats commerciaux, la période est difficile, les banques demandent énormément de garanties et rien n’est joué", pose Hervé Beuffe, toujours prudent.

Néanmoins, Tiamat se rapproche encore un peu plus de sa gigafactory, dont la construction va nécessiter, au total, quelque 500 millions d’euros.

Prévue à Boves, près d’Amiens, cette unité de production d’une capacité future de 5GWh, sera entièrement dédiée à la production de cellules de batteries sodium-ion. Une première tranche de 1,5GW de capacité en puissance sera opérationnelle d’ici mi-2027. La construction de cette usine devrait débuter fin 2025 et emploiera, à terme, deux mille personnes.

La première tranche de l’usine permettra à Tiamat d’honorer les commandes obtenues sur les marchés du stockage stationnaire et l’outillage électrique, la start-up pouvant se targuer d’être la première au monde à commercialiser des batteries sodium-ion dans un produit grand public. Après le succès de la visseuse équipée de la batterie de Tiamat, c’est toute la gamme d’outils à main Dexter, commercialisée par Leroy Merlin, qui va en effet abandonner les batteries lithium pour celles au sodium, dévoile le dirigeant de Tiamat.

"Pour le moment, nous sous-traitons notre production en Asie ; mais entre notre partenariat avec Adeo, et ce que nous allons produire pour Endeavour, la capacité de production de la première tranche de l’usine est déjà commercialisée. C’est encourageant, et très enthousiasmant de voir une invention française, issue du CNRS, arriver ainsi sur le marché et être si bien accueillie", souligne Hervé Beuffe.

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