Venu "en voisin", Sébastien Lecornu, ministre des Armées mais également élu de l’Eure, s’est rendu, vendredi 28 mars 2025, sur le site Thales de Pont-Audemer, saluer sa reconversion industrielle (300 salariés). Initialement tourné intégralement vers le civil avec la production 80 millions de cartes SIM (destinées au marché de la téléphonie) et eSIM (servant à l’Internet des objets) fabriquées en 2024, le site eurois de Thales (83 000 salariés, 20 Md€ de CA en 2024) s’oriente désormais aussi vers le marché de la Défense.
Cartes électroniques pour le Rafale
La ligne de production nouvellement inaugurée en janvier 2025 conçoit des cartes électroniques PCBA (Print Circuit Board Assembled - circuit imprimé assemblé) utilisées pour la communication et le renvoi de cibles à bord des avions de combat Rafale, le brouillage de drones, l’équipement de radars terrestres ou aériens, voire d’avions commerciaux. En septembre 2025, une seconde ligne de production doit être opérationnelle et, d’ici 2027, la cadence devrait atteindre idéalement 20 000 à 30 000 unités par an.
Évoquant le retour d’expérience de la guerre électronique en Ukraine et les dommages causés par les drones et les différents systèmes de brouillage, le ministre n’a pas caché "un sujet de préoccupation majeur" et vouloir s’appuyer sur le "savoir-faire global de Thales, présent dans les différents systèmes d’armes".
Un investissement de 30 millions d’euros
Si, selon le ministre, la montée en puissance de l’industrie de Défense reposait beaucoup jusqu’à présent sur la sous-traitance, elle se traduit davantage aujourd’hui par de nouveaux investissements et l’innovation des grands donneurs d’ordres comme Thales. En témoignent les 30 millions d’euros investis par le groupe sur cette reconversion. Un tiers est consacré à la formation de la trentaine de personnes travaillant sur cette activité, un second au matériel nécessaire à la ligne de production et le troisième à l’accompagnement du projet. Le site de Pont-Audemer renforce ainsi les capacités de production des sites autres Thales de Cholet (Maine-et-Loire) et Etrelles (Ille-et-Vilaine). Il permet aussi de relocaliser une production qui était importée de Thaïlande ou de Malaisie avant la crise du Covid.
Anticiper le déclin des cartes SIM
Aujourd’hui, une carte SIM sur quatre dans le monde est fabriquée par Thales : 3 milliards d’unités sont sorties de Pont-Audemer depuis 2000. Mais le marché amorce un déclin inéluctable, que la reconversion partielle du site de Pont-Audemer veut anticiper. Actuellement, ce sont essentiellement les pays émergents, dépourvus de systèmes filaires, qui sont la principale destination des cartes 3G et 4G produites dans ce site par Thales. Au total, plus de 200 références de cartes sortent du site grâce à une main-d’œuvre très qualifiée. C’est la raison pour laquelle c’est principalement la mobilité interne et un investissement important de formation de l’entreprise qui a fourni les effectifs transférés sur les cartes électroniques de la défense, le groupe n’ayant recruté que 10 % du personnel en externe.
En revanche, les eSIM, calibrées pour les objets connectés, s’inscrivent dans un marché porteur. Thales estime que, d’ici 2030, 25 000 milliards d’objets seront connectés et l’entreprise se positionne déjà en leader mondial des plateformes de gestion eSIM.