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Thales Alenia Space craint de devoir réduire ses missions d’observation
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Thales Alenia Space craint de devoir réduire ses missions d’observation

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L’activité de Thales Alenia Space pour les trois ans à venir sera déterminée fin novembre lors de la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne. Le constructeur de satellites franco-italien basé à Cannes redoute de voir son budget réduit au profit de la Défense.

Le programme Météosat Troisième Génération (MTG) est actuellement en test dans les salles blanches de Thales Alenia Space à Cannes — Photo : Emmanuel Briot

2026 sera une année à nouveau chargée pour Thales Alenia Space, constructeur de satellites basé à Cannes où évoluent quelque 1 650 salariés. Mais ce n’est pas tant ce qu’il reste à finaliser dans ses salles blanches qui est appréhendé au sein de l’entreprise, que ce qui va se jouer les 26 et 27 novembre 2025 en Allemagne.

À Brême, se tiendra la conférence ministérielle de l’Agence spatiale européenne qui réunit les États membres et les observateurs de l’ESA pour décider de nouvelles orientations et de son financement sur la période 2026-2028 (16,9 Md€ sur la période 2023-2025). De quoi aiguiller les ambitions françaises dans l’espace.

Situé en bord mer, le site cannois de Thales Alenia Space compte 1 650 collaborateurs — Photo : Olivia Oreggia

27 % de son activité dans l’observation

"L’enjeu est d’avoir un budget suffisant pour adresser les problématiques environnementales de l’Europe", pose Yvan Baillion, directeur des affaires européennes de Thales Alenia Space, responsable des programmes civils qui redoute que les priorités, et donc les financements, soient essentiellement fléchés vers la Défense. Le contexte géopolitique international, il le sait "ne facilite pas les choses".

Yvan Baillion est le directeur des affaires européennes de Thales Alenia Space, responsable des programmes civils — Photo : Olivia Oreggia

Dans l’activité de TAS, les télécommunications ne représentent "que" 40 %, le reste étant dévolu à la navigation, à l’exploration et surtout à l’observation de la Terre qui représente à elle seule 27 %. "C’est notre domaine d’expertise, souligne Yvan Baillion. Nous travaillons avec quasi toutes les agences mondiales dans ce domaine."

Une cartographie à 814 kilomètres de haut

À l’image de Flex (pour Fluorescence Explorer), satellite exploratoire dont le lancement est prévu en septembre 2026. Il cartographiera la fluorescence de la végétation pour mieux comprendre l’état de santé et la productivité de la végétation à l’échelle mondiale." À 814 kilomètres d’altitude, il permettra de mesurer l’impact des différents stress sur la photosynthèse, comme la sécheresse ou l’utilisation des engrais, de connaître précisément l’état de nos forêts pour savoir quelles espèces sont mal adaptées, ou encore d’optimiser les rendements agricoles", explique Thierry Huiban, responsable de la mission FLEX pour Thales Alenia Space. Les mesures seront effectuées avec une précision encore inégalée.

Le satellite Flex de l’Agence spatiale européenne cartographiera la fluorescence de la végétation pour mieux comprendre l’état de santé et la productivité de la végétation à l’échelle mondiale — Photo : Thales Alenia Space

Maître d’œuvre, TAS travaille avec l’italien Leonardo, les entités TAS en Angleterre, Belgique et Espagne, Beyond Gravity en Suisse et en Autriche, sans compter des partenaires locaux comme la PME cannoise Soditech.

Sur le satellite météorologique MTG (lancement prévu à l’été 2026), ce ne sont pas moins de 70 partenaires européens qui sont engagés dans un consortium.

60 paramètres essentiels aux scientifiques

À quelques mètres de celui-ci, un des satellites Chime quittera quant à lui le pas de tir de Kourou en 2029. Il fait partie de Copernicus, le programme d’observation — en temps réel — de la Terre de l’Union européenne créé en 1998. Il implique désormais une Europe élargie à la Norvège ou à la Suisse, et même, bien plus loin, le Canada.

Le satellite Flex sera lancé de Kourou, en Guyane, en 2026 — Photo : Alban Pichon


"Les scientifiques ont besoin d’une soixantaine de paramètres tels que l’humidité, la température, la composition atmosphérique pour suivre l’évolution de l’environnement de manière homogène. Et 60 % de ces paramètres sont acquis uniquement par satellite, reprend Yvan Baillion qui rappelle que c’est depuis la terre ferme que le trou dans la couche d’ozone a été découvert au début des années 1980. "Mais personne n’y a cru, jusqu’à ce que la Nasa le valide depuis l’espace. On ne peut pas arrêter d’observer l’environnement et on ne peut pas se permettre de se reposer sur d’autres pays pour la surveillance de la Terre."

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