L’entreprise portugaise Tekever (1 000 collaborateurs, CA non communiqué), l’un des principaux fournisseurs européens de systèmes autonomes pilotés par intelligence artificielle, va investir 100 millions d’euros en cinq ans pour implanter des centres d’excellence sur les systèmes autonomes à usages civils et militaires en Occitanie et en Nouvelle-Aquitaine. Cet investissement se doublera du recrutement d’une centaine de collaborateurs.
« Ces sites regrouperont plusieurs compétences, explique Nadia Maaref, la directrice de la filiale française de Tekever. La R & D, mais aussi le développement de produits, la production et les tests de nos drones en milieu représentatif, dans la zone atlantique sur le littoral aquitain. Nous sommes actuellement en phase d’analyse de plusieurs sites et nous voulons avoir tout finalisé avant la fin de l’année. »
Se présentant comme « une nouvelle licorne européenne des technologies de défense », Tekever ambitionne de devenir « le premier acteur mondial dans le domaine de la Défense et de la sécurité autonomes basées sur l’IA », précise la dirigeante. Elle a choisi de développer ses activités dans l’Hexagone parce que « la France s’est positionnée en tant que leader pour l’autonomie et la souveraineté de l’Europe. »
« Ce plan s’inscrit dans l’accompagnement des États membres européens dans l’établissement de l’autonomie de défense européenne et de la sécurité », appuie Nadia Maaref. Tekever nourrit en parallèle de gros projets en Grande-Bretagne, son autre objectif d’expansion géographique, où elle est présente depuis 2013.
En Ukraine depuis le début de la guerre
Fondée en 2001 à Lisbonne et venant du domaine civil, la société présidée par Ricardo Mendes a accéléré sa croissance au milieu des années 2010 en signant des contrats pluriannuels avec l’agence de sécurité maritime européenne (EMSA), construisant dans ce cadre-là un partenariat fort avec le groupe toulousain CLS, puis avec le ministère de l’intérieur britannique pour la surveillance de la Manche. « En 2022, lors du démarrage de la guerre en Ukraine, nous avons été très vite mis à contribution, ajoute Nadia Maaref. Nous avons envoyé plusieurs drones de surveillance. Cela nous a permis d’aborder de nouveaux challenges techniques, notamment en matière de brouillage du GPS, pour un usage dual. »
La filiale française de Tekever (10 collaborateurs) s’est basée en 2024 à Ramonville-Saint-Agne (Haute-Garonne), aux portes de Toulouse, pour développer son activité spatiale. « À l’origine, nous avons une expertise en radiofréquences et dans les protocoles de communication, détaille la dirigeante. Aujourd’hui, nous faisons des systèmes de communication entre satellites, appelés liens intersatellites. Ce sont des sous-systèmes spatiaux qui permettent à des constellations ou à des groupements de satellites de communiquer entre eux et de se synchroniser dans le temps et dans l’espace. Cette niche nous permet de travailler autant pour l’ESA (agence spatiale européenne) que pour le CNES depuis notre arrivée en France. »
Une levée de fonds en mai
Cet ancrage toulousain servira de clé de voûte au déploiement de Tekever sur le drone dans le Sud-Ouest, qui s’est mis en quête de locaux plus grands, en prévision de la croissance de ses effectifs dans la région. Au début du mois de mai 2025, l’entreprise a réussi une levée de fonds d’un montant tenu confidentiel auprès de ses actionnaires historiques Ventura Capital, Baillie Gifford, le Fonds d’innovation de l’Otan, Iberis Capital et Crescent Cove. « Elle va nous permettre de passer à l’échelle pour la Défense et la sécurité en Europe », conclut Nadia Maaref.