Tannerie Dupire : La reprise espérée a eu lieu
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Tannerie Dupire : La reprise espérée a eu lieu

Placée en redressement judiciaire depuis plus d'un an, la tannerie Dupire à Châteauneuf-sur-Sarthe a été reprise le 24 février dernier par le parisien Novalpina France, spécialisé dans le commerce de cuirs et de peaux. Des investissements sont annoncés.

C'est une histoire qui se termine bien et un ouf de soulagement pour les salariés de la tannerie Dupire à Châteauneuf-sur-Sarthe qui a été reprise in-extremis, fin février, après un placement en redressement judiciaire depuis janvier 2015. Son repreneur, Gilbert Tavernier, dirigeant de Novalpina France, un groupe suisse et parisien spécialisé dans la fabrication et le négoce de peaux exotiques, est du " métier " et possède une autre tannerie à Rodez dans l'Aveyron. Âgé de 84 ans, le nouveau dirigeant annonce des investissements sur le site d'Anjou, rebaptisé France Tanneries, et vient de recruter une personne en R & D pour l'ensemble du groupe (deux tanneries, deux unités de fabrication de bracelet de montre près de Besançon et un centre de R & D sur les cuirs exotiques (crocodiles, alligators...) pour le secteur du luxe de 7 personnes en Allemagne). Elle sera basée à Châteauneuf. C'est aussi un peu l'histoire de la vieille industrie française et de la disparition, de ses savoir-faire ancestraux au profit de pays où l'on fabrique moins cher. Et de la résistance de certains hommes à maintenir ces activités sur le territoire. En 1980, la France comptait 60 tanneries de bovins. Elles ne sont plus que 9 aujourd'hui.




Chiffre d'affaires et activité divisés par deux en 4 ans
« Nous étions au bord de la liquidation depuis l'été dernier, avoue Cyril Ponsignon, responsable de la tannerie Dupire et ancien président du directoire. On aurait peut-être tenu encore 2 ou 3 mois. » Depuis 2013, l'activité concentrée sur le cuir pour la maroquinerie de luxe n'en finit plus de décliner. L'entreprise à capitaux familiaux, fondée au XIXe siècle dans le Nord par la famille Dupire, passe de 15 M€ de chiffre d'affaires en 2012 à 8 M€ fin 2015. Sur cette période, elle voit sa production annuelle de peaux chuter presque de moitié (350.000 m² en 2012 pour 150.000 m² aujourd'hui). « Jusqu'en 2012, on gagnait de l'argent malgré une très très forte hausse du prix des matières premières et l'arrivée massive de concurrents asiatiques. En 2014, les choses se dégradent et je fais placer l'entreprise sous mandat ad hoc, en octobre. Nos actionnaires n'investissaient plus sur le site alors que les grands du luxe mettaient des millions. Hermès, Vuitton et Chanel ont même acheté leurs propres tanneries. Ma crainte était qu'on reste sur le quai. » En janvier suivant, la société est en redressement. « Avec ce placement, on a perdu des marchés, certains clients se demandant si on allait tenir. La trésorerie est vite devenue compliquée. Mais on a tenu un an en payant nos fournisseurs avant livraison et en faisant deux plans de licenciement qui ont fait passer l'effectif de 70 (90 personnes en 2012) à 36 personnes... 2015 a été une année
noire. » En parallèle, la société soumise à autorité préfectorale, est sous le coup d'injonctions administratives à cause de la présence d'amiante dans ses locaux. Des locaux de 10.000 m². Une première travée avait été traitée en 2013. Coût de l'opération : 300.000€. « Quand vous êtes fragile, le moindre incident est vite une catastrophe... »

Un premier projet de reprise avec le réseau du Bellay

Cyril Ponsignon et trois autres salariés de l'équipe de direction, accompagnés par 4 industriels du luxe locaux, membres du réseau du Bellay qui fédère une vingtaine d'entreprises du secteur, planchent sur une offre de reprise. « Les banques nous ont lâchés le 8 décembre, nous n'avions pas bouclé le budget. » Malgré l'apport du 1/3 de la somme par les industriels du réseau. « J'ai relancé Gilbert Tavernier avec qui nous avions déjà été en contact, il avait failli entrer dans notre projet de reprise. Je savais qu'il avait repris une tannerie à Rodez (Aveyron) deux ans auparavant à la barre du tribunal. » L'entrepreneur octogénaire dépose une offre auprès du tribunal de commerce d'Angers. La seule. Elle est entérinée le 24 février. 34 des 36 salariés sont conservés. « Ce n'est pas un financier qui débarque, se réjouit Cyril Ponsignon. Il connaît le métier, il y a eu une tannerie familiale Tavernier à Paris jusque dans les années 80. Il s'est engagé à reconstituer le BFR et à investir sur l'outil industriel. Un laboratoire de R & D va être créé. » Le désamiantage complet du bâtiment démarrera dès cet été avec un coup de pouce de la Région sous forme de prêt d'honneur. Gilbert Tavernier s'y est également engagé. Il se fera en plusieurs phases, étalées sur 3 ans. L'ancien président du directoire table sur des synergies avec la tannerie Arnal de Rodez (20 salariés), qui utilise une technique différente de tannage végétal et travaille le cuir de bovin pour les semelles de chaussures et les accessoires d'équitation. « Nous allons pouvoir faire des économies d'échelle sur l'achat des peaux et passer une partie de la production sur l'un ou l'autre des sites en cas de surcharge ; ça nous ouvre aussi d'autres horizons pour travailler de nouvelles matières comme les peaux exotiques. »


Un positionnement sur le luxe conforté

Depuis 2005, la tannerie Dupire s'est diversifiée sur le secteur de la maroquinerie luxe. Jusque-là, elle réalisait près de 95 % de son activité (pour 3 % désormais) sur la chaussure (moyen et bas de gamme) avant de subir de plein fouet la succession de délocalisations des fabricants choletais dans les années 2000. « On ne pouvait pas rester sur la moyenne gamme, il nous était impossible de répercuter la hausse des matières premières sur nos prix et nous n'étions pas compétitifs par rapport aux nouveaux fabricants étrangers. » Des produits dédiés au luxe sont créés, les opérateurs sont formés et le tanneur angevin commence rapidement à travailler pour de grands noms comme Hermès, Gucci, Armani, Longchamp. Il se spécialise sur la fabrication de cuirs pour la maroquinerie haut de gamme (sacs à main et de voyage, cabas, porte-cartes, ceinture). Un positionnement que la tannerie Dupire revendique aujourd'hui, même si les volumes ne sont pas encore là avec beaucoup de commandes de petites séries. Deux collections sont créées en interne chaque année. « Nous avons un vrai savoir-faire et, dans notre univers, le Made in France a une bonne réputation. Nos cuirs sont considérés comme de grande qualité. » De quoi redémarrer à l'export où la tannerie faisait 35 % de son chiffre il y a quelques années notamment en Corée (12,5 % du CA en 2012), pour 10 % aujourd'hui. Dans quelques jours, Cyril Ponsignon repartira « sur le terrain ». Il confesse en avoir un peu « ras le bol des dossiers administratifs ». Lui qui s'est également « mis sur les machines » comme les autres membres de la direction, en 2015, pour participer à la production, ralentie après deux PSE. « Tout le monde s'est battu, nous avons la chance d'avoir ici, des gens impliqués. Je me le dis tous les jours. Et je sais que nous sommes passés à deux doigts de la liquidation si nous n'avions pas pris le virage du luxe... nous sommes la tannerie la plus proche de Paris, nous avons sur le département du Maine-et-Loire des grands noms du luxe comme Longchamp. À nous de montrer au repreneur qu'il a fait le bon choix ! »




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