Quimper, Lorient et Vannes, trois villes bretonnes qui tordent le cou à la théorie de la métropolisation. Et ce contre-pied s'écrit sous forme de chiffre : celui de BPI excellence. Cette communauté, qui rassemble les entreprises à fort potentiel de croissance, en recense 94 en Bretagne. Et 32 de ces sociétés sont implantées sur la bande littorale sud bretonne quand elles sont 26 sur la zone d'emploi de Rennes. Entreprendre, croître, innover, attirer les investisseurs, les dirigeants de Bretagne Sud le vivent et le prouvent. Pour cela, ils utilisent plusieurs leviers : collaborations interentreprises, multisites, réseaux, proximité, fidélisation des collaborateurs.
Proximité et réactivité
Et le premier facteur de succès est souvent surprenant. « Il s'agit de l'origine du dirigeant, un sentiment fort d'appartenance », analyse Clément Marinos, doctorant, qui a effectué sa thèse sur les réseaux d'entreprises en Bretagne Sud (1). « Le dirigeant connaît les bons réseaux, décroche parfois ses premiers clients à proximité, accède à de l'information utile, permet à l'entreprise de passer un cap. » Armor Lux (600 salariés ; 100 M€ de CA), illustre cette volonté de s'inscrire et de s'investir localement. Pendant une quinzaine d'années, l'entreprise de textile quimpéroise a été sponsor du club de football de Lorient, avant de se désengager en 2014 à cause du départ de Christian Gourcuff. Pour son emblématique patron, Jean-Guy Le Floch, pas question d'aller ailleurs, métropolisation ou pas. « On a une marque forte, identifiée à notre territoire, qui fonctionne très bien à l'export, explique-t-il. Et puis, le fait d'avoir des villes comme Douarnenez, Bénodet, Audierne, etc. à côté permet d'attirer des cadres. » Le patron breton joue la carte locale à fond. Pour sous-traiter par exemple, « on fait des appels d'offres locaux. On ne se pose pas la question d'aller chercher ailleurs ! » Et même les patrons d'enseignes internationales approuvent. Thierry Ruellan, "Monsieur Quick" dans le Morbihan avec trois établissements (5 M€ de CA), tient le même discours : « Nous avons fait rénover nos établissements. Quick a l'habitude de travailler avec ses prestataires. Je n'ai pas voulu de cela, 50 % de nos travaux sont réalisés en local, le reste, non maîtrisable, est réalisé à l'extérieur. Si on investit sur son territoire, c'est tout le territoire qui s'enrichit. »
L'effet réseau
Ce maillage passe aussi par les réseaux, « où se nouent des liens, où l'on peut dévoiler ces problématiques de dirigeant, difficultés ou projets sans que le secret soit trahi car on connaît les membres. Il nous aide aussi à avoir de l'information stratégique pour un futur lieu d'implantation, un marché à prendre », confie un patron. Et les réseaux se mettent aussi à l'heure d'une Bretagne Sud littorale à l'instar du CJD. « Nos sections littorales et celle de Pontivy ont désormais des événements communs. Pour l'heure, on en est plus à faire émerger les consciences », analyse Sophie Bégot, présidente du CJD Vannes.
Rapprochements en vue
Les trois agences de développement économiques ne sont pas en reste : elles travaillent à la mise en commun de leurs outils statistiques pour en faire un observatoire économique de Bretagne Sud. Un premier pas vers plus de collaboration ? Un premier jalon est posé. Les CCI pourraient aussi raisonner Bretagne Sud. En coulisses, il se murmure que la CCI de Quimper et celle du Morbihan discutent sur le sujet. Les passerelles universités - entreprises existent également et forment cette colonne vertébrale littorale. De par son nom déjà : Université de Bretagne Sud (UBS) mais aussi dans les initiatives menées. Dans le Morbihan, l'éditeur MGDIS ou bien encore Syleps pour ses automatismes industriels, « notent avoir un temps d'avance grâce à l'UBS. »
Alliances et collaborations
Et pour gagner, les PME n'hésitent pas à jouer collectif et par conséquent à jouer gagnant. À l'instar de C2J, la joint-venture créée par Silvadec (50 collaborateurs et 28 M€ de CA), fabricant de bois composite à Arzal et la scierie Josso (15 M€ et 91 salariés) du Roc-Saint-André, la collaboration et l'économie circulaire se conjuguent à deux. Au sein de C2J, les déchets de bois de Josso sont transformés en farine de bois : la matière première de Silvadec. Les deux sociétés ont appliqué une règle d'or : « Dépasser son intérêt personnel dans l'intérêt de la troisième. » Et ce qui fonctionne pour l'outil industriel fonctionne aussi pour les locaux, bureaux et R & D. À Vannes, Socomore (180 employés et 40 M€ de CA), experte en traitement de surfaces pour l'aéronautique, initie le Breizh Lab, un concept où « les industriels mettent à disposition de jeunes pousses prometteuses des mètres carrés disponibles », résume Frédéric Lescure, P-dg de Socomore. Parmi les industriels bretons partenaires du projet, les Lorientais de Coriolis Composites (13 M€ de CA et 110 personnes), fabricants de pièces composites avec lesquelles, elle travaille déjà sur différents projets.
À l'écart des investissements d'avenir
Les initiatives ne manquent pas mais la bataille n'est pas pour autant gagnée. Les investissements d'avenir concernent peu cette Bretagne Sud à l'instar de la French Tech par exemple. Idem du côté des transferts des investissements publics. Il faudra sauter dans le bon train TGV pour se faire connaître et donc avancer plus vite encore en terme de marketing territorial.
(1) Un travail mené en lien avec l'université de Rennes 2, Quimper Cornouaille Développement (Quimper), Audélor (Lorient) et Vipe (Vannes) ainsi que la Région.
Entre les trois métropoles que sont Rennes, Brest et Nantes, la Bretagne Sud fait plus que tirer son épingle du jeu et ses entreprises affichent leurs performances. Quelles sont les recettes de ces PME qui gagnent au coeur des villes moyennes que sont Quimper, Vannes et Lorient ?