Inimaginable! La fin de la réparation navale civile à Brest n'est pas une solution pour les principaux acteurs du dossier, des salariés à l'État en passant par la CCI, concessionnaire du port pour ce secteur. «On n'envisage pas que cette activité puisse disparaître, déclarent Frank Bellion et Michel Gourtay, respectivement président et directeur général de la CCI de Brest. La Sobrena est "la" grosse entreprise de réparation navale civile à Brest, voire en France.» En effet, le Sud a délaissé cette activité. «Il reste encore quelques chantiers à Dunkerque, mais c'est à peu près tout», estime Jacques Dubost, président de Bretagne Pole Naval (BPN). Brest est donc la place forte de la réparation navale civile en France et la Sobrena (CA: 50,4M€; 245 salariés), la société phare. Même discours à la Région, propriétaire du Port depuis 2007. «La valeur de reprise de l'outil s'élève à 500M€, c'est colossal. Plus les 800 emplois et les compétences que cela représente.On ne peut pas tout jeter par-dessus bord», ajoute Gérard Lahellec, vice-président en charge des transports.
Manque de compétitivité et marché volatil
Ces dernières années, les partenaires institutionnels ont beaucoup investi dans les équipements du port. Ceux-là même utilisés principalement par la Sobrena, comme les formes de Radoub. Début juillet2010, la forme nº1 avait été inaugurée après des travaux de réparation au coût de 18,6M€. Un investissement, pour une installation unique en France, qui avait porté ses fruits. Lors de cette même année, elle avait fait le plein de bateaux. En2008 et2009, 32 navires avaient été traités dans les trois formes brestoises, 39 en 2010. Sur la période 2009-2014, 32M€ ont aussi été investis pour le maintien en condition opérationnelle des infrastructures. «Brest est un site exceptionnel, insiste Gérard Lahellec. Entre les outils et le savoir-faire présents: le gâchis que ce serait!» Malgré ses atouts, on ne peut nier les difficultés de la Sobrena, avec une activité en baisse de 25% environ en 2011. La cause se résume en trois mots: manque de compétitivité. «Nous sommes environ 20% au-dessus du prix des Espagnols», explique Éric Landuré, salarié et délégué CFE-CGC. Dans un contexte de marché très ralenti, voire en crise, la conséquence ne s'est pas fait attendre. «En septembre, le plan de charge ne se remplissait plus.» «Le marché est très volatil, ajoute Gérard Lahellec. Les armateurs, au lieu d'immobiliser six mois leurs navires vont opter pour trois semaines. Tout de suite et peu cher.» Le vice-président de Région a pourtant la conviction que cet état du marché ne peut durer. «La robustesse, la fiabilité et le respect des délais sont des paramètres qui vont finir par être, de nouveau, pris en ligne de compte. Le choix du moindre coût ne tient pas à long terme.»
Priorité: «Faire venir des navires»
«On aurait pu être mis au courant des difficultés avant pour mettre des choses en place», regrette l'élu régional. L'alerte est venue mi-septembre, prélude à une série de tables rondes avec le préfet et des réunions au ministère de l'Économie et des Finances. Début novembre, deux administrateurs étaient nommés pour remplacer le P-dg, François Meunier. L'État a également mandaté le comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri). Objectif: trouver un repreneur. Côté syndicats aussi on se mobilise. Des manifestations de soutien sont régulièrement organisées. «Mais attention, les salariés ne sont pas en grève. Ils prennent sur leurs congés et RTT», explique Guy Thépaut, président de l'union départementale CFE-CGC, qui représente une quarantaine de cadres et agents de maîtrise de l'entreprise. Les syndicats se sont engagés à ce que tous les bateaux qui arriveraient seraient réparés. «Il n'est absolument pas question de faire grève! Nous ne sommes pas là pour montrer du doigt, mais pour aider à trouver une solution. C'est très important pour que l'on puisse faire venir des navires», ajoute-t-il. Car la priorité est là. Pour qu'un repreneur puisse intervenir, encore faut-il prouver que la Sobrena attire toujours. Et donc rassurer les armateurs, inquiets du climat social. C'est ainsi que la direction de Brittany Ferries, sans doute convaincue par quelques coups de fil, a annoncé le 11novembre, la venue de l'Armorique pour un arrêt technique. Un signe de solidarité territorial fort. Les équipes de la Sobrena ont également répondu fin novembre à un appel d'offres pour un pétrolier grec.
Plusieurs scénarios pour une reprise
Voilà pour le court terme. Mais sauver la Sobrena nécessite aussi de trouver un repreneur. «On travaille avec acharnement», insiste le sous-préfet de Brest Jean-Pierre Condemine. Le Ciri, les mandataires, la CCI, BMO, l'État,etc. La Région a, par exemple, fait appel à un cabinet pour envisager quelques scénarios. Parmi ceux-ci, la possibilité de faire appel aux industriels qui travaillent avec la Défense. «Il n'est pas anormal de demander à ces industriels d'examiner la possibilité de participer à la préservation de la réparation navale civile, en compatibilité avec leur stratégie, propose Gérard Lahellec. Sans jouer les prescripteurs.» L'élu ajoute également que beaucoup de ces industriels vont bénéficier du plan de développement du port annoncé récemment (lire page11). Tous sont sur le pont pour explorer les différentes pistes: partenariat public-privé, privé, un seul repreneur ou avec un chef de file. Pas une mince affaire. «Surtout que François Meunier cherchait déjà depuis plusieurs années, sans succès», ajoute Jacques Dubost de BPN. Et avec la mobilisation des pouvoirs publics, le président de la CFE-CGC se dit «optimiste». Le président de la CCI de Brest prévient tout de même: «Ce dossier ne peut pas se régler en quelques jours!»
La Sobrena, en difficultés depuis septembre, bénéficie de la mobilisation des pouvoirs publics. Tout est mis en oeuvre pour trouver un repreneur pour l'entreprise et sauver la réparation navale civile à Brest.