Seine et Manche : Un constructeur naval s'installe à Fécamp
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Seine et Manche : Un constructeur naval s'installe à Fécamp

Après plusieurs mois de rumeurs et d'incertitudes, le chantier de construction navale Seine et Manche s'amarre aux quais de Fécamp. Avec à la clé, la création de 50 emplois.

Robert, Wandrille, Vincent et Antoine Lebéfaude, un père et ses trois fils: c'est toute une famille présente dans le milieu naval depuis plus de cent ans qui vient jeter l'ancre dans le port de Fécamp. Objectif: créer un nouveau chantier de construction navale sous l'appellation «Seine et Manche». Une filiale du «Cabinet Lebéfaude», spécialiste des secteurs naval, maritime et fluvial autour de quatre domaines: construction, architecture, ingénierie et expertise.




Le choix de Fécamp

En pourparlers depuis un an avec la CCIT de Fécamp-Bolbec et d'autres sites, le cabinet Lebéfaude (siège à Viroflay) a finalement choisi Fécamp: «Nous avions besoin d'un environnement de bonne volonté. À Fécamp, nous avons eu de bonnes surprises», remarque Robert Lebéfaude, P-dg du cabinet Lebéfaude. Avec cette implantation, les Lebéfaude cherchent à relocaliser une partie de leur production, en France, jusqu'ici essentiellement réalisée en coopération avec des chantiers navals polonais depuis dix ans, pour près de 3.000 tonnes d'acier travaillées par an. Un projet qui n'aurait pas vu le jour il y a encore cinq ans, explique Robert Lebéfaude: «Mais aujourd'hui, les besoins sont là».




Une méthode de travail

Une convention a été signée entre la CCIT de Fécamp-Bolbec et le P-dg de Seine Manche pour la location de deux bâtiments sur le port de Fécamp dont la CCIT est concessionnaire: l'ancien atelier technique de la CCIT ainsi que le hangar «Grèce», quai de Verdun. Des locaux situés auprès de l'ancien slipway (rampe de lancement en pente, Ndlr), «une solution pratique de mise à l'eau pour l'entreprise», s'enthousiasme Bertrand Duboys Fresney, président de la CCIT. Situé dans le fond du bassin Freycinet, des travaux d'infrastructuressont nécessaires: «Et pour lesquels le Département est sollicitéet réalise des études», précise le président de la CCIT. L'entreprise a prévu de construire, dans un premier temps, des bateaux jusqu'à 50m de longueur: «Puis, nous envisagerons des navires allant jusqu'à 100m. Notre coeur de métier se situant entre 40m et 80m. À terme, toute notre gamme sera construite ici», précise Robert Lebéfaude. Une gamme qui s'étend de la barge sablière au ponton-grue, en passant par la barge d'habitation, le dipper dredger (drague maritime) ou encore, le bateau de plaisance. Seine et Manche bénéficiera de la méthode développée par le cabinet Lebéfaude pour construire ses bateaux. Une méthode selon laquelle, tous les éléments d'acier sont préparés en aciérie (et dont la provenance pour Fécamp n'est pas encore déterminée): «Le travail du bureau d'études est primordial car tous les éléments doivent s'assembler sur le chantier, sans retouches. Une méthodologie importante pour éviter les pertes de temps et le rectifiage de tôles. Cela améliore la sécurité et la rapidité de construction», assure Robert Lebéfaude. Une barge de 125 tonnes peut ainsi être construite en trois mois.






Les raisons d'espérer

L'une des premières raisons qui pousse les Lebéfaude à relocaliser en France est le lissage progressif des salaires des ouvriers spécialisés dans l'Union européenne: «Il y a une européanisation de la main-d'oeuvre». Autre élément décisif, la promesse française du développement de grands chantiers/projets avec l'Axe Seine, l'ouverture du canal Seine Nord Europe en 2017 mais aussi les projets autour de l'énergie éolienne à venir en Normandie (Fécamp, LeTréport, Courseulles sur Mer). Sur ce dernier marché, ce sont les petits bateaux destinés au transfert de personnel et du petit matériel qui intéresseront Fécamp et pour lesquels Robert Lebéfaude explique avoir déjà rencontré les consortiums concernés. À cela s'ajoute le renouvellement attendu de la flotte fluviale: «Nous avons estimé les besoins futurs en bateaux fluviaux sur la Seine à environ 400 unités». Dernier argument: la proximité, atout indispensable pour des clients qui souhaitent suivre au plus près leurs chantiers. Des arguments positifs pour un développement que Robert Lebéfaude souhaite maîtriser, notamment en terme d'emplois: «Il faut avancer prudemment et s'inscrire dans la durée. Nous venons avec des objectifs et de l'humilité. À terme, nous devrions stabiliser nos effectifs entre 40 à 50 compagnons en permanence sur le site». Seul bémol à cet heureux événement, le premier bateau qui doit être construit à Fécamp sera réalisé par cinq chaudronniers en provenance de Pologne (avec l'aide de sous-traitants que l'entreprise souhaite trouver en local). Une décision qui s'explique sans doute par un déficit de chaudronniers-soudeurs en région mais, pas une fatalité selon Robert Lebéfaude: «Pour cela, il faut reconstituer en local les compétences et les savoirs-faire. Nous voulons réhabiliter cette filière qui a besoin de spécialistes».



Sébastien Colle

Cabinet Lebéfaude
(Viroflay) -Effectif: 10 -C.A: 4M€ Investissement Seine et Manche: 200.000€ www.cabinet-lebefaude.com

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