Comment en est-on arrivé là ?
Tous les ans, l'entreprise connaît une morte saison. Nous y sommes. Elle ne gagne pas d'argent l'hiver, mais l'été. Cela fait partie du business modèle de notre boutique. Nous avons déposé un plan de continuation le 11 septembre car nous avions vendu un bateau qui s'appelle Etoile Magique et l'acheteur n'a pas eu son financement. Il ne pouvait pas honorer son contrat. Cette vente était prévue dès l'acquisition. Ce n'était pas une lubie pour financer la trésorerie ni pour renflouer les caisses. C'est un bateau qui perdait de l'argent structurellement depuis trois ans. Nous cédons un outil de travail qui perd de l'argent. Je n'appelle pas cela une faute de gestion mais une branche pourrie que l'on coupe. Nous avons donc eu un trou de trésorerie ; il nous manquait de quoi faire les paies, soit 60.000 euros en septembre. Tout a été régularisé. Les salariés ont été payés par le fonds de garantie.
Quelle est la situation à l'heure actuelle ?
Le bateau en question est normalement vendu ; l'administrateur judiciaire a dû déposer la requête devant le juge en début de semaine. Il s'agit d'une vente de 300.000 euros. Nous avons obtenu un crédit-relais jusqu'au 31 décembre mais sur cette somme, le mandataire a demandé à ce que 200.000 euros de solde soient consignés au profit des créanciers. Ce qui nous pose un grave problème pour continuer au-delà... La période d'observation a été prolongée en mars avec un rendez-vous intermédiaire au 14 décembre.
Et vous n'avez pas de Route du Rhum pour porter le business cette année...
La Route du Rhum représente plus d'1,1 million d'euros de chiffre d'affaires supplémentaire pour la société, mais elle ne représente pas une marge énorme. Cette petite marge dégagée est rendue aux deux tiers à notre contractant qui est Rivacom, puisque nous sommes sous-traitant. C'est un contrat que j'ai récupéré en signant.
Quels sont vos plans pour redresser la barre ?
Il n'est pas possible de bâtir un plan sur des anomalies de business tous les ans. Le business récurrent était à 2,1 millions en 2012 et il dégringole de façon régulière depuis, pour atteindre 1,4 million cette année. Il faut donc remettre la société à sa bonne taille, que ce soit en terme de moyens, d'effectifs, de charges immobilières... Nous n'avons pas eu le temps de le faire en 12 mois. N'oubliez pas que nous sommes une société d'événementiel. Compte tenu de la conjoncture, nous sommes moins dans l'ère du temps. Il nous faut donc redéfinir l'entreprise. J'ai tendance à ne jamais dire que le social est une variable d'ajustement. Néanmoins, il faut quand même le remettre à la bonne dimension, soit quatre personnes de moins. Quatre licenciements. On réduit la voilure et on repart normalement sur un plan qui n'est pas un "plan cocorico" mais calibré sur 1,2 million d'euros de chiffre d'affaires. Aujourd'hui, il faut se baser sur ce programme.
Avec quelle flotte ?
Nous gardons nos gros bateaux Etoile du Roy, Etoile Molène et Etoile de France sur lesquels nous avons déjà fait beaucoup de travaux car il y en avait ! Nous continuons bien sûr à les entretenir. Nous avons changé, par exemple, les deux hélices d'Etoile du Roy pour 14.000 euros. Les autres bateaux sont en gestion dont le Renard principalement.
Et concernant le catering ?
Etoile Océane avait pas lieu d'être une société à part. Nous ne l'avons pas vendue mais absorbée dans notre entreprise. Le catering tel qu'on le pratique aujourd'hui n'est d'ailleurs pas forcément la formule la plus rentable...
Regrettez-vous ce rachat ?
Non ! En termes de chiffre d'affaires et de structure financière, la société n'était pas en excellent état. C'est plus difficile que ce que je pensais, mais nous savons toujours que les années de reprise sont compliquées, quelle que soit l'entreprise. Il ne faut pas oublier que chaque fois que nos clients mettent un euro chez nous, ils mettent aussi 30 à 40 centimes dans la conservation d'un patrimoine unique en Europe et qui est en France aujourd'hui. Si jamais la société devait partir en liquidation comme certains peuvent le souhaiter, touchés par des idées que personne ne comprend, tout cela risque de partir à l'encan à gauche à droite, et probablement pour une partie à l'étranger.