Saint-Malo : Le marchand de sable CAN attend son heure

Saint-Malo : Le marchand de sable CAN attend son heure

La Compagnie armoricaine de navigation (CAN), filiale du groupe malouin Roullier, attend depuis 2009 l'autorisation d'exploiter en baie de Lannion un nouveau gisement de sable coquillier marin, utile à la filière agricole pour l'amendement. Cet épineux dossier, combattu par des associations de sauvegarde de l'environnement et des élus locaux, pourrait se dénouer lundi dans le bureau du ministre Emmanuel Macron...

A quatre jours d'une rencontre décisive avec le ministre de l'Economie Emmanuel Macron, la CAN a voulu rappeler les enjeux économiques du dossier qu'elle défend depuis fin 2009 pour exploiter un nouveau gisement de sable coquillier marin. Ce jeudi 12 février, cette société de 25 salariés du groupe d'agro-fournitures Roullier (7.000 salariés, 3,1 Md€ de CA) et de sa division Timac Agro France (1.100 salariés dont 450 à Saint-Malo) a organisé une opération médiatique sur le port de Saint-Malo, chiffres à l'appui.

Un "avis favorable" mais toujours un grain de sable

Depuis l'interdiction d'exploiter le maërl, la CAN s'est tournée vers le sable coquillier alternatif, pour ses vertus en carbonate de calcium. Elle exploite déjà deux gisements en baies de Morlaix et de Saint-Brieuc, soit 175.000 m3 à eux deux. C'est la demande pour en exploiter un troisième au large de Lannion - initialement de 400.000 m3/an finalement réduits à 250.000 m3 pour un stock estimé à 186 millions de mètres cubes - qui traîne en longueur. Le dossier chahuté est monté jusqu'au Conseil d'Etat. "Après cinq années d'instruction, l'avis rendu le 1er octobre 2014 nous est favorable", explique. Désormais, c'est la signature du ministre Macron, suivie de la contresignature du Premier Ministre qui peuvent débloquer le titre de concession minière, sésame d'exploitation tant attendu. Le premier organise une table ronde ce lundi 16 février.

"Ce gisement, on y tient !"

Le groupe Roullier estime le temps perdu à quelques millions d'euros déjà... "Cela fait 55 ans que nous faisons de l'extraction. Heureusement que nous avions un peu de stocks. Ce gisement, on y tient !", soufflent Bernard Lenoir, directeur du développement de la CAN, et Pierre Le Coz, président de Timac Agro, qui vend un tiers de sa "récolte" en l'état pour l'amendement agricole et en transforme les deux autres tiers dans la composition de ses autres produits d'agro-fournitures, comme les engrais. "C'est un enjeu essentiel pour ce territoire et la filière agricole bretonne", ajoute Sébastien Floch, directeur général des relations institutionnelles et du développement des partenariats stratégiques chez Roullier. Le groupe malouin est pourtant bien vu du gouvernement. Quand il pose la première pierre de son futur centre de R&D à Saint-Malo créateur de 200 emplois de chercheurs, Daniel Roullier sait pouvoir compter sur son ami le ministre breton de la Défense, Jean-Yves Le Drian. "Ce long dossier de sable coquillier est la preuve que le groupe ne fait pas de lobbying dans cette affaire", observe un proche.

Les opposants au projet brandissent trois arguments : le risque d'érosion du trait de côte, la turbidité liée à l'exploitation et l'impact sur la faune et une espèce en particulier. La CAN avance de son côté des études d'impact poussées et un volume extrait réduit à 2% de cette "dune", soit un total de 3,1 millions de mètres cubes sur la durée globale de l'exploitation ramenée de 20 à 15 ans. Ses usines de Pontrieux (22) et de Saint-Malo (35), qui en dépendent directement, emploient aussi respectivement 30 et 250 salariés. La balle est désormais dans le camp du gouvernement...

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