Si plus de 2 000 entreprises sont créées chaque mois depuis le Covid dans les Alpes-Maritimes, le territoire a aussi besoin de repreneurs. "Près d’un quart des chefs d’entreprise a plus de 60 ans, précise Christophe Colineaux, président de Réseau Entreprendre Côte d’Azur. Presque un tiers des entreprises vont être cédées dans les dix prochaines années. Cela représente un grand vivier d’emplois qui est absolument à préserver et à développer."
Si elle est différente de la création pure, la reprise d’entreprise demeure une aventure entrepreneuriale à part entière, à laquelle il vaut mieux se préparer. Et c’est une des priorités de l’association pour cette année : doubler le nombre d’accompagnement à la reprise, pour aboutir ainsi à 4 par an.
Vers une "deuxième vie"
Le sujet tient particulièrement à cœur à Christophe Colineaux. Ancien lauréat de Réseau Entreprendre, il a repris Ixel Marine en 2015 à Mouans-Sartoux, qui évolue dans le nautisme. Un repreneur heureux à la tête d’une entreprise passée, en neuf ans, de 8 à 25 salariés et qui a multiplié par quatre son chiffre d’affaires.
Comme lui, Matthieu Larrère, à la tête d’Electronie (20 collaborateurs) depuis fin 2023, et Hani Samaha, dirigeant depuis 2017 de Lumteam, fabricant d’éclairage architectural à LED, ont été accompagnés par Réseau Entreprendre Côte d’Azur.
Ils correspondent tous trois au profil du "repreneur type" (qui n’est quasi jamais une repreneuse), à savoir un ancien cadre supérieur qui a eu "de belles responsabilités" et qui, arrivé entre 40 et 50 ans, décide de se lancer dans "une deuxième vie". Dans une région qui est rarement la sienne et dans un métier qui est rarement le sien. Il débarque donc en terre inconnue, sans réseau propre. D’où l’importance d’un soutien, ce que propose l’association, en plus d’un prêt d’honneur qui peut aller jusqu’à 90 000 euros.
Face à la solitude
Car tous les trois l’ont touché du doigt : la solitude du dirigeant est une réalité. "Quand il y a une décision à prendre, il faut la prendre", résume Hani Samaha qui a quitté Paris pour se lancer, lui qui a toujours voulu être entrepreneur. "Et c’est notre argent. On n’est plus dans un groupe où l’argent est important, mais il n’est pas à nous. On passe ainsi par des périodes où on est quand même très, très seul."
Quand il a pris la suite de Charles Pallanca dans l’entreprise fabricante de cartes électroniques, la croissance était là. Matthieu Larrère a alors imaginé tout un plan de développement mais s’est rapidement retrouvé face à un "carnet de commandes bas comme il n’avait pas été depuis presque 10 ans. J’étais vraiment anéanti. Qu’est-ce que j’ai mal fait ? Qu’est-ce que je ne réussis pas ? Qu’est-ce que j’ai loupé ? On se pose plein de questions et on commence à se dire qu’on ne va pas y arriver. Heureusement, les accompagnants de Réseau Entreprendre, que je vois tous les mois, sont là."
Aucune défaillance
Malgré ces doutes et ces périodes de creux inhérentes à tous parcours entrepreneurial, être lauréat Réseau Entreprendre semble être une garantie en soi. "Ces dix dernières années, tous les lauréats à la reprise que nous avons accompagnés, ont réussi, assure Christophe Colineaux. Cela représente une vingtaine d’entreprises parmi lesquelles il n’y a eu aucune défaillance."
"C'est toute la supply chain locale que l'on soutient",
Une statistique bénéfique pour tout car un cédant qui ne trouve pas de repreneur, c’est le risque d’une entreprise qui ferme ou dans un autre scénario, qui se retrouve rachetée par un grand groupe et qui voit ses savoir-faire quitter le département ou la région.
"Quand on sauvegarde 20 emplois, c’est toute la supply chain locale que l’on soutient, reprend le président. Alors que le départ de certaines entreprises peut mettre en difficulté d’autres sociétés, prestataires, fournisseurs."
"Il y a tout un cercle vertueux dans lequel s’inscrit Réseau entreprendre qui renforce le tissu local, ajoute Hani Samaha. C’est important pour la réindustrialisation de la France."
Un mouvement auquel ils prennent part non sans une certaine fierté. Réseau Entreprendre les avait prévenus : dans l’entrepreneuriat, rien ne se passe jamais comme prévu. Si tout était à refaire, en dépit des difficultés, ils l’avouent, ils ne changeraient rien.