Pour Juliette Milhaud, "la chute, ce n'est pas toujours la fin de l'histoire". Bien au contraire… La jeune ligérienne vient de créer la société Rembobine pour donner une nouvelle vie aux chutes des productions des industries textiles.
Les créatrices
Après une classe prépa à Lyon, suivie d’un parcours d’ingénieur supply chain & opérations à CentraleSupélec Paris, Juliette Milhaud, originaire de Jonzieux dans le Pilat, décide de partir une année en Italie pour se spécialiser dans la gestion d’entreprise en passant un MBA (Master of Business Administration).
"Durant mes études, j’ai été amené à travailler dans des grands groupes et dans une petite start-up. J’ai pris conscience que le modèle petite entreprise, implantée très localement me correspondait le mieux. Et comme je suis très attaché à mon territoire et à la région stéphanoise, j’ai décidé de revenir sur mes terres pour créer quelque chose", explique Juliette Milhaud.
À Jonzieux, où elle a grandi, il y avait à une époque une cinquantaine d’ateliers de passementerie. "Aujourd’hui, il ne reste plus qu’une petite usine. C’est dommage car l’industrie, c’est ce qui structure un territoire". C’est en partant de ce constat que Juliette Milhaud a l’idée de créer une entreprise industrielle qui contribue à la reconstitution d’une filière textile locale.
Une ambition qu’elle porte depuis un an avec son associée Laura Paquereau, une ingénieure textile qu’elle a rencontré sur LinkedIn. "Je cherchais une associée et Laura a beaucoup travaillé sur les machines de recyclage. Elle a aussi la même vision que moi d’une filière industrielle qui utilise les ressources de son territoire pour tout faire localement", justifie-t-elle.
Le concept
Ensemble, les deux jeunes créatrices, âgées respectivement de 25 et 26 ans, viennent de lancer Rembobine, une maison textile qui récupère les chutes de production des industriels locaux de la filière textile pour les transformer en nouvelles matières tissées destinées à l’ameublement. "Tous nos fournisseurs se trouvent entre Lyon, Saint-Étienne, Roanne et la Haute-Loire. On récupère les bords de leurs rouleaux de tissu qui finissaient à la poubelle. On en fait des longues bandelettes sur des centaines de mètres que l’on vient tisser sans détruire la matière. C’est très innovant dans le recyclage textile. D’habitude, on détruit la matière pour en faire autre chose. Chez Rembobine, on la conserve, ce qui nous permet d’avoir au final un tissu recyclé à 90 %, là où généralement on est plutôt à 30 %", argumente Juliette Milhaud.
Tapis, coussins, assises de siège… : Rembobine entend adresser les professionnels de l’aménagement intérieur : hôtels, restaurants, décorateurs, designers mais aussi les collectivités qui gèrent des espaces réceptifs.
Démarrage et objectifs
Pour démarrer, la jeune entreprise a néanmoins décidé d’adresser les particuliers via une campagne de crowdfunding sur Ulule. "Ce n’est pas notre cible principale mais l’idée est de faire un peu de chiffre d’affaires via des précommandes pour générer du cash que l’on va investir dans notre machine de préparation matière et dans la location d’un local de 30 m² pour démarrer à Saint-Étienne", explique la jeune entrepreneuse.
Une fois la matière première collectée et préparée à Saint-Étienne, elle sera envoyée dans les Pyrénées chez un tisseur spécialisé dans l’univers du luxe, qui préfère pour l’heure conserver l’anonymat. "C’est le seul tisseur que l’on a trouvé en France, qui est capable de réaliser ce type d’opération. Mais l’idée à terme, c’est de rapatrier cette production dans la Loire, soit en créant notre propre métier à tisser, soit en passant un partenariat avec une entreprise locale prête à faire des modifications sur ces métiers à tisser", explique Juliette Milhaud.
En attendant, Rembobine prépare son lancement officiel à la rentrée sur le salon Maison et Objets à Paris. "Cela va nous permettre de toucher les architectes, les designers et d’avoir une plus grande visibilité", lance la cofondatrice.
Accompagné par le programme MIND (Métropole Innovation Design) de Saint-Étienne Métropole, Rembobine vise un chiffre d’affaires de 50 000 euros sur l’exercice 2026 pour "monter ensuite sur des volumes industriels qui nous permettaient d’atteindre 300 000 euros de chiffre d’affaires en année 2 et 800 000 euros en année 3", conclut Juliette Milhaud.