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Blendcel transforme les déchets textiles en matériau durable capable de remplacer le plastique
Sophia Antipolis # Deeptech # Start-up

Blendcel transforme les déchets textiles en matériau durable capable de remplacer le plastique

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Aux antipodes de la fast-fashion se trouve Blendcel à Sophia Antipolis. La start-up deeptech, créée par Marion Négrier, docteure en matériaux, transforme les déchets textiles d’origine végétale en matériau durable, alternative au plastique. Les premiers pas de ce qui apparaît comme révolutionnaire.

Docteure en chimie des matériaux et fondatrice de Blendcel, Marion Négrier a élaboré un procédé de recyclage chimique à faible impact environnemental et économique, transformant le coton et la viscose en biomatériaux polyvalents — Photo : Olivia Oreggia

Dans la paume d’une main, elle tient du coton, dans l’autre, ce qui a la forme et la dureté du plastique… et qui pourtant est aussi du coton.

Nul besoin alors d’être, comme l’est Marion Négrier, ingénieure, docteure en matériaux à l’école des Mines PSL, lauréate du concours d’innovation i-PhD de Bpifrance, du prix Jeunes Talents France L’Oréal-Unesco 2025 et start-upeuse, pour comprendre que la jeune femme de 29 ans est à l’origine d’une transformation innovante : valoriser les déchets textiles en matériaux durables, capables de remplacer le plastique. Voilà ce que propose la deeptech Blendcel, basée dans Alpes-Maritimes, à Sophia Antipolis, et accompagnée par l'incubateur Provence Côte d'Azur.

"Ce matériau durable se travaille à la fois comme un plastique et surtout comme du bois. La cellulose, qui est le constituant majoritaire du bois, constitue 100 %" de notre matériau, explique-t-elle.

4 millions de tonnes de vêtements jetés en Europe

Ce qui semble relever de la magie est le fruit de plusieurs années de réflexion et de recherche en laboratoire. "J’aime bricoler des trucs, tester, expérimenter, faire quelque chose de mes mains, raconte t-elle. La recherche académique n’est pas ce que je préfère. Quand je travaille sur quelque chose, il faut que j’en voie l’application finale, sinon, ça ne m’intéresse beaucoup."

À gauche du coton, à droite… un coton ayant l'aspect et la dureté du plastique... La start-up Blendcel permet de transformer le premier en ce nouveau matériau durable qui pourra remplacer le plastique dans de multiples usages — Photo : Olivia Oreggia

Aujourd’hui, la technologie est prête et les applications en question sont immenses. Car entre pantalons, chemises et autres draps, ce sont 4 millions de tonnes de vêtements qui sont jetées chaque année en Europe et seul 1 %, selon le Parlement européen, est recyclé en vêtements neufs. La majorité de ces textiles est incinérée quand ils ne finissent pas dans de gigantesques décharges au Chili ou au Ghana.

Une première ligne de production en septembre

"L’objectif, d’ici septembre, est de créer une petite ligne de production semi-automatique à l’échelle d’un laboratoire pour traiter de 50 à 100 kilos de matière par mois. Mélanie Maincourt, (ingénieure en matériaux qui a rejoint Blendcel en 2025, ndlr) traite actuellement environ deux kilos de matière par mois pour continuer la R & D", explique celle qui se définit comme " chercheuse-entrepreneuse".

Car en parallèle d’un CV admirablement fourni, Marion Négrier a suivi le Mastère spécialisé "Entrepreneuriat Deeptech et Innovation" de l’École des Mines.

Un technicien sera prochainement recruté pour aider à l’installation de cette ligne, quand Mélanie Maincourt mènera également " des tests de recyclage de matière première, que Blendcel propose et pour lesquels nous avons déjà des demandes. "

Dans ces petits flacons, des poussières de textile récupérées dans des usines, qui peuvent être recyclées en biomatériaux durables comme ces deux plaquettes — Photo : Olivia Oreggia

Economie circulaire

De très nombreuses demandes émanent d’entreprises du textile, de marques qui "veulent réintégrer leurs déchets dans leur propre matière pour plus de circularité et pour baisser leur impact carbone". "L’idée est de transformer leurs chutes en des packagings pour du calage, par exemple, ou pour entourer un flacon de parfum", détaille Marion Négrier. En ajoutant : "On peut aussi changer l’esthétique, avoir quelque chose de très mou, très dur ou entre-deux, de joli, de lisse, de brillant…"

Du textile, de l’emballage, des meubles…

Si la vision initiale ciblait l’univers du textile, les requêtes affluent aussi du secteur de l’ameublement ou de la construction, par exemple pour la fabrication de bancs, de joints, ou encore de sous-couches pour parquet. La dirigeante entend donner suite à certaines demandes, tout en confiant ne pas vouloir se disperser.

Marion Négrier, au centre, fait partie des lauréates du 19e prix L'Oréal-Unesco, remis en octobre 2025, pour "célébrer l'excellence scientifique féminine en récompensant des recherches prometteuses" — Photo : Julien KNAUB / L'Oréal

1 tonne par mois d’ici fin 2028

Les différents prix remportés et le soutien des Mines PSL ont permis de financer ces premières étapes. Pour la suite, à savoir le recrutement et la mise en place d’une petite ligne de production (300 000 euros d’investissement estimés) et pour construire d’ici fin 2028 "un petit démonstrateur industriel qui permettra de transformer une tonne de matière par mois", elle vient de postuler au concours d’innovation i-Lab de Bpifrance.

Elle réfléchit déjà aussi à resolliciter l’aide de l’école des Mines (qui devrait à terme intégrer le capital de la start-up) ainsi que Bpifrance, via cette fois la Bourse French Tech Emergence, une subvention publique qui accompagne les jeunes pousses en phase d’amorçage.

Sophia Antipolis # Deeptech # Textile et mode # Gestion des déchets et recyclage # Start-up # Transition écologique # Innovation