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La deeptech Sysnav mise sur le mouvement pour atteindre 50 millions d’euros de chiffre d’affaires
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La deeptech Sysnav mise sur le mouvement pour atteindre 50 millions d’euros de chiffre d’affaires

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Basée à Vernon, Sysnav, qui a développé plusieurs solutions dans les domaines de la santé, de la Défense et de l’industrie sur la base de la mesure du mouvement, affiche de fortes ambitions : entre le doublement du chiffre d’affaires d’ici 5 ans, celui des effectifs et l’extension des locaux, la deeptech n’a pas fini sa phase de lancement. Et vise la croissance externe pour étoffer sa gamme.

David Vissière, fondateur de la PME Sysnav, une deeptech basée à Vernon (Eure), présentant (de droite à gauche) le dispositif SafeGuard de protection du travailleur isolé, le dispositif Syde pour les essais cliniques et BlueForce pour équiper les véhicules — Photo : DR

C’est une de ces pépites dont Vernon (Eure) a le secret. Sysnav, fondée en 2008 par David Vissière, est une deeptech, qui se caractérise par une technologie de rupture dans la mesure du mouvement, qu’elle applique dans les trois domaines du médical, de la sécurité routière et de l’industrie, avec la protection du travailleur isolé (PTI).

Atteindre 50 millions d’euros de chiffre d’affaires en 5 ans

Déjà porté par une belle progression qui avait vu le chiffre d’affaires doubler entre 2020 et 2025, passant de 10,5 millions d’euros à plus de 20 millions d’euros, Sysnav poursuit la même dynamique de croissance avec l’ambition d’atteindre les 50 millions d’euros d’ici cinq ans. "On s’est donné comme objectif de doubler notre activité en suivant une croissance supérieure à 15 % par an en moyenne, notamment par croissance organique de nos activités actuelles, en restant à la fois sur nos marchés existants et en abordant des marchés connexes", annonce le dirigeant, qui partage le capital de l’entreprise avec les deux autres fondateurs, Pierre-Jean Bristeau, et Mathieu Hillion, et des salariés.

Mais l’objectif des 50 millions d’euros ne pourra être atteint qu’à travers une consolidation de l’offre permise par une stratégie de croissance externe. "Concernant notre solution permettant de géolocaliser avec haute précision un travailleur isolé, le marché est très segmenté, observe David Vissière. Certains clients, pour des raisons économiques, peuvent avoir l’utilité de solutions low-cost fondées sur du logiciel ou un hardware dédié pour renforcer l’autonomie ou la robustesse, mais sans fonctionnalité réellement supplémentaire. D’où l’intérêt d’avoir un complément de gamme, afin de pouvoir offrir plusieurs niveaux de solutions". Sysnav vise ainsi une logique de croissance programmatique et, en ce sens, cherche des partenaires susceptibles de compléter son offre produit.

Trois millions d’euros pour un nouveau site

Le doublement des effectifs, actuellement de 120 collaborateurs pour monter à 240, accompagnera cette croissance exponentielle. La part R & D, qui représente 70 % de l’activité de l’entreprise, mobilise entre 70 et 80 personnes. "Dans le médical, l’essentiel de notre activité est une activité de recherche, souligne le dirigeant. La majorité des effectifs (80 %) a suivi une formation type grandes écoles et les nouveaux arrivants viennent pour beaucoup de celles implantées sur le plateau de Saclay, qui héberge désormais Polytechnique, Centrale et HEC. Pour attirer les talents, la passion pour la technologie et l’exigence cultivée dans l’entreprise motivent, associées à une grande facilité de déplacement depuis Paris".

Les locaux actuels de l'entreprise Sysnav, basée à Vernon depuis 2021 — Photo : DR

Les recrutements auront comme conséquence naturelle de devoir agrandir les murs. "Nous prévoyons d’investir environ trois millions d’euros afin de doubler notre surface, de 1 500 m² à 3 000 m²", résume David Vissière.

La mesure du mouvement en essais cliniques

Chez Sysnav, la capture du mouvement est déclinée en plusieurs programmes. L’essentiel de son l’activité (entre la moitié et les deux tiers de son chiffre d’affaires) est consacré à un système de mesure médical employé lors d’essais cliniques, le dispositif "Syde".

Les dispositifs Syde de mesure du mouvement des patients, conçus par Sysnav, se présentent sous forme de montres que le patient porte au poignet — Photo : E.H.A

"Syde mesure l’efficacité des traitements conçus par nos clients, les laboratoires pharmaceutiques, pour répondre à des pathologies qui altèrent la fonction motrice des patients, présente David Vissière. Nos appareils mesurent très précisément le mouvement d’un bras ou d’une jambe d’un patient et l’évolution de la qualité de ce mouvement". Sysnav est en mesure de produire entre 5 000 et 6 000 unités par an pour un marché massivement (95 %) réalisé à l’export, majoritairement vers les États-Unis, mais aussi le reste de l’Europe et l’Asie avec le Japon, la Corée du Sud et la Chine.

Des véhicules radars pour le ministère de l’Intérieur

Sysnav déploie également un programme "véhicules", qui se divise en plusieurs applications : d’une part, le "Blueforce", une solution anti collisions. "Dans un aéroport, les principaux risques pour le personnel viennent du sol, rappelle le dirigeant. Le groupe ADP (Aéroports de Paris) a équipé tous ses véhicules au sol de nos boîtiers Blueforce permettant de les localiser".

Le dispositif "BlueForce" de Sysnav dont le groupe ADP (Aéroports de Paris) a équipé ses véhicules au sol — Photo : E.H.A

L’autre application véhicules est consacrée à la sécurité routière, laquelle absorbe environ un tiers du chiffre d’affaires de Sysnav. L’entreprise a conçu, pour le ministère de l’Intérieur, des kits d’externalisation des véhicules radars autonomes. "Le véhicule en circulation reconnaît les panneaux de signalisation, détaille David Vissière. À partir de là, il est capable de créer à la fois une information de vitesse et une base de données des vitesses : ces deux éléments vont paramétrer le radar qui adaptera automatiquement sa vitesse de contrôle à la zone qu’il traverse. Cette solution a permis de remplacer le deuxième officier de police dans le véhicule, celui qui paramétrait l’interface du radar". À ce jour, environ 300 véhicules du ministère de l’intérieur sont pourvus de ces systèmes.

Quant aux véhicules autonomes, Sysnav travaille sur le sujet depuis 2018. "On avance pour arriver à une solution qui n’est pas commercialisée à date, mais qui pourra voir le jour avec l’appui d’un constructeur automobile, annonce le chef d’entreprise. Ça fait partie des sujet en amont en maturation avec une question de phasage par rapport au marché";

Une technologie innovante de géolocalisation

Enfin, une part très réduite (10 % du chiffre d’affaires) de l’activité de Sysnav est consacrée à la protection du travailleur isolé. C’est pourtant la technologie qui a irrigué les autres programmes de l’entreprise. "C’est la première technologie brevetée par Sysnav, sur laquelle on travaille en continu depuis l’origine de l’entreprise et que l’on pourrait retrouver dans la mesure du mouvement dans le médical", constate David Vissière.

Le dispositif SafeGuard, conçu pour la protection du travailleur isolé, permet de géolocaliser un individu en zone blanche ou en l’absence de signal GPS, avec une marge d’erreur de l’ordre de 1 % — Photo : CHOUKHRI DJE

Le dispositif "SafeGuard" de protection du travailleur isolé a été développé à partir de la navigation magnéto-inertielle. Celle-ci repose sur la navigation à l’estime (mesure à partir du point de départ, de la vitesse de déplacement et de la trajectoire) combinée à un positionnement absolu. Autrement dit, Sysnav prévoit une trajectoire, estime la distance de déplacement du sujet et la direction. Ce qui permet de géolocaliser un travailleur muni du dispositif sous forme de capteur portatif évoluant en zone blanche ou sur un site industriel en l’absence d’un signal GPS, avec une marge d’erreur de moins de 1 %.

300 000 à 400 000 travailleurs concernés

"Sur 20 millions de travailleurs en France, 3 millions sont des travailleurs isolés, dont 10 % sont équipés d’un système permettant de les secourir en cas de malaise ou d’accident, soit une population que l’on estime entre 300 000 et 400 000 personnes qui emploient éventuellement une application sur téléphone ne permettant pas la localisation à l’échelle d’un site industriel, estime David Vissière. Pour que les entreprises soient prêtes à accueillir un système comme le nôtre, il a fallu une évolution des mentalités qui s’est faite par une succession de révolutions : la digitalisation des flux, les réseaux privés ont concouru à ce que notre offre de protection du travailleur soit bien accueillie par le marché". Les employés de Butachimie à Chalampé (Haut-Rhin), puis ceux d’ArcelorMittal du site de Gandrange (Moselle) ont expérimenté depuis 2025 le SafeGuard de Sysnav.

Le LocIndoor (la version militaire du SafeGuard, destiné à la protection du travailleur isolé), est toujours en phase de développement — Photo : DR

Une application militaire intégrée à un programme de défense

La technologie mise en œuvre pour le travailleur isolé connaît également une application militaire pour géolocaliser ses soldats : le LocIndoor, qui fait partie des études du programme Centurion de la Direction Générale de l’Armement (DGA), destiné à préparer l’équipement du combattant du futur. À ce titre, le LocIndoor a remporté le 52ᵉ Prix AAT – Ingénieur général Chanson, en décembre 2025. "Le message que nous a transmis la DGA avec ce prix, c’est clairement une volonté de nous accompagner vers une logique d’utilisation de cette innovation dans un passage à l’échelle". En termes de délai, David Vissière vise une année pour que de premiers prototypes soient présentés aux acteurs concernés et deux ans pour que les militaires aient pu prendre en main des premiers systèmes susceptibles de servir dans un déploiement significatif.

Les marchés de niche font sa force

Loin de considérer que les marchés de niche constituent autant d’obstacles, David Vissière y voit une force. "Quand on se positionne sur un marché de niche, la barrière à l’entrée réside dans l’effort et la complexité pour construire la solution, analyse David Vissière. Mais si on mutualise la base technologique comme nous le faisons sur des marchés de niche orientés sur des secteurs assez différents sur un plan marché-client, on lève cette barrière. L’équipe est transverse et fait des passages permanents d’un domaine à l’autre".

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