Pour la première fois de l'histoire, Vannes, Lorient et Quimper réfléchissent à créer des partenariats économiques afin de peser face aux grandes instances que sont Rennes et Nantes. Des capitales économiques qui pourraient capter la majorité des budgets nationaux et européens liés aux investissements d'avenir: centres de recherche, transferts de technologies, éducation, innovation... Ligne à grande vitesse et aéroport du Grand Ouest offriront aussi à ces métropoles la possibilité de prendre encore plus de poids. Sans ce front commun des agglomérations moyennes de Bretagne, le risque est de voir le territoire se désertifier économiquement.
Atteindre une taille critique
Vannes, Lorient et Quimper sont déjà entrées en résistance. Ensemble, les trois technopôles financent les travaux d'un thésard, Clément Marinos. «L'idée est de voir quelle taille critique on obtiendrait en travaillant ensemble et sur quels axes nous pourrions développer des projets communs», explique Michel Brébion, directeur de la technopôle vannetaise Vipe
, lucide sur le caractère inéluctable du phénomène de métropolisation. Se tourner vers les capitales bretonne ou ligérienne pour développer des projets aurait pour effet une cannibalisation des petites et moyennes agglomérations. «Plutôt que de se battre contre Rennes et Nantes, nous devons continuer
d'amplifier une dynamique de territoire», observe Philippe Leblanche, directeur de l'Audélor, agence économique du pays de Lorient. À la technopole de Quimper, on loue aussi cette coopération. «Au sein du réseau informel des sept technopoles bretonnes, nous travaillons toutes ensemble», explique Michelle Jéquel, en charge de la communication. Mais les liens sont évidemment plus denses avec les voisins brestois et lorientais: «Nous organisons souvent des manifestations communes avec le technopôle de Brest. C'est assez naturel, étant dans le même département», observe-t-elle. «Avec Lorient, nous sommes en lien avec un laboratoire de L'Université de Bretagne Sud sur l'ingénierie des matériaux, le LIMATB, dans le cadre du réseau des industriels de l'emballage Breizpack, basé à Quimper».
Le financement des projets
Brest, Morlaix et Lannion ont signé début décembre une convention d'entente intercommunautaire. À l'image de celle signées entre Brest et Quimper ou encore Brest et Rennes. Un outil de cohésion territoriale dont les thèmes de travail évoquent notamment l'innovation. «Les entreprises travaillent déjà entre elles», ajoute Cyrille Le Galliard, directeur du développement économique de Morlaix Communauté. «Il est logique que les collectivités aient le même type de relations.»
L'enjeu? Les financements des projets de la pointe bretonne. S'allier permet d'aller chercher des fonds européens ou des contrats État/Région. Derrière ce rapprochement stratégique se joue aussi l'équilibre des territoires face à Nantes et Rennes. «Il ne s'agit pas d'une notion de concurrence, se défend Cyrille Le Galliard. Nous défendons simplement notre territoire et ses compétences. À plusieurs, nos voix ont plus d'échos et de poids.» «Ici, le développement existe par le biais des TPE et des PME, nous cherchons des solutions pour exister à long terme», complète Hervé Cuvelier, P-dg de Uship à Plougoumelen et président de la SFLD, la société de Capital Risque de Lorient développement. Si les villes moyennes font preuve d'immobilisme, elles risquent à terme de voir leur territoire vivre d'économie résidentielle. Or, l'économie productive est nécessaire pour créer des emplois et de l'attractivité. D'après le géographe Jean Ollivro (lire plus bas), les territoires doivent marquer leurs différences avec les capitales régionales, mettre en avant leurs spécificités et éviter toute concurrence. À Morlaix, ce sont les biotechnologies qui se démarquent. «Nous avions remarqué que beaucoup d'applications de recherches menées à la station biologique de Roscoff se concrétisaient ailleurs qu'en Bretagne et même hors de France. Nous avions sous nos yeux des compétences reconnues mondialement. Depuis 2007, nous avons créé cette filière en nous basant sur l'existant», raconte le directeur du développement économique. Aujourd'hui cinq entreprises de biotechnologies sont installées à Morlaix et Roscoff. «Il n'y a pas encore de poids au niveau de l'emploi, mais cela nous donne une visibilité dans un domaine très pointu».
L'heure est à la coopération. Pour peser face à ''émergence des métropoles nantaise et rennaise, les villes moyennes organisent un front commun Sinon, le risque est de se voir arracher de nombreuses lignes de crédits ou de projets ''envergures.