19 ministres, 15 ministres délégués et 5 secrétaires d’État : le gouvernement de Michel Barnier est constitué. Voici les ministres qui sont les plus en prise avec les entreprises.
Antoine Armand : un Haut-Savoyard à Bercy
"Notre travail à nous, dans ce monde, c’est de faciliter la tâche des entreprises, de celles et ceux qui y travaillent", a lancé, dimanche, le nouveau ministre de l’Économie Antoine Armand à l’occasion de son arrivée à Bercy à la place de Bruno Le Maire. À 33 ans, ce spécialiste des questions énergétiques, arrière-petit-fils du haut fonctionnaire et résistant Louis Armand, avait été désigné, cet été, président de la Commission des affaires économiques à l’Assemblée nationale.
Après avoir été responsable départemental d’En Marche en Haute-Savoie, il a été élu député pour la première fois dans la deuxième circonscription de Haute-Savoie en 2022 et a conservé son siège lors des dernières législatives. Cet énarque, ancien inspecteur des finances, sait qu’il arrive dans un contexte économique très délicat.
"Je ne serai pas le ministre de la confiscation fiscale"
Dans une interview au JDD, il a déjà esquissé quelques lignes de sa politique. "Je ne serai pas le ministre de la confiscation fiscale, ni celui du sous-investissement dans notre avenir économique et écologique" a-t-il notamment dit. Dans un contexte budgétaire très serré il affirme que "(nous) devons baisser la dépense publique et la rendre plus efficace". Souhaitant "faire en sorte que tous les Français qui travaillent aient un salaire décent", il est partisan d’une "Europe forte" et ne renie pas l’héritage de son prédécesseur : "le chômage de masse était le fléau de la France, nous n’en parlons plus en tant que tel […] la France est devenue le pays le plus attractif d’Europe".
Marc Ferracci, un proche de Macron à l’Industrie
Rattaché à Antoine Armand, Marc Ferracci, 46 ans, un très proche du chef de l’État, est le nouveau ministre délégué en charge de l’Industrie. Député des Français de la Suisse et du Liechtenstein élu en 2022 sous l’étiquette Ensemble-LREM et réélu en juin 2024, il a été coauteur du programme pour l’emploi lors de la campagne d’Emmanuel Macron en 2017, puis a œuvré auprès de la ministre du Travail Muriel Pénicaud et du Premier ministre Jean Castex. Né en Seine-Saint-Denis, il est diplômé d’HEC et docteur en sciences économiques. Il s’était notamment prononcé contre les aides à l’embauche pour les apprentis de l’enseignement supérieur dans une tribune publiée en avril dernier dans le journal Le Monde. Il est l’instigateur des réformes de l’assurance chômage.
Le Tourisme dans les mains de la Savoyarde Marina Ferrari
C’est la bonne surprise pour les professionnels du tourisme qui ont salué sa nomination. Ce secteur économique, stratégique pour la France qui a accueilli 98 millions de visiteurs en 2023, aura un ministre (délégué) qui lui sera entièrement dédié (sans autre délégation) par l’intermédiaire de Marina Ferrari, directement rattachée à Bercy. Ce n’était pas arrivé depuis Léon Bertrand sous la présidence de Jacques Chirac.
Âgée de 50 ans, cette députée Modem de Savoie (réélue en 2024), née à Aix-les-Bains, était depuis février secrétaire d’État chargée du Numérique. Pro-européenne, elle a été l’autrice d’un rapport parlementaire sur la nécessité de rénover l’immobilier des stations de ski. "Je mettrai toutes mes forces et mon énergie pour en être digne, au service de tous les acteurs du Tourisme", a-t-elle écrit sur le réseau social X, peu après sa nomination. "Le tourisme […] c’est une fierté française" et "c’est un moteur économique puissant", a déclaré la nouvelle ministre, dimanche à Bercy, lors de la passation de pouvoir.
La Normande Marie-Agnès Poussier-Winsback à l’ESS
Également rattachée au ministre de l’Économie, Marie-Agnès Poussier-Winsback est nommée ministre déléguée chargée de l’Économie sociale et solidaire, de l’Intéressement et de la Participation. Conseillère régionale en Normandie de 2010 à 2022, elle a été maire de Fécamp, en Seine-Maritime. Chargée de mission au conseil général de Seine-Maritime et professeur d’économie dans un lycée du Havre, elle s’engage en politique à la fin des années 1980. D’abord au RPR à l’UMP et aux Républicains, et depuis 2021 au sein d’Horizons.
Le Toulousain Laurent Saint-Martin au Budget
Laurent Saint-Martin, 39 ans, natif de Toulouse, est le nouveau ministre du Budget et des Comptes Publics. Il aura la lourde tâche de s’occuper du projet loi de finances 2025 et sera rattaché au Premier ministre pour cette mission. Ancien membre du Parti socialiste de 2009 à 2012, il a rejoint le camp macroniste en 2016. Élu député dans le Val-de-Marne avant d’être défait par l’Insoumis Louis Boyard en 2022, il était conseiller régional en Île-de-France depuis 2021.
Cet homme est un spécialiste du monde de l’entreprise. Il est passé par Bpifrance, Euronext et été nommé directeur général de Business France, chargé de la direction exécutive de l’agence en France et à l’étranger. Le 15 janvier 2020, il avait aussi été élu rapporteur général de la commission des Finances de l’Assemblée nationale à l’unanimité.
"On ne redresse pas structurellement les finances publiques d’un pays sans d’abord relancer son activité"
Lors de la cérémonie de passation avec son prédécesseur Thiery Cazenave, le nouveau ministre a annoncé la couleur : "Il y aura des choix forts à assumer !" "On ne redresse pas structurellement les finances publiques d’un pays sans d’abord relancer son activité, sans d’abord retrouver son attractivité et sa compétitivité", a-t-il également indiqué. Pour lui, l’urgence est "de faire face à un nouveau défi collectif, reprendre le chemin de la souveraineté et de l’indépendance en maîtrisant (nos) finances publiques."
Astrid Panosyan-Bouvet, une spécialiste des questions de travail et d’emploi
La nouvelle ministre du Travail et de l’Emploi se nomme Astrid Panosyan-Bouvet, âgée de 53 ans, diplômée de HEC, Sciences Po et de la Harvard Kennedy School of Government, à Boston. Députée (Renaissance) de Paris depuis 2022, elle succède à Catherine Vautrin. Ancienne du PS, cette proche d’Emmanuel Macron dont elle a été la conseillère pour l’attractivité économique et les investissements internationaux, suivait particulièrement ces thématiques à l’Assemblée nationale.
Parmi ses priorités, elle devra notamment s’attaquer à l’assurance-chômage dont les règles d’indemnisation des demandeurs d’emploi arrivent à échéance le 31 octobre. Elle s’était montrée plutôt critique avec les mesures décidées par Gabriel Attal (suspendues avec la dissolution). Ce que les syndicats n’ont pas oublié, comme l’a rappelé la secrétaire générale de la CGT, Sophie Binet, dimanche sur BFMTV : "J’espère qu’elle va être constante avec cette position et qu’elle va faire en sorte d’enterrer définitivement" la dernière réforme de l’assurance chômage.
Aimant citer l’exemple des pays scandinaves en matière de politique sociale et d’emploi, Astrid Panosyan-Bouvet, qui a travaillé chez Groupama et Unibail-Rodamco, aura également sur son bureau l’épineux dossier des retraites et la question des bas salaires.
La Nordiste Valérie Létard au Logement
Proche de Jean-Louis Borloo, secrétaire d’État sous Sarkozy, Valérie Létard est la nouvelle ministre du Logement et de la Rénovation urbaine. Originaire des Hauts-de-France, elle a exercé de nombreux mandats dans cette région. Présidente de la communauté d’agglomération de Valenciennes, elle a aussi été conseillère départementale du Nord et vice-présidente du conseil régional des Hauts-de-France. Au niveau national, cette centriste a siégé à l’Assemblée Nationale et au Sénat, dont elle a été vice-présidente entre 2017 et 2023.
La Transition écologique pour Agnès Pannier-Runacher
Agnès Pannier-Runacher est à la nouvelle ministre de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat et de la Prévention des risques, succédant à Christophe Béchu. Diplômée de Sciences-Po, de HEC et de l’ENA, elle a évolué dans la fonction publique (Hôpitaux de Paris et Caisse des Dépôts) ainsi que dans des entreprises. Cadre chez Faurecia, elle a été directrice générale déléguée de la Compagnie des Alpes. Macroniste de la première heure, elle est nommée secrétaire d’État en 2018 (à la reconquête industrielle), ministre déléguée en 2020 (à l’industrie), ministre de la Transition Énergétique en 2022, puis ministre déléguée à l’agriculture dans le gouvernement Attal. Sans aucune expérience politique avant ces différentes nominations, elle a été élue députée du Pas-de-Calais en juillet dernier.
L’Agriculture pour Annie Genevard
Annie Genevard est nommée ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de la Forêt. Originaire du Doubs, cette professeure de lettres a commencé sa carrière politique dans les années 1990 à Morteau. Maire de cette commune durant 15 ans, elle a aussi été conseillère régionale de Franche-Comté et députée du Doubs. Deux fois vice-présidente de l’Assemblée nationale, elle est l’une des cadres des Républicains.
L’entrepreneuse Clara Chappaz à l’IA et au Numérique
Rattachée au ministre de l’Enseignement supérieur, Clara Chappaz est nommée secrétaire d’État chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique. Âgée de 35 ans, diplômée de l’Essec et de Harvard Business School, cette entrepreneuse connaît bien la "start-up nation" chère à Emmanuel Macron, pour avoir été directrice générale de la Mission French Tech entre 2021 et 2024. Elle a aussi été directrice commerciale de Vestiaire Collective, une plateforme en ligne de mode de seconde main, basée à Paris.
La Nantaise Laurence Garnier à la Consommation
Sénatrice LR de Loire-Atlantique (depuis 2020), vice-présidente du conseil régional des Pays de la Loire (2015-2020) et conseillère municipale de Nantes (depuis 2008), Laurence Garnier est nommée secrétaire d’État chargée de la Consommation. Elle est rattachée au ministre de l’Économie.