L'histoire entre la Bretagne et le Québec a beau durer depuis quatre siècles, des liens restent toujours à tisser. À l'instar de ceux développés récemment (depuis 2011) entre Rennes Métropole, Saint-Malo, Montréal et Québec. Une convention d'affaires d'opportunités digitales a même eu lieu en octobre 2014, car les territoires ont visiblement des traits communs. On le constate jusqu'à l'université de Matane, ville de près de 15 000 habitants du Bas Saint-Laurent. « Nous avons 200 étudiants français qui étudient ici », signale fièrement son maire, Jérôme Landry. Ils apprennent la 3D, le design, la réalisation de films d'animation en stop motion... Ce qui rappelle des entreprises rennaises comme Dynamixyz ou le studio Vivement Lundi. « Nos territoires sont confrontés à des enjeux similaires », souligne-t-on au sein de la collectivité rennaise.
Bienvenue !
Le maire de Québec Régis Labeaume en est convaincu, mais n'en mesure pas encore concrètement toutes les retombées. Il tend la main aux Français : « Je suis en train d'essayer de convaincre nos deux gouvernements pour relaxer les règles d'immigration envers les Français », explique l'élu qui affiche un taux de chômage faible à 4,3 %, « le plus bas du pays ». « Nous manquons de ressources humaines, de l'ingénieur physicien au personnel hôtelier. Nous avons aussi un avantage inexploité », annonce-t-il affichant un port à 15,65 m de tirant d'eau, mieux placé que Montréal. « Nous sommes une ville portuaire qui veut être reconnue comme telle ! »
Un avenir commun ?
Des secteurs d'activité communs offrent bien des potentiels comme le numérique donc, autour de l'image et du jeu vidéo (Québec recense 2 000 emplois dans le secteur) mais aussi l'éolien, la pêche et ses transformations, les algues et même la micro-brasserie ! Face à Brest, au bout de la péninsule gaspésienne - où l'on trouve d'ailleurs des produits de la biscuiterie finistérienne Filet Bleu -, une usine de pâles d'éoliennes se développe fortement et recrute. « Ils sont en phase de croissance passant de 300 à 450 emplois ! », note Daniel Côté, maire de Gaspé. À proximité, une start-up de 12 personnes vend ses freins d'éoliennes à base d'un alliage intégrant de la poudre de diamant. Le maire de Matane revendique de son côté « la première usine de transformation de crevettes au monde ». Royal Greenland, dont le siège est basé au Danemark, exporte 90 % du Québec vers l'Europe. Matane a même son usine de charcuterie : les Cuisines Gaspésiennes emploient 115 salariés. Encore un trait commun.
Un réveil
Avant tout partenariat international, on se regarde forcément un peu en chiens de faïence. « Nous avions parfois le sentiment d'être perçues comme des PME concurrentes », témoigne Valérie Cottereau d'Artefacto, qui a participé à un séjour d'affaires à Montréal en 2016. Les liens commencent à porter quelques fruits qui demandent encore à mûrir. « Nous venons d'être recontactés par une entreprise québécoise, ajoute la dirigeante rennaise. Nous avons justement envie d'avancer là-bas avec un partenaire sur place. La facilité de la langue nous aide. C'est en train de se réveiller et nous pourrons ensuite nous positionner sur Toronto et les États-Unis... »
Du business concret
Le groupe Le Duff a, lui, déjà posé des jalons sur place. Sa filiale industrielle de panification Bridor dispose de trois usines nord-américaines dont une à Montréal qui s'agrandit actuellement pour atteindre 55.000 m². Aux États-Unis voisins, Bridor double aussi actuellement sa surface pour atteindre 50.000 m². Expatriés sur place, des Bretons tentent aussi directement leur chance. C'est le cas de Bastien Poulain, un Rennais 33 ans qui a lancé avec brio un cola montréalais (ci-dessous). « Le Québec est une porte d'entrée naturelle pour les Français », note le fondateur québécois de la marque de vêtements sportswear haut de gamme Kanuk (125 emplois, 12,5 M€ de CA). Il y a deux ans, il l'a revendue à des jeunes. Son conseil business : ne pas trop parler et livrer à temps. « Il ne faut pas viser la masse mais le haut de la pyramide, ajoute l'homme d'affaires. En France, une marque ne meurt jamais ! C'est Bernard Tapie qui me l'a appris ; il a compris la valeur intrinsèque d'une marque, au-delà des chiffres. Vous avez la culture du luxe et êtes parmi les trois meilleurs pays au monde en valeur ajoutée par heure de travail. »
Un travail de réseau
Des réseaux oeuvrent aussi à renforcer les liens des deux côtés de l'Atlantique. À l'image du réseau malouin « Si tous les ports du monde... » dont le fondateur Loïc Frémont a fait de l'axe franco-québécois une de ses priorités de développement (lire ci-dessous). En sens inverse, des firmes québécoises ont aussi des intérêts bretons. C'est le cas de Giro, qui fournit aux réseaux de transport ses solutions de gestion de trafic. « Nous équipons le réseau Star pour Keolis Rennes et réalisons 80 % à l'export dont la moitié en Europe », confie son dirigeant associé Paul Hamelin, qui emploie 400 personnes.