Outre sa proximité linguistique, le Québec avait été identifié par la région Alsace dès 1998 comme une "porte d’entrée de l’Amérique du Nord". L’ancienne collectivité régionale y avait dépêché un consultant chargé de détecter des entreprises de cette province canadienne susceptibles de choisir la bande rhénane comme région d’implantation. À l’époque, la mondialisation n’en était encore qu’au stade embryonnaire et Donald Trump le simple personnage de sa propre sitcom.
Plusieurs implantations mais un fiasco industriel
Mais les liens n’ont jamais été rompus de chaque côté de l’Atlantique. Ils ont même été renforcés après le redécoupage des grandes régions sous la houlette de Jean Rottner, premier président du Grand Est. En 2022, l’élu signait une feuille de route commune avec la délégation générale du Québec pour la période 2022-2027. Avec plusieurs axes prioritaires dont le développement économique, l’entrepreneuriat, l’innovation, la transition écologique des territoires…
Ces dernières années, plusieurs projets de partenariats stratégiques interentreprises ainsi que l’implantation d’ETI et PME québécoises en Grand Est ont abouti comme Crescendo, qui développe des solutions de documentation électronique pour la santé. Mais aussi Drakkar, acteur spécialisé en transformation numérique, la legaltech Edilex, l’entreprise de cybersécurité PM Scada qui opère sous la marque Cyvault France, Fauve, cabinet RH implanté à Nancy et à Strasbourg, jusqu’à Loop Industries qui projetait de construire une usine de recyclage chimique du PET à Carling-Saint-Avold (Moselle) avec Suez et le sud-coréen SK Geo Centric. Un projet d’investissement chiffré à 440 millions d’euros et finalement suspendu depuis la fin 2024.
Des secteurs à haute valeur ajoutée ciblés
Malgré cet échec, l’axe n’a jamais été rompu entre la province du Canada et le Grand Est, qui occupe le 3e rang des régions françaises exportatrices, derrière l’Île-de-France et Auvergne-Rhône-Alpes. Via son agence régionale Grand Est Développement (ex-Grand E-Nov +), au service de la transformation industrielle des entreprises et des territoires, la collectivité territoriale ambitionne désormais de "renforcer le nombre et la qualité des investissements et partenariats" autour de quatre secteurs à forte valeur ajoutée "comme l’e-santé et les technologies médicales, l’industrie 5.0, le numérique et la bioéconomie". Pour cela, l’agence a créé, en mai 2023, le Hub Grand Est Transformation Québec, accélérateur de transformation, de business et d’innovation au service de l’attractivité de la région Grand Est et de ses entreprises qui veulent se lancer sur l’export en Amérique du Nord en démarrant par le Québec. La structure, qui dispose de bureaux à Montréal, s’occupe également de la recherche d’investisseurs québécois pour le Grand Est et du développement de partenariats entre zones d’innovations des deux territoires.
Rendez-vous à VivaTech 2025
Son cœur de cible ? "Les secteurs qui combinent à la fois une forte expertise, des compétences scientifiques et surtout des opportunités d’affaires en Europe. Les fonctions production et R & D sont privilégiées", fait-on savoir à la Région. Outre plusieurs missions de prospection menées par l’agence de l’autre côté de l’Atlantique, le président de la Région Grand Est, Franck Leroy, s’est lui aussi rendu dernièrement au Québec, pour favoriser de futures collaborations sur fond de menace de guerre commerciale brandie par Donald Trump avant de saluer chaleureusement l’élection de Mark Carney au poste de Premier ministre du Canada."Dans un monde secoué par l’instabilité, ce sursaut canadien force le respect et inspire les Européens que nous sommes", avait-il déclaré, fin avril, sur son profil LinkedIn. Les deux entités sont d’ailleurs appelées à se revoir rapidement. Dans le cadre du salon VivaTech 2025, courant juin à Paris, où une forte délégation québécoise est attendue.