Haute-Savoie
Propriétaire de Mobalpa, SoCoo'c, et Hygena, le groupe Fournier veut désormais meubler toute la maison
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Propriétaire de Mobalpa, SoCoo'c, et Hygena, le groupe Fournier veut désormais meubler toute la maison

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La lignée d'entrepreneurs issue de la famille Fournier-Bidoz a su bâtir un groupe international, puisant toujours ses racines en Haute-Savoie où ses ancêtres menuisiers ont commencé l'aventure. Avec un chiffre d'affaires de 500 millions d'euros en 2024, cet industriel 100 % familial a patiemment bâti un empire dans la cuisine et s'apprête à meubler les autres pièces de la maison...

Dans les années 1900, l'atelier familial emploie déjà 7 salariés. Les enfants présents sur la photo sont Henri et Marcel Fournier. — Photo : Fou d'images

Des entrepreneurs, qui comme les alpinistes de leur région des Alpes, ont su jongler entre prise de risque et prudence pour gravir les sommets, au plus près de la paroi... La montagne que la famille Fournier-Bidoz a gravie, n'a rien à envier au Mont-Blanc proche de leur berceau de Thônes (Haute-Savoie), là même où l'ancêtre Eugène, menuisier de son état, avait établi son atelier, au lieu-dit la Cour. Un atelier doté de sa scierie comme tant d'autres dans ce lieu où l'eau et le bois sont abondants et où en famille, on fabrique des skis, des chalets, des meubles de jardin et des buffets de cuisine...

La montagne, c'est la création du groupe Fournier (2 000 salariés, 500 M€ de CA en 2024), une entreprise aux capitaux 100 % familiaux et produisant exclusivement en France, construite patiemment, de façon quasi-modulaire, comme les cuisines qu'il fabrique sous les marques Mobalpa (comme "Mobilier des Alpes"), Perene, SoCoo'c, et Hygena.

Des enseignes créées ou rachetées au fil du temps pour couvrir tous les segments de marché. De la cuisine haut de gamme Perene aux aménagements bon marché d'Hygena, une marque récemment relancée pour contrer l'offensive des grandes surfaces du meuble et du bricolage (Ikea, Conforama, But, Leroy-Merlin, etc) dans leur pré carré. Sans oublier le spécialiste de la salle de bains Delpha.

Volonté précoce d'industrialisation

Un premier sommet important est franchi en 1945. A l'issue de près de trois décennies de règne, Eugène, le patriarche, transmet son patrimoine à ses trois fils. Des capitaux qui vont notamment permettre à ses enfants Marcel et Paul d'investir pour s'industrialiser dans l'immédiat après guerre, en mettant en place les premières maillons de la chaîne : usinage, montage et peinture. Tandis que leur frère Henri va voler de ses propres ailes à Annecy avant de ré-intégrer le giron familial en 1985, date du rachat de sa société par Fournier frères.

Les deux frères restés à La Cour unissent leurs compétences complémentaires (un profil de gestionnaire versus un profil de technicien) pour lancer une version moderne du buffet de cuisine en contreplaqué, assemblé en série. "Nous avons très tôt eu la volonté de nous industrialiser, même au stade artisanal de l'atelier d'Eugène, nous avions un catalogue de produits", raconte dans un sourire Philippe Croset, président du groupe, issu de la 4e génération et petit-fils de Marcel Fournier, par sa mère Christiane.

Saisir les bonnes "prises"

En parallèle, une mésaventure va donner un coup d'accélérateur à l'histoire familiale. En 1948, Marcel et Paul se retrouvent avec un stock de 50 buffets, une commande non honorée, qu'ils décident d'aller vendre eux-mêmes à la Foire de Paris. Sur leur modeste stand de 24 m2, à côté des berceaux de leur marque Babydor lancée au moment du babyboom par leur frère Henri, les meubles orphelins rencontrent un franc succès.

"Les frères s'aperçoivent que leurs buffets laqués blancs sont pile poil dans l'air du temps et bénéficient d'une forte émulation en présence de leurs concurrents", raconte Philippe Croset. Dans les années 50, l'atelier se transforme pour devenir une usine productiviste à l'américaine où l'on usine, on monte, on peint...mais où la scierie disparaît.

De l'usine au magasin

La première brique de l'industrialisation est scellée. En 1989, changement de dimension. Les frères Fournier lancent la construction de l'usine du Bray à Thônes, futur navire amiral du groupe. "70 000 m2 couverts 100 % autofinancés", souligne le dirigeant. Jusqu'au tournant des années 2020, les 3 usines du groupe sont situées en Haute Savoie, aux environs d'Annecy, avec le dernier né, le site d'Alex (24 000 m2 ; 90 M€ d'investissement en 2021) inauguré fin 2024. Mais la rareté du foncier dans les Alpes va contraindre l'entreprise à sortir de son berceau.

En projet, une nouvelle usine drômoise de 30 000 m2 à Alixan (Drôme), au nord-est de Valence, un investissement de 120 millions d'euros , dont la construction devrait démarrer prochainement.

Le site, qui produira pour toutes les marques du groupe haut-savoyard (Mobalpa, Hygena, Delpha, Perene, So Coo'c, …) pourra être agrandi à terme à 70 000 m² et employer jusqu'à 600 salariés.

Le groupe envisage d'investir 300 millions d'euros d'ici 2030 dont 70 % pour l'industrialisation de la production, avec "un endettement raisonnable", cette fois-ci.

Ouvrir 200 nouveaux magasins

Comme pour l'industrialisation, menée sans capitaux extérieurs ni recours à la sous-traitance, c'est la même volonté d'indépendance qui inspire la stratégie de distribution.

Jusque dans le début des années 1980, les cuisines du groupe sont commercialisées via une force de vente d'agents commerciaux dans des magasins multimarques. "Nous avons créé notre propre réseau pour Mobalpa pour ne plus être dépendants de magasins multi marques", déclare le président du groupe savoyard. Le groupe veut encore ouvrir 200 nouveaux magasins d'ici 2028, en France, en Belgique et en Espagne. Objectif : 30 % de chiffre d'affaires en plus pour Mobalpa, SoCoo'c et Perene.

Précurseurs

Après avoir quadrillé en tous sens le marché de la cuisine, le groupe flaire avec ce même 6° sens qui lui avait fait construire des meubles pour enfants dans l'après-guerre et utiliser le Formica dès le début des années 50, une nouvelle tendance au début des années 1990 : celle de la fin du meuble patrimonial, celui-là même que l'on se transmet de génération en génération mais qui justement commence à déserter les salons des plus jeunes.

"En 1995, nous nous lançons dans l'agencement sur mesure qui correspond mieux aux nouveaux modes de vie mobiles et aux superficies plus réduites", retrace Philippe Croset.

Des dressings et bibliothèques produits depuis 2024

Fort de son savoir-faire dans la fabrication de cuisines, pourquoi ne pas proposer aussi des dressings, des bibliothèques et autres meubles de salon et de chambre ? A l'automne 2024, l'usine d'Alex, située entre Thônes et le lac d'Annecy et spécialisée dans l'agencement sur-mesure de dressings et bibliothèques, est lancée. La seule marque Mobalpa devrait doubler son chiffre d'affaires sur ce segment, avec l'ambition d'atteindre 20 % de ses ventes en 2025-26.

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