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Projet de loi de finances 2026 : les CCI du Grand Est craignent un "choc économique majeur"
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Projet de loi de finances 2026 : les CCI du Grand Est craignent un "choc économique majeur"

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Le projet de loi de finances pour 2026 prévoit une nouvelle baisse des recettes allouées aux Chambres de commerce et d’industrie de 30 %. Dans le Grand Est, les 8 CCI du territoire s’unissent pour dénoncer une situation qui n’est "plus gérable" et appeler le Gouvernement à renoncer à cette trajectoire budgétaire.

Jean-Paul Hasseler est le président de la CCI du Grand Est — Photo : Frederic Maigrot / CCI - Frédéric MAIGROT / CCI - © Frédéric MAIGROT / CCI - Frederic MAIGROT / CCI

Si le projet de loi de finances pour 2026 est adopté, alors les Chambres de commerce et d’industrie devraient se séparer de 3 000 salariés à l’échelle nationale, craint le président de CCI France, Alain Di Crescenzo. Dans le Grand Est, cette coupe concernerait 150 salariés, sur 700 au total, d’après les chiffres de la CCI Grand Est. Le projet de loi, publié le 14 octobre 2025, prévoit en effet une baisse des recettes allouées aux CCI de 30 %. Une perte de 11,8 millions d’euros à l’échelle régionale, sur une ressource totale de 35,5 millions d’euros. "Il y en a marre. Marre de ne pas être entendus, considérés. Marre que l’État nous mente depuis 10 ans. Au niveau financier, ce projet de loi de finances nous met dans une situation qui n’est plus gérable", déplore Jean-Paul Hasseler, président de la CCI Grand Est.

Des baisses successives

"L’affaiblissement du réseau consulaire serait un choc économique majeur", prévient le réseau CCI Grand Est dans un communiqué. Depuis 2013, les CCI accusent en effet des baisses successives de leur budget, et ont déjà engagé une baisse de 56 % de leurs effectifs. Dans le Grand Est, le réseau est passé de 12 CCI et 1 200 salariés en 2017, à 8 CCI et 700 collaborateurs aujourd’hui. "Nous sommes un modèle de transformation : nous avons continué à faire le job, malgré ces coupes. Une nouvelle baisse entraînerait la fin des CCI telles qu’on les connaît aujourd’hui", pointe du doigt Jean-Paul Hasseler.

"Une baisse de nos ressources entraînera l’arrêt de nos missions de service public aux entreprises. C’est une mesure antiéconomique"

Dans le Grand Est, les CCI sensibilisent chaque année plus de 45 000 entreprises à des transitions numériques, écologiques, de ressources humaines, ou encore de développement international. Par ailleurs, près de 7 000 accompagnements individuels sont menés dans la Région annuellement. "Une baisse de nos ressources entraînera l’arrêt de nos missions de service public aux entreprises. C’est une mesure antiéconomique, injuste, inacceptable", ajoute le dirigeant.

Une création de valeur

D’après l’étude indépendante commandée par les CCI à OpinionWay, chaque euro investi dans les CCI générerait au moins 4 euros de valeur pour l’économie. "Dans le Grand Est, pour 35,5 millions d'euros de Taxe pour Frais de Chambre (NDLR : une contribution destinée au financement des chambres consulaires), il y a donc 160 millions d'euros de valeur créée", chiffre Jean-Paul Hasseler.

"Pour paraphraser notre Président national "il y a des circonstances où se taire c’est mentir". C’est un cri d’alarme, un cri de combat, car nous allons discuter de ce PLF avec notre première ligne de soutien, que sont les parlementaires", lance le président de la CCI Grand Est.

Président de la CCI Grand Nancy Métropole Meurthe-et-Moselle, François Pélissier dénonce une "punition inique et totalement contraire aux besoins des acteurs économiques". Et a par ailleurs annoncé démissionner de ses fonctions si le projet de loi de finances pour 2026 est adopté en l’État.

Des territoires et des filières menacés

"Toute remise en cause fragiliserait les entreprises du Grand Est dans leur capacité d’exporter", argumente Sylvain Convers, président la CCI Troyes et Aube. Le Grand Est est en effet la 3ème région exportatrice, avec 65 milliards d’euros d’exportation par an. À ce titre, les CCI annoncent avoir sensibilisé 4 800 entreprises à l’export et accompagné 150 sociétés dans leur développement à l’international, avec la structure CCI International Grand Est.

De son côté, Fabrice Genter, président de la CCI de Moselle, s’est montré notamment inquiet pour la filière automobile, qui représente 80 000 emplois et 800 entreprises dans la Région. "Dans le domaine transfrontalier, la CCI agit de concert avec ses partenaires allemands, belges, suisses et luxembourgeois pour soutenir la filière automobile", décrit la CCI Grand Est. "En dehors des CCI, aucun autre réseau n'accompagne les transformations de cette population de TPE-PME et la plupart de ces entreprises n'auraient pas les moyens de se payer les conseils et les accompagnements que leur prodiguent les CCI si ceux-ci n'étaient pas partiellement financés par des ressources publiques", complète Daniel Bixel, président par intérim de la CCI Alsace Eurométropole, qui accuserait la suppression de 50 emplois sur 270 si le texte était adopté.

32 000 personnes

"Dans les territoires ruraux, les CCI constituent souvent le dernier maillon public de proximité pour les entreprises et les collectivités. Il ne faut pas oublier que nous menons des actions sur le foncier. En Meuse et en Haute-Marne si nous ne sommes pas là, il ne se passera rien", assène Richard Papazoglou, président de la CCI Meuse-Haute-Marne.

Parmi leurs autres champs d’activité, les CCI du Grand Est forment plus de 32 000 personnes par an dont 3 000 apprentis : la CCI Grand Nancy Meurthe-et-Moselle a récemment annoncé à cet effet l’investissement de 16 millions d’euros pour un nouveau campus. "La CCI Grand Est et les présidents des CCI territoriales appellent le Gouvernement à renoncer à cette trajectoire budgétaire et à ouvrir un dialogue de fond sur le rôle des CCI dans la cohésion économique et territoriale", appuie le réseau régional.

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