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La refonte organisationnelle d'Ubisoft inquiète les salariés du studio bordelais
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La refonte organisationnelle d'Ubisoft inquiète les salariés du studio bordelais

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Une grève de trois jours a démarré ce mardi 10 février chez Ubisoft à Bordeaux. Ce mouvement s'inscrit dans une grogne générale touchant plusieurs studios en France, la firme de jeux vidéo traversant une crise majeure la poussant à se réorganiser. Dans les locaux du dernier né des studios d'Ubisoft, elle pousse les représentants syndicaux et les salariés à s'inquiéter pour leur avenir.

Plusieurs studios de développement de jeu vidéo Ubisoft ont entamé une grève de trois jours, dont celui de Bordeaux — Photo : Romain Béteille

La grogne monte. Ce mardi 10 février 2026, à l’appel des syndicats (STJV, CFE-CGC, CGT, Solidaires Informatique et Printemps écologique) du géant français du jeu vidéo Ubisoft, les salariés ont entamé une grève internationale de 3 jours, s’opposant à la cure d’austérité qui touche actuellement l’éditeur.

Cette grève touche plusieurs sites en France, dont celui de Bordeaux, dernier né des studios de développement locaux créé en 2017 et qui a coupé le ruban de ses nouveaux locaux en 2024. Une cinquantaine de personnes, salariées ou soutiens, étaient réunies ce matin devant les locaux bordelais de la firme, en pleine restructuration après l’échec des ventes de plusieurs projets emblématiques.

Ubisoft Bordeaux déménagé dans ses nouveaux locaux en 2024. — Photo : Romain Béteille

Une refonte qui inquiète Bordeaux

Cette dernière a conduit l’entreprise à annoncer le 21 janvier dernier une "refonte majeure de son organisation" qui passe par la création de cinq pôles ou "maisons créatives" auxquelles sont rattachés des studios et des licences de jeux vidéo spécifiques (comme Assassin's Creed, Far Cry ou Rainbow Six). D'autres studios dont celui de Bordeaux font partie d’un "network créatif". Ils ne sont pas rattachés à une licence en particulier mais sont décrits par l'entreprise comme possédant une "expertise créative transverse". Historiquement, le studio bordelais s'est construit "autour de trois pôles d'expertise : production, services en ligne et R & D", rappelle Jérémy Fourmaux.

L’inquiétude locale suite à cette réorganisation, qui passe par un plan de départs volontaires de 200 personnes au siège parisien d’Ubisoft, est d’autant plus palpable. Le studio bordelais manque pour l’heure de véritable projet locomotive. Ces dernières années, il avait pourtant piloté le développement d’un jeu de la licence phare du groupe, Assassin's Creed Mirage, sorti en 2023. Les équipes bordelaises craignent des licenciements dans les mois à venir.

"On espérait que la réorganisation rendrait les choses plus claires, mais c'est toujours aussi opaque."

"On se demande si les plans d’économies vont nous concerner. À date, les messages de la direction sont rassurants, mais on se questionne. Une bonne partie de nos effectifs est déjà en inter-projets (sans aucun projet affecté, NDLR), ces gens-là s’inquiètent", indique le représentent syndical et directeur technique au sein des équipes de développement d’Ubisoft Bordeaux. Pour Laura Turban, salariée d’Ubisoft Bordeaux et représentante locale du STJV (Syndicat des Travailleurs du Jeu Vidéo), "c’est très flou, On espérait que la réorganisation rendrait les choses plus claires, mais c’est toujours aussi opaque. On galère à trouver des mandats qui occupent suffisamment les équipes".

Se trouver une case

Derrière cette crainte de n’être mis dans aucun programme majeur, on retrouve le modèle bien particulier de la firme au logo en spirale, qui fonctionne via des équipes de projets, validés au préalable par la direction, ou via des mandats, des missions de soutien au développement de jeux dirigés par d’autres studios. "En réalité, cette incertitude concerne tous les studios du network créatif. Ici, beaucoup de choses étaient un peu en stand-by avec la restructuration en cours. Je pense qu’on aura encore probablement quelques difficultés à trouver des mandats ces prochains mois, le temps que tout se mette en place", poursuit Jérémy Fourmaux.

Le studio Ubisoft Bordeaux est notamment connu pour avoir travaillé sur la licence Assassin's Creed — Photo : Ubisoft

Le télétravail cristallise la colère

Une mesure de la direction cristallise le manque de dialogue et le management vertical régulièrement dénoncé par les syndicats, à Bordeaux comme ailleurs : le télétravail. La crise sanitaire de 2020, qui a poussé Ubisoft à faire passer ses salariés très rapidement en télétravail total, est loin derrière. En février 2025, Ubisoft Bordeaux avait déjà entamé une grève face au retour progressif au présentiel. "On venait d’achever une période de négociations sur l’intéressement, sans avoir obtenu d’accord. Ça fait quatre ans que les augmentations de salaire sont plus basses que l’inflation. On parle de salariés souvent jeunes, qui n’ont pas de salaire mirobolant, face à un parc immobilier et un coût de la vie qui se renchérit, notamment à Bordeaux. C’est difficile d’imaginer que ça va durer dans le temps", assure Jérémy Fourmaux.

Manque de dialogue

Pour Laura Turban, cette nouvelle tentative de retour au 100 % présentiel "cristallise le problème global de manque de dialogue avec la direction sur nos conditions de travail". Le dialogue, pourtant, n’est pas totalement rompu à Bordeaux, assure Jérémy Fourmaux. "Il est toujours là, la direction locale a aussi été surprise de certaines annonces non concertées. Mais ça reste tendu".

L’effectif bordelais compte aujourd’hui 350 à 380 salariés, et les perspectives ne vont pas vers sa croissance. "On voit des gens partir. Certains postes ne sont pas renouvelés, il y a très peu de recrutements", assure Laura Turban. La crainte d’une mise en concurrence avec d’autres studios du groupe du fait de cette nouvelle organisation, est de plus en plus prégnante au sein des équipes. La prochaine communication boursière d’Ubisoft, qui doit publier le 12 février prochain les résultats financiers de son troisième trimestre 2026, est attendue au tournant.

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