Privatisation de l’aéroport Nice Côte d’Azur : Estrosi veut un référendum

Privatisation de l’aéroport Nice Côte d’Azur : Estrosi veut un référendum

Farouche opposant à la privatisation de l’aéroport Nice Côte d’Azur, Christian Estrosi dévoile sa stratégie pour garder la main sur l’aéroport azuréen et annonce l’organisation d’un référendum local.

« Etes-vous pour la privatisation de l’aéroport Nice Côte d’Azur ? » C’est la question qui devrait être posée aux Niçois les 20 et 25 février prochains à travers un référendum local. Farouche opposant au projet de privatisation de la société Aéroport de la Côte d’Azur (ACA), que le projet de loi Macron autorise, Christian Estrosi, maire de Nice et président de la Métropole Nice Côte d’Azur, entend bien actionner tous les leviers à sa disposition pour empêcher une prise de participation majoritaire au capital de la société aéroportuaire par un investisseur privé, qui plus est étranger. Certes, l’avis ne sera que consultatif, mais « si la population de la cinquième ville de France s’y oppose, le gouvernement ne pourra pas la négliger ni la mépriser », assure Christian Estrosi.

Outil stratégique de développement économique
ACA gère les aéroports de Nice, Cannes et Saint-Tropez. Elle est détenue à 60% par l’Etat, à 25% par la CCI NCA et à 15% par les collectivités territoriales, à parts égales entre le conseil régional, le conseil général et la Métropole NCA. Bénéficiaire, elle rapporte 7 millions d'euros de dividende par an à ses actionnaires, dont 340.000 € à la Métropole. Mais, au-delà des chiffres, c’est avant tout sur le caractère stratégique de l’aéroport niçois que la collectivité souhaite garder la main. La deuxième plateforme aéroportuaire française constitue en effet l’un des principaux outils d’aménagement, de développement économique et d’attractivité du territoire azuréen. Un actif stratégique, relié à 130 destinations dans le monde, que l’élu refuse de céder à « un fond spéculatif à durée de vie limitée », évoquant ainsi le scénario toulousain et l’arrivée du consortium chinois Symbiose. Aussi compte-t-il déposer trois amendements pour instaurer un droit de préemption pour les collectivités locales avant tout transfert d’une partie du capital au secteur privé, limiter la prise de participation du privé qui ne pourra être que minoritaire et imposer la validation obligatoire du transfert par l’ensemble des actionnaires publics.

Un pack d’actionnaires ?
Si les amendements passent, il s’agira ensuite d’obtenir une minorité de blocage, estimée à 35 % du capital, ce qui suppose d’accroitre significativement la part de la Métropole et du conseil général, main de la main dans cette opération. Avec quel argent ? La solution, pour Christian Estrosi, prendra la forme d’un pack d’actionnaires, constitué de partenaires privés français et « pourquoi pas de simples citoyens niçois » qui accepteraient que « la collectivité conserve son pouvoir de décision et reste maître de son destin ». Encore faut-il que la CCI accepte de céder ses parts ! Les grandes difficultés budgétaires que rencontrent les chambres consulaires, suite à la loi de finances 2015 qui impose une réduction de leur budget ainsi qu’une ponction sur leur fonds de réserve, pourraient en effet pousser l’institution niçoise à aller dans ce sens. « Il y a aujourd’hui trop de variables d’entrée pour arrêter une décision quant à la cession de tout ou partie de nos titres, avance Bernard Kleynhoff, président de la CCI NCA. Toutefois, si la vente entre dans le cadre d’un projet industriel ayant l’objectif de développer l’activité économique de nos entreprises et l’attractivité du territoire, ce qui est le cas avec la Métropole et le conseil général, pourquoi pas. Par contre, si les acheteurs sont, comme c’est le cas à Toulouse, des chinois qui veulent faire de notre aéroport une machine à cash ou un hub régional, c’est non. »
« Par expérience, conclut l’élu, quand il y a une forte résistance, soit on recule et on abandonne, soit on privilégie le dialogue afin de chercher un accord avec les parties. Sans cette résistance, c’est la loi du plus fort qui l’emporte. Or, dans cette histoire, je ne serai pas le plus faible. » Une fois encore, Christian Estrosi montre les muscles pour entrer en négociation avec l’Etat, mais difficile de prédire s’il aura gain de cause tant les aléas prédominent.