A quatre mois de la présidentielle, le Journal des entreprises et TMO Régions ont voulu prendre le pouls au sein même des PME en interrogeant près de 1.200 dirigeants et cadres. Le résultat est sévère pour le président en place: une majorité des personnes interrogées (53%) jugent le bilan économique de Nicolas Sarkozy négatif ou très négatif. 7% seulement le disent positif ou très positif. «On peut parler d'un quinquennat décevant aux yeux d'un public largement acquis à la droite», commente Jacques Bonneau, le directeur associé de TMO Régions. Comment celui qui avait séduit en 2007 par son volontarisme a-t-il pu en arriver à une telle perte de confiance auprès d'un électorat a priori favorable? «Nicolas Sarkozy a souffert de trois effets», selon Jacques Bonneau: «Une situation économique très défavorable, des difficultés d'image dès le début du mandat, une déception par rapport à ce qui a été réalisé sur le plan économique».
Trop proche des grands groupes
Cadres et dirigeants des PME reprochent au président en place de ne pas avoir été assez proche des préoccupations des entreprises (pour 51% d'entre eux). Pire, les deux tiers estiment qu'il a d'abord agi dans l'intérêt des grands groupes. «On pointe là le fossé entre deux économies, celle des entreprises impliquées dans le réel et celle de la finance», souligne le directeur associé de TMO régions. «Dans ce clivage, le monde des entrepreneurs rejoint la gauche et tous ceux qui se disent choqués par la rémunération des grands patrons et les dérives de la finance internationale.» Seul point de consolation pour Nicolas Sarkozy: 55% de notre panel estiment qu'il «est à la hauteur de la situation» dans la gestion de la crise économique. «Les gens reconnaissent qu'il mouille sa chemise», note Jacques Bonneau. «Mais ce n'est pas non plus un plébiscite». A l'heure où il rend sa copie, Nicolas Sarkozy n'est bien noté sur aucune des mesures phares de son action économique. Même la réforme des retraites n'est jugée «très positive» que par un tiers des cadres et dirigeants de PME. Elle reçoit la note de 6,1 sur 10, derrière la réduction de l'ISF pour investissement dans les PME et le Crédit impôt recherche associé au dispositif Jeune entreprise innovante, les deux mesures les mieux notées.
Sarkozy malgré tout
La réforme de la taxe professionnelle (52%), la mise en oeuvre du Grand emprunt (54%) et les plans de rigueur successifs (58%) recueillent une majorité d'avis négatifs et une note tout juste autour de la moyenne. «Nos répondants ne croient pas à l'efficacité des plans de rigueur». Le bouclier fiscal, lui, fait les frais de sa difficile mise en oeuvre: «C'est le type même de mesure jugée comme un cadeau électoral.» Avec un tel bulletin de notes, Nicolas Sarkozy va-t-il subir un désaveu de cette partie de l'électorat au printemps? Pas sûr. 44% des personnes interrogées le jugent malgré tout comme le plus apte, parmi les candidats déclarés, à négocier une sortie de crise. Hollande (11%) et Bayrou (9%) sont loin derrière. «Mais attention, 29% ne s'expriment pas sur cette question: une forme de désaveu pour le candidat naturel du monde de l'entreprise», tempère le directeur associé de TMO Régions. Alors qu'ils pointent du doigt la médiocrité du débat économique actuel (seuls 6% l'estiment à la hauteur de leurs attentes), les cadres et dirigeants de PME sont tout de même 40% à penser que le prochain président n'aura pas la capacité à peser sur la conjoncture économique. Ils attendent que l'élu de mai aille plus loin dans la réduction du train de vie de l'Etat et qu'il envisage le plafonnement des salaires des grands patrons. Si 89% pensent que les mesures d'austérité vont peser sur la croissance française, le monde des PME reste étonnamment optimiste pour les six mois à venir: seuls 26% des interrogés sont pessimistes ou très pessimistes. Si la confiance des entrepreneurs à l'égard des politiques s'étiole, leur capacité à rebondir, elle, est toujours vive.
Une enquête auprès de 1.185 dirigeants et cadres de PME
L'enquête Journal des entreprises-TMO Régions a été réalisée en ligne auprès de 1.185 dirigeants et cadres d'entreprise du 2 au 15 décembre 2011, lecteurs du Journal des Entreprises, dans les dix régions où est présent notre journal. 39% des répondants exercent des responsabilités au sein d'entreprises de moins de 10 salariés, 32% dans des entreprises de 10 à 49 salariés et 29% dans des entreprises de 50 salariés et plus.