Pourquoi Lubrizol réorganise sa production sur ses sites normands
# Chimie # Suppressions d'emplois

Pourquoi Lubrizol réorganise sa production sur ses sites normands

S'abonner

Lubrizol France a annoncé jeudi 6 février, au cours d’un comité social d’entreprise extraordinaire, une restructuration de ses activités en France notamment sur son site principal en Europe de Rouen, mais aussi sur celui du Havre. En cause, une baisse de la demande sur le marché des additifs pour carburants et des problèmes de compétitivité face aux contraintes industrielles imposées par l’Europe en matière de transition énergétique.

Le géant américain de la chimie envisage la suppression de 169 postes en France, dont 145 sur les 367 postes à Rouen — Photo : DR

C’est une annonce choc pour le territoire rouennais et pour celui du Havre. Le géant américain de la chimie Lubrizol a annoncé jeudi 6 février, au cours d’un comité social d’entreprise extraordinaire, une restructuration de ses activités en France, notamment sur son site principal en Europe de Rouen, mais aussi sur celui du Havre.

Une décision pour s’adapter à un marché des additifs pour carburants en diminution, face à un contexte industriel mondial difficile. En cause : "La baisse du marché des véhicules thermiques, les effets post-Covid, des pertes de marchés en Russie, ou encore la concurrence accrue de la Chine", égraine la direction de Lubrizol France.

Près de 170 postes supprimés en France

Une restructuration annoncée aux conséquences directes sur l’emploi dans l’entreprise en France. Au total, le géant américain de la chimie envisage la suppression de 169 postes en France, dont 145 sur les 367 postes à Rouen. De plus, 10 % de l’activité du site rouennais sera délocalisée. Le transfert va bénéficier au site du Havre (pour 3 %) et à un autre site situé hors d’Europe (7 %). Cependant, l’activité de mélange et d’adjuvant de viscosité sera maintenue à Rouen.

Suite à ces annonces, les élus de la Métropole rouennaise ont saisi Astrid Panosyan-Bouvet, la ministre du Travail : "Il est essentiel à nos yeux que les conditions d’accompagnement et de reclassement des salariés soient les meilleures possible, à la hauteur de ce qui a été leur engagement, particulièrement dans la gestion de l’incendie de 2019 et de ses suites."

Un objectif de consolidation des sites normands

Malgré le nombre important d’emplois à supprimer envisagé par Lubrizol France sur ses sites normands, la direction du chimiste américain assure que son objectif est de consolider ses sites de Rouen et du Havre : "Le projet envisagé a pour objectif de consolider l’activité de chacun des deux sites de Rouen et du Havre, aujourd’hui fragilisée, pour gagner en compétitivité en réorganisant leurs activités de production et leurs services support". Et dans le même temps de l’annonce de la suppression envisagée de 169 postes en France, Lubrizol envisage la création de 9 postes au cours de sa restructuration : "Ce qui entraînerait le maintien de plus de 500 emplois sur les 665 que comptent les deux sites, soit un peu plus de 75 % des effectifs", assure la direction France de Lubrizol.

Restructurer pour faire face à la baisse de la demande

Le déclin de la demande d’additifs en Europe et la surcapacité de production du marché sont les principales raisons du projet de restructuration en France de Lubrizol. D’autant que les sites français représentent l’essentiel de l’activité du chimiste américain dans les additifs en France, mis à part un site d’une cinquantaine de salariés en Allemagne.

"Ce projet vise à faire face à la baisse de la demande que connaît le marché des additifs en Europe depuis 10 ans et à sa surcapacité de production qui va se maintenir durablement, conduisant de nombreux acteurs du secteur à renoncer à leurs outils de production dans cette région", explique la direction de Lubrizol France. En effet, l’industrie chimique européenne a ainsi annoncé réduire sa capacité de production de plus de 11 millions de tonnes en Europe, sur 2023-2024.

La faute aux voitures électriques

"Cette situation est notamment due à la production automobile européenne, qui après avoir atteint un pic, devrait désormais stagner à environ 18 millions de véhicules par an, contre 21 millions avant la pandémie", souligne la direction de Lubrizol. Et pour la direction France de Lubrizol, cette baisse de la demande découle directement du développement du parc automobile électrique européen qui demande moins d’additifs, mais également de la réduction du recours à l’automobile liée à la croissance de la mobilité douce, du développement des réseaux de transport public et du télétravail. Le ralentissement des activités industrielles en Europe a également un impact négatif sur la demande en additifs produits par Lubrizol ainsi que la fermeture du marché russe "avec un impact très significatif en 2022."

Des difficultés spécifiques à l’Europe

Des difficultés économiques que Lubrizol et les autres fabricants d’additifs ne rencontrent pas en dehors du marché européen. "Le marché des véhicules thermiques et des applications industrielles est en croissance dans d’autres parties du monde comme l’Inde, l’Asie et l’Afrique, qui n’ont pas à subir les contraintes industrielles imposées par l’Europe en matière de transition énergétique. Cela incite les fabricants d’additifs à y développer leurs capacités de production en leur permettant de produire d’importants volumes à bas coût", souligne la direction de Lubrizol France. Celle-ci déplore le manque de compétitivité induit par les contraintes européennes et entraîne les ajustements nécessaires à la préservation de la compétitivité des sites sur le territoire européen. En effet, Lubrizol France a enregistré en 10 ans une baisse de plus de 30 % de ses volumes annuels de ventes en Europe. Avec pour conséquence, des surcapacités de production de certaines lignes de production sur les sites de Rouen et du Havre pouvant atteindre jusqu’à 65 %. "Si nous ne faisons rien face à cette distorsion de compétitivité, le résultat de l’entreprise sera nul en 2027. Nous n’avons pas d’autre choix que d’adapter notre production européenne pour gagner en compétitivité et préserver nos sites."

Rouen Le Havre # Chimie # Automobile # Suppressions d'emplois