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Pourquoi les fonds de commerce s’échangent à des prix records
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Pourquoi les fonds de commerce s’échangent à des prix records

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Les prix des fonds de commerce sont au plus haut en France. C’est ce que révèle le bilan 2023 des cessions et ventes de fonds de commerce réalisé par Altares.

Les prix de cessions de commerce atteignent des niveaux records en France — Photo : Kaspars Grinvalds

Il faut plus que jamais mettre la main à la poche pour acquérir un fonds de commerce en France. En 2023, les prix ont en effet bondi de 13,3 %, rapporte le dernier bilan annuel d’Altares. Un commerçant débourse désormais en moyenne 244 000 euros pour acquérir une affaire. C’est 31 % de plus qu’avant la crise sanitaire. En 2019, un fonds de commerce s’échangeait en moyenne contre 185 000 euros.

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L’inflation n’explique pas tout

L’inflation ne suffit pas à expliquer cette hausse. La hausse générale des prix n’a été que de 4,9 % en 2023. Un niveau bien inférieur à l’évolution des prix des fonds de commerce.

Le nombre de transactions de commerces recule

Le dynamisme du marché ne permet pas non plus de comprendre cette subite évolution des prix. Le nombre de transactions est en effet en baisse de 2,5 % en 2023, après la forte envolée post Covid de 2022 (+14 %). L’an passé, 31 000 fonds de commerce ont été cédés pour un montant total de 10,6 milliards d’euros.

Dans le détail, la restauration concentre toujours le quart des reprises. Si les boulangers et les coiffeurs se maintiennent dans le top 5 des activités les plus prisées, ils accusent un très fort recul du nombre de transactions. Le nombre de cessions de boulangeries s’effondre de 22 %, celui des salons de coiffure de 14 %. La faute à la conjoncture : pour différentes raisons (hausse du coût de l’énergie et des matières premières, problème de recrutement, concurrence des coiffeurs à domicile…), ces deux activités font face à une recrudescence spectaculaire des défaillances.

Pharmacies et supermarchés tirent les prix vers le haut

Comment alors expliquer la hausse des prix record constatée en 2023 ? Il faut pour cela analyser la typologie des fonds de commerce cédés. Traditionnellement, les ventes de pharmacie tirent les prix du marché vers le haut, avec des officines s’échangeant au-delà du million d’euros. L’année 2023 ne déroge pas à la règle, avec des commerces affichant un prix de vente moyen de 1,3 million d’euros, en hausse de 8,6 % en 2023.

Aux pharmacies, se sont ajoutées ces derniers mois les cessions de supermarchés. Eux aussi tirent le marché, avec des prix de vente qui ont plus que doublé en 2023. Ils dépassent désormais le million d’euros.

Grandes manœuvres dans la GMS

"La GMS est en train de se réorganiser", explique Thierry Million, directeur des études Altares. Parfois sous la contrainte, comme dans le cas de Casino, qui cède 288 hyper et supermarchés à Auchan et à Intermarché. Parfois par choix stratégique : Carrefour cède ainsi des dizaines de magasins sous forme de location gérance à des repreneurs.

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"Aujourd’hui, ce sont des commerces de plus grande taille qui changent de mains", indique aussi Thierry Million. Ce qui fait mécaniquement gonfler les prix de vente.
On observe ce même phénomène dans d’autres secteurs. Comme dans l’habillement. Malgré l’hécatombe qui s’est traduite par une hausse de 51 % de défaillances en 2023, le prix moyen de vente d’un commerce de mode a bondi de 25 % en 2022 et de 35 % en 2023. Spectaculaire mais, là encore, en trompe-l’œil.

Acheter un fonds ou créer ex nihilo ?

Entre des prix qui augmentent et un contexte peu porteur, certains commerçants se posent des questions légitimes : est-ce la bonne stratégie de racheter un fonds de commerce ? Ne vaut-il pas mieux de créer son affaire ex nihilo ? Les statistiques plaident pour l’achat d’un fonds de commerce, répond Thierry Million : "Créer son activité en reprenant un fonds de commerce reste un facteur de meilleure performance économique et financière. Le taux de survie à trois ans des entreprises créées par transmission-reprise se maintient encore au-delà de 90 % soit près de 17 % de plus que celui calculé par l’Insee sur le millésime des créations".

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