Normandie, Aquitaine, Est, Champagne, Bretagne... "Nous sommes très ancrés en régions. La Bretagne est une région forte pour nous." C'est Jean-Louis Louvel, P-dg fondateur de Palettes Gestion Services (PGS), leader français de la palette (211,8 M€ de CA en 2014 vs 166,3 M€ en 2013), qui l'affirme depuis Rennes. Animé par une "soif d'entreprendre" et "non par une boulimie de croissance", cet entrepreneur autodidacte de 48 ans poursuit son essor dans l'Ouest.
En quelques mois, son groupe a signé trois accords majeurs en Bretagne. PGS vient notamment de s'associer à la scierie Josso (15,3 M€ de CA 2014 vs 12 M€ en 2013) portant 91 emplois dont 25 créés ces deux dernières années, au Roc-Saint-André (56). La dirigeante Claudine Josso, qui vise les 20 millions en 2016, incarne la troisième génération aux commandes. Les deux nouveaux partenaires parlent de "fiançailles" de deux PME aux valeurs communes par prise de participation de PGS de 34 % via une augmentation de capital. Le mariage viendra plus tard...
Toute la chaîne maîtrisée
Avec Josso, PGS maîtrise toute la chaîne, de la forêt à la palette finie et recyclée. Une "filière stratégique" selon les deux partenaires, surtout dans l'Ouest portée par l'agroalimentaire, gros secteur consommateur de palettes. Josso fabrique 1,3 million de palettes neuves par an (sous 350 références). Une palette bretonne neuve sur trois vient de ses lignes. "Nous avons six mois de stocks sur pied", se félicite Claudine Josso qui a aussi sa propre société d'exploitation forestière. De son côté, PGS scie l'équivalent de 60 ha de forêt (de production essentiellement) chaque jour, pour ses besoins de palettes neuves mais aussi reconditionnées, sa force. Chez Josso, "on ne sait pas faire du reconditionnement".
Rachat des centres BPS
PGS, qui dispose de sa propre flotte de collecte de 75 camions, apporte donc ce savoir-faire de réparateur dans la corbeille. Il muscle même son réseau avec le rachat récent de Bretagne Palettes Services (BPS) et ses cinq centres dans l'Ouest (Acigné, Vannes, Carhaix, Saint-Malo et Nantes) et un à Niort. Produit banalisé, la palette se transporte mal. D'où l'importance de la proximité avec le client. "C'est un marché très atomisé, en crise et en pleine mutation", analyse Jean-Louis Louvel, dont la profession affiche au mieux des rentabilités de 5 à 7 %. Lui entend "créer un maillage" pour "protéger" sa clientèle, selon ses termes. "Nous avons encore de la croissance à aller chercher. Notre maillage n'est pas parfait..." Avec humour, il déclare vouloir copier le modèle Mac Donald's, "mais ils vont trop vite", s'amuse-t-il.
Des investissements communs
En Bretagne, Jean-Louis Louvel avait déjà un pied depuis 1994 à travers sa participation amicale de 10% dans Bretagne Palettes Services (BPS) qui réalise 7 M€ avec 70 salariés. Aujourd'hui, il en a le contrôle total. PGS disposait aussi de Technipal Bretagne (19 salariés, 2,3 M€ de CA), acquis en 2000 à Sérent (56). "Un site non suffisant pour se développer en Bretagne", selon Jean-Louis Louvel. Mais un site complémentaire, bien situé à 7 km du Roc-Saint-André où Josso a investi 13 M€ il y a deux ans et prévoit encore de nouveaux investissements avec le soutien de PGS dont une ligne de production (compter 1 à 1,3 M€) et un bâtiment pour le stockage sous abri. Ses deux séchoirs sont également saturés. "Je n'ai plus de réserve foncière à Rouen. Demain, il est donc plus intelligent de réinvestir en Bretagne où nous avons 8% de parts de marché et beaucoup de potentiel", décrypte Jean-Louis Louvel. Et pour clarifier son offre, le groupe normand vient de créer la marque PGS Breizh, membre de Produit en Bretagne. Josso, qui devrait bientôt aussi être labellisée, garde néanmoins son identité, plus forte.
Premiers résultats, premier client
Cette stratégie d'alliances porte déjà ses fruits en Bretagne. Jean-Louis Louvel tait volontairement son nom, mais d'après nos informations il a signé avec le groupe Yves Rocher pour lui sous-traiter toute sa logistique de palettes. Un service que beaucoup d'entreprises et groupes gèrent en interne, bon an mal an. PGS et ses partenaires misent sur cette externalisation de parcs clients et le développement de nouveaux services, comme la location de palettes. De l'économie circulaire et des économies : en moyenne 5 à 7% pour le client ! "Notre métier évolue vers le métier de logisticien, souligne Claudine Josso. Séparément, nous n'aurions jamais signé de tels marchés. D'où l'intérêt de nous associer." Et Jean-Louis Louvel de renchérir : "Ensemble, nous pouvons faire de plus grandes choses, plus vite !"
Conquérir les pays frontaliers
En ligne de mire, ce patron visionnaire a aussi l'international. "Nous sommes en train d'élargir notre offre au niveau européen." Il veut "conquérir les pays frontaliers". PGS dispose de deux unités de production en Espagne dont l'une créée ex-nihilo à 50 km au nord de Valence (2 M€ investis). Des clients l'ont aussi emmené jusqu'au Maroc en 2014. Deux autres implantations sont "en cours"... PGS compte ainsi 1.287 collaborateurs, à travers 8 scieries, 13 sites de fabrication de
palettes et 28 centres de reconditionnement, lui permettant d‘assurer, en propre et avec ses partenaires, une capacité de production annuelle de 24,8 millions de palettes neuves et 14 millions de palettes reconditionnées. Jean-Louis Louvel investit en moyenne 7 à 8 millions d'euros par an, rien que pour maintenir l'outil industriel, et vise les 500 millions de chiffre d'affaires d'ici à 2020 pour atteindre une taille unique en Europe, en réponse aux appels d'offres de plus en plus larges. Il mène actuellement un projet de nouvelle scierie en Aquitaine à 25 M€.